Le mérite des Compagnons · Les quatre Califes bien-guidés · Aimer, retenir sa langue
Les ṣaḥāba sont la première communauté que le Prophète ﷺ a formée. Ils ont reçu le Coran de sa bouche, ont vu sa pratique, ont porté l'Islam aux nations. Ahl as-Sunna leur voue un attachement particulier : les aimer tous, reconnaître leur rang, retenir sa langue sur leurs différends, rechercher l'interprétation favorable. Ce chapitre présente le faḍl collectif des Compagnons, l'ordre des quatre Khulafāʾ, les dix annoncés du Paradis, et la position respectueuse vis-à-vis d'ahl al-bayt. Il complète la sous-branche du même nom dans la porte 4.
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« Les tout premiers parmi les Émigrés et les Auxiliaires, et ceux qui les ont suivis dans le bel agir : Allah les a agréés, et ils L'ont agréé. »
Source : Coran, sourate at-Tawba (9), verset 100 — verset matriciel sur le faḍl des Compagnons
Ibn Taymiyya consacre dans al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya une section entière à la position d'Ahl as-Sunna sur les Compagnons. Cette position se résume en trois mouvements : aimer leur rang, se garder de leurs querelles, défendre leur honneur. Allah a témoigné de leur agrément dans le Coran (at-Tawba 100, al-Fatḥ 18, al-Ḥadīd 10) ; le Prophète ﷺ a interdit qu'on les insulte (« Si l'un de vous dépensait l'équivalent d'Uḥud en or, il n'atteindrait pas le mudd de l'un d'eux ni sa moitié », Bukhārī, Muslim). Ce chapitre est le filet protecteur autour de leur souvenir.
Plusieurs versets affirment l'agrément d'Allah pour les Compagnons :
Le Prophète ﷺ a dit : « N'insultez pas mes Compagnons. Si l'un de vous dépensait l'équivalent du mont Uḥud en or, il n'atteindrait pas le mudd de l'un d'eux, ni sa moitié » (Bukhārī, Muslim). Et : « Les meilleurs de mon époque sont ma génération, puis ceux qui les suivent, puis ceux qui les suivent » (Bukhārī).
De ces textes, Ahl as-Sunna tire la règle classique : « aṣ-ṣaḥābatu kulluhum ʿudūl » — tous les Compagnons sont, collectivement, intègres. Cela ne veut pas dire infaillibles individuellement (l'ʿiṣma est un attribut des prophètes), mais leur transmission de la religion est sûre, et leur honneur est protégé.
Le premier converti parmi les hommes libres, le compagnon de la ghār, celui dont Allah dit : « le second des deux quand ils étaient dans la grotte » (at-Tawba 40). Choisi par les Compagnons à l'unanimité après la mort du Prophète ﷺ pour conduire la prière puis pour la succession. Le Prophète ﷺ a dit : « Si je devais prendre un khalīl (intime ami) parmi les hommes, j'aurais pris Abū Bakr » (Bukhārī).
Celui dont l'Islam fut une victoire pour la Mecque. Le Prophète ﷺ avait dit : « Ô Allah, fortifie l'Islam par l'un des deux ʿUmar » (Tirmidhī). Surnommé al-Fārūq — celui qui distingue le vrai du faux. Khalīfa de 13 à 23 H, il étendit l'Islam à la Perse, à la Syrie et à l'Égypte. Le Prophète ﷺ a dit : « Le démon, lorsqu'il te voit, ô ʿUmar, prend un autre chemin » (Bukhārī, Muslim).
Surnommé Dhū-n-Nūrayn — celui aux deux lumières — pour avoir épousé deux filles du Prophète ﷺ. Pudique au point que « les anges eux-mêmes ont pudeur de lui » (Muslim). Khalīfa de 23 à 35 H ; il fit unifier le texte du Coran, qui demeure depuis lui dans la muṣḥaf ʿuthmānī. Tué injustement à Médine — la première grande fitna.
Cousin et gendre du Prophète ﷺ, époux de Fāṭima, père d'al-Ḥasan et al-Ḥusayn. Premier enfant à embrasser l'Islam. Le Prophète ﷺ a dit : « Tu es de moi et je suis de toi » (Bukhārī). Khalīfa de 35 à 40 H, il connut deux grandes fitan (la chamelle, Ṣiffīn) — Ahl as-Sunna le tient pour le plus juste des partis dans ces conflits, sans accuser ses adversaires de mécréance.
L'ordre Abū Bakr → ʿUmar → ʿUthmān → ʿAlī est l'ordre de la succession effective — et c'est aussi l'ordre du faḍl selon Ahl as-Sunna. Cet ordre fait partie de la croyance : le contester systématiquement est une caractéristique des courants extrêmes du shīʿisme. Ibn ʿUmar disait : « Nous classions les hommes du temps du Prophète ﷺ : Abū Bakr, puis ʿUmar, puis ʿUthmān » (Bukhārī).
Le Prophète ﷺ a dit : « Abū Bakr est au Paradis, ʿUmar est au Paradis, ʿUthmān est au Paradis, ʿAlī est au Paradis, Ṭalḥa est au Paradis, az-Zubayr est au Paradis, ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf est au Paradis, Saʿd ibn Abī Waqqāṣ est au Paradis, Saʿīd ibn Zayd est au Paradis, et Abū ʿUbayda ibn al-Jarrāḥ est au Paradis » (Tirmidhī, Abū Dāwūd — authentifié).
D'autres Compagnons ont reçu une annonce semblable : Bilāl, Saʿd ibn Muʿādh, Khadīja, Fāṭima, al-Ḥasan, al-Ḥusayn… La spécificité des « dix » est qu'ils ont été nommés ensemble dans un même hadith. Leur citation conjointe est devenue une formule classique d'invocation et de mémoire chez les sunnites.
Le Prophète ﷺ a dit : « Je vous laisse deux choses précieuses : le Livre d'Allah… et les gens de ma maison » (Muslim). Aimer ahl al-bayt fait partie de la foi. Cela inclut Khadīja, Fāṭima, ʿAlī, al-Ḥasan, al-Ḥusayn, et l'ensemble des descendants du Prophète ﷺ. Cheikh Ibn ʿUthaymīn rappelle que l'amour pour eux et l'amour pour les Compagnons ne s'opposent pas — ils se conjuguent. Beaucoup d'ahl al-bayt sont eux-mêmes Compagnons.
« Le Prophète a, sur les croyants, plus de droits qu'ils n'en ont sur eux-mêmes. Et ses épouses sont leurs mères » (al-Aḥzāb 6). Khadīja, ʿĀʾisha, Ḥafṣa, Umm Salama et les autres ont un rang particulier que le Coran lui-même affirme. ʿĀʾisha bint Abī Bakr est la transmetteuse de centaines de hadiths ; sa pureté a été innocentée par sept versets descendus du ciel (an-Nūr 11-22).
Les conflits qui ont opposé certains Compagnons (chamelle, Ṣiffīn) ont déchiré la communauté au Ier siècle. La position d'Ahl as-Sunna est claire :