Les prodiges des saints · Réels par la volonté d'Allah · Jamais objet d'adoration
Allah honore Ses serviteurs sincères en accordant parfois, par leur intermédiaire, des prodiges qui dépassent l'ordre habituel des choses : guérisons soudaines, eau qui jaillit, nourriture qui se multiplie. Ce sont les karamāt, les générosités d'Allah pour Ses awliyāʾ. Ahl as-Sunna les affirme — face à ceux qui les nient en bloc — mais avec deux balises essentielles : ce sont des dons d'Allah (pas des pouvoirs propres au saint), et le saint n'est pas adoré à cause de cela.
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« Certes, les amis d'Allah n'auront ni crainte ni tristesse — ceux qui ont cru et qui s'efforçaient de Le craindre. »
Source : Coran, sourate Yūnus (10), versets 62-63 — verset matriciel sur la définition du wali
Le verset Yūnus 62-63 contient la définition coranique du wali : il associe deux qualités — la foi (īmān) et la crainte d'Allah (taqwā). Pas de mystique vague, pas de pouvoirs autoproclamés. Un wali est un croyant pieux qui suit la Sunna. Cheikh al-Islām Ibn Taymiyya a écrit son célèbre traité al-Furqān bayna Awliyāʾ ar-Raḥmān wa Awliyāʾ ash-Shayṭān (la distinction entre les saints du Tout-Miséricordieux et ceux du démon) précisément pour clarifier ce point — parce que des prodiges, beaucoup de gens en montrent ; tous ne sont pas signes d'agrément divin.
Le verset Yūnus 62-63 (en haut de page) lie le statut de walī à deux qualités vérifiables :
Ce sont les seuls critères. Quiconque les remplit a, à proportion, le rang de walī. Quiconque ne les remplit pas, quels que soient ses prodiges, n'en a pas le rang.
Allah dit dans un ḥadīth qudsī : « Quiconque montre de l'inimitié envers un de Mes walī, je lui déclare la guerre. Et Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi par quelque chose qui M'est plus aimé que les obligations que Je lui ai prescrites… » (Bukhārī). La voie du walī passe d'abord par les obligations — la prière, la sincérité, la patience, le bon comportement.
La muʿjiza (de ʿajaza, rendre incapable) est un défi qu'Allah accorde à Son prophète pour « rendre incapable » ses opposants — exemple : le bâton de Mūsā, la guérison des morts par ʿĪsā, le Coran inimitable de Muḥammad ﷺ. Elle accompagne la mission de prédication.
La karāma (de karama, honorer) est une générosité qu'Allah accorde au walī — sans rôle de défi, sans mission de prédication. Souvent, elle survient sans que le walī l'ait cherchée, et elle reste discrète. Elle ne fait pas du walī un prophète — elle l'honore comme serviteur.
Allah affirme dans le Coran ces prodiges accordés à des serviteurs non-prophètes — preuve que les karamāt sont réelles.
Allah peut accorder une apparente faveur à un égaré pour le perdre progressivement. C'est l'istidrāj — l'attirer pas à pas. Le verset :
« Nous les saisirons par degrés (sa-nastadrijuhum) d'où ils ne savent pas » (al-Qalam 44). Conséquence : un homme qui montre un prodige tout en désobéissant à Allah — qui s'écarte de la prière, qui mange l'interdit, qui rejette la Sunna — n'est pas un walī. Le prodige peut être une fitna pour lui et pour ceux qui le suivent.
Cheikh al-Islām formule : « On ne juge pas un homme par les prodiges qu'il montre, mais par sa conformité au Coran et à la Sunna. Si sa pratique est conforme — c'est un wali ; si elle ne l'est pas — quel que soit le prodige, ce n'est pas un wali ». C'est la règle simple et solide.
Quand on entend dire qu'un homme accomplit des choses extraordinaires :
Tous les awliyāʾ qu'Allah mentionne — les prophètes, les Compagnons, les imams — ont une caractéristique commune : ils ne se sont jamais voulus adorés. Ibrāhīm a brisé les idoles. Mūsā s'est dressé contre Pharaon. Les Compagnons enseignaient le tawhid. Vénérer un wali en lui adressant ce qui ne va qu'à Allah, c'est contredire la voie même qu'il a suivie.
Ce sont des marques de respect, jamais d'adoration.
Cheikh Ibn ʿUthaymīn rappelle :
Toutes ces choses sont des adorations, et toute adoration ne va qu'à Allah seul (chapitres 8 et 25).