Sorcellerie, divination, amulettes, incantations · Ce qui touche le tawhid au quotidien · Et la juste alternative
Le Kitāb at-Tawḥīd de Cheikh Muḥammad b. ʿAbd al-Wahhāb consacre plusieurs chapitres entiers à ces questions : la magie (siḥr), la divination (kahāna), les amulettes (tamāʾim), les incantations (ruqā). Pourquoi tant d'attention ? Parce que ces pratiques, présentes dans toutes les sociétés humaines, glissent subtilement vers le shirk en attribuant à des objets ou à des personnes ce qui n'appartient qu'à Allah : le nafʿ (le bien), le ḍarr (le mal), la connaissance de l'invisible. Ce chapitre n'est pas un instrument d'accusation envers les musulmans qui portent un fil bleu, une main de Fāṭima, ou qui consultent un « guérisseur » — beaucoup le font par ignorance, par tradition familiale, par peur. Il s'agit de connaître, pour soi et pour ceux qu'on aime, et de proposer la juste alternative : la ruqya prophétique, l'invocation, la confiance en Allah.
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« Si Allah te touche d'un mal, nul ne peut l'écarter sauf Lui ; et s'Il te touche d'un bien, Il est puissant sur toute chose. »
Source : Coran, sourate al-Anʿām (6), verset 17 — verset matriciel : nul ne donne ni ne retire en dehors d'Allah.
Le Prophète ﷺ a enseigné par la pratique : il faisait lui-même la ruqya avec le Coran, il invoquait Allah pour les malades, il a institué les muʿawwidhāt (al-Falaq, an-Nās) comme protection. Ce qui est rejeté n'est jamais le fait de chercher protection — c'est le fait de la chercher auprès d'autre qu'Allah, ou par des moyens contraires à la religion. La règle est simple : « attache ton chameau et confie-toi à Allah ». Les causes permises par la sharīʿa sont prises ; les causes interdites ou suspectes sont laissées ; et le cœur reste tourné vers Celui qui donne et retire — Lui seul.
Le verset matrice — Cheikh ʿAbd al-Wahhāb le cite dans Kitāb at-Tawḥīd :
« Et les deux (anges) n'enseignaient à personne sans dire : nous ne sommes qu'une épreuve, ne mécrois donc pas » (al-Baqara 102). La magie comporte typiquement un recours aux djinns en échange d'actes ou de paroles contraires à la foi : c'est ce qui la rend, dans son principe, incompatible avec le tawhid.
Le Prophète ﷺ lui-même a subi une ensorcellement (Bukhārī, Muslim) — preuve que la sorcellerie est réelle, et qu'elle peut atteindre même les meilleurs des hommes. Sa réponse a été : l'invocation, le Coran, les muʿawwidhāt. Pas une contre-magie, pas un autre sorcier — la voie pure du recours à Allah.
Beaucoup de musulmans, par peur ou par tradition, recourent à des « guérisseurs traditionnels » qui pratiquent en vérité du siḥr (nœuds, écritures bizarres, demandes étranges). Ces musulmans sont à protéger, non à juger : on leur explique, avec patience, qu'Allah suffit, qu'Il est plus proche que ces voies, et qu'il existe une ruqya légitime par le Coran.
Le ghayb — ce qui est caché — n'appartient qu'à Allah :
« Dis : nul, dans les cieux ni sur la terre, ne connaît l'invisible — sauf Allah » (an-Naml 65). Le voyant prétend précisément cela : connaître le perdu, le futur, l'inaccessible.
Le Prophète ﷺ a distingué deux niveaux pédagogiques très clairs :
On rappelle aux musulmans : aucune anxiété sur l'avenir ne mérite de payer le prix de quarante jours sans prière acceptée. La voie est l'istikhāra, la du'āʾ, la patience — non le détour par les voyants.
Le hadith pédagogique : un homme arrive au Prophète ﷺ portant un anneau de cuivre au bras. Il lui demande : « qu'est-ce que cela ? » — l'homme répond : « c'est contre la faiblesse ». Le Prophète ﷺ lui dit : « retire-le, car il ne t'ajouterait que faiblesse » (Aḥmad). Et il a dit : « quiconque suspend une tamīma, qu'Allah ne lui accomplisse rien ».
Allah a fait des causes qu'Il a permises — la médecine, le miel, le ḥijāma, la ruqya prophétique. Suspendre un objet inerte en pensant qu'il protège ou qu'il guérit, c'est attribuer à cette chose une cause non instituée par Allah. C'est le glissement : croire que cet objet a, par lui-même, un pouvoir.
Une grande partie du monde musulman porte des amulettes — main de Fāṭima, verre bleu, fil rouge, parchemin. Ces frères et sœurs sont musulmans, sincères, et souvent simplement non informés. La voie est de leur transmettre la juste compréhension du tawakkul, de leur enseigner les invocations matin/soir et la ruqya, et de leur faire goûter à la tranquillité qui vient quand on attache son cœur à Allah seul. C'est plus efficace que mille reproches.
Cheikh al-ʿUthaymīn synthétise (raḥimahullah) :
ʿĀʾisha rapporte qu'il soufflait sur lui-même les muʿawwidhāt (al-Falaq, an-Nās) en se passant les mains sur le corps quand il était malade (Bukhārī). Et il a dit : « il n'y a pas de mal aux ruqā tant qu'il n'y a pas de shirk » (Muslim).
Toute ruqya qui contient :
Le hadith décisif :
« Le taṭayyur est shirk, le taṭayyur est shirk, le taṭayyur est shirk — et il n'y en a aucun parmi nous, mais Allah le dissipe par le tawakkul » (Abū Dāwūd, Tirmidhī).
Le Prophète ﷺ reconnaît que ce sentiment traverse tout le monde — « il n'y en a aucun parmi nous… » — et donne la solution : le tawakkul dissipe l'emprise du présage. On ressent l'impression de mauvais signe (humain), on ne s'y arrête pas, on poursuit son intention en s'en remettant à Allah.
Le Prophète ﷺ aimait au contraire le faʾl — la parole de bon augure : entendre par hasard quelque chose d'agréable et y trouver de la joie. Pas une science cachée, juste une lecture optimiste de ce qu'Allah place sur notre route.