بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Chapitre N°32

السِّحْر · الكَهَانَة · التَّمَائِم · الرُّقَى

Sorcellerie, divination, amulettes, incantations · Ce qui touche le tawhid au quotidien · Et la juste alternative

Le Kitāb at-Tawḥīd de Cheikh Muḥammad b. ʿAbd al-Wahhāb consacre plusieurs chapitres entiers à ces questions : la magie (siḥr), la divination (kahāna), les amulettes (tamāʾim), les incantations (ruqā). Pourquoi tant d'attention ? Parce que ces pratiques, présentes dans toutes les sociétés humaines, glissent subtilement vers le shirk en attribuant à des objets ou à des personnes ce qui n'appartient qu'à Allah : le nafʿ (le bien), le ḍarr (le mal), la connaissance de l'invisible. Ce chapitre n'est pas un instrument d'accusation envers les musulmans qui portent un fil bleu, une main de Fāṭima, ou qui consultent un « guérisseur » — beaucoup le font par ignorance, par tradition familiale, par peur. Il s'agit de connaître, pour soi et pour ceux qu'on aime, et de proposer la juste alternative : la ruqya prophétique, l'invocation, la confiance en Allah.

﴿وَإِن يَمْسَسْكَ اللَّهُ بِضُرٍّ فَلَا كَاشِفَ لَهُ إِلَّا هُوَ ۖ وَإِن يَمْسَسْكَ بِخَيْرٍ فَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ﴾

« Si Allah te touche d'un mal, nul ne peut l'écarter sauf Lui ; et s'Il te touche d'un bien, Il est puissant sur toute chose. »

Source : Coran, sourate al-Anʿām (6), verset 17 — verset matriciel : nul ne donne ni ne retire en dehors d'Allah.

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Le statut de ce chapitre

Le Prophète ﷺ a enseigné par la pratique : il faisait lui-même la ruqya avec le Coran, il invoquait Allah pour les malades, il a institué les muʿawwidhāt (al-Falaq, an-Nās) comme protection. Ce qui est rejeté n'est jamais le fait de chercher protection — c'est le fait de la chercher auprès d'autre qu'Allah, ou par des moyens contraires à la religion. La règle est simple : « attache ton chameau et confie-toi à Allah ». Les causes permises par la sharīʿa sont prises ; les causes interdites ou suspectes sont laissées ; et le cœur reste tourné vers Celui qui donne et retire — Lui seul.

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Vocabulaire essentiel

سِحْرsiḥr
Sorcellerie : nœuds, souffles, formules, recours aux djinns.
كَهَانَةkahāna
Divination : prétendre connaître l'invisible (passé secret, futur).
عَرَّافʿarrāf
Voyant : qui dit ce qui est perdu, prédit l'avenir.
تَمِيمَةtamīma
Amulette suspendue (pl. tamāʾim) — fil, perle, cuir.
رُقْيَةruqya
Incantation/exhortation par paroles. Légitime si conditions réunies.
تَطَيُّرtaṭayyur
Tirer mauvais augure (du jour, d'un oiseau, d'un nombre).
نَفْع · ضُرّnafʿ · ḍarr
Bien et mal : à Allah seul d'en disposer absolument.
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As-Sihr — la sorcellerie

Premier point · Définition et gravité
La magie, dans la tradition islamique, comporte presque toujours un recours aux djinns ou des paroles de mécréance — c'est ce qui la rend particulièrement grave.
Sihr

Ce qu'enseigne le Coran

Le verset matrice — Cheikh ʿAbd al-Wahhāb le cite dans Kitāb at-Tawḥīd :

﴿وَمَا يُعَلِّمَانِ مِنْ أَحَدٍ حَتَّىٰ يَقُولَا إِنَّمَا نَحْنُ فِتْنَةٌ فَلَا تَكْفُرْ﴾

« Et les deux (anges) n'enseignaient à personne sans dire : nous ne sommes qu'une épreuve, ne mécrois donc pas » (al-Baqara 102). La magie comporte typiquement un recours aux djinns en échange d'actes ou de paroles contraires à la foi : c'est ce qui la rend, dans son principe, incompatible avec le tawhid.

Ce qu'a fait le Prophète ﷺ quand il en a été touché

Le Prophète ﷺ lui-même a subi une ensorcellement (Bukhārī, Muslim) — preuve que la sorcellerie est réelle, et qu'elle peut atteindre même les meilleurs des hommes. Sa réponse a été : l'invocation, le Coran, les muʿawwidhāt. Pas une contre-magie, pas un autre sorcier — la voie pure du recours à Allah.

Ce qu'on retient — sans accuser

Beaucoup de musulmans, par peur ou par tradition, recourent à des « guérisseurs traditionnels » qui pratiquent en vérité du siḥr (nœuds, écritures bizarres, demandes étranges). Ces musulmans sont à protéger, non à juger : on leur explique, avec patience, qu'Allah suffit, qu'Il est plus proche que ces voies, et qu'il existe une ruqya légitime par le Coran.

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Al-Kahāna et al-ʿirāfa — la divination

Deuxième point · Prétendre connaître l'invisible
Le voyant prétend savoir ce qu'il ne peut savoir : seul Allah connaît le ghayb. Les hadiths sont très fermes sur celui qui consulte.
Kahāna

La frontière exacte

Le ghayb — ce qui est caché — n'appartient qu'à Allah :

﴿قُل لَّا يَعْلَمُ مَن فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّهُ﴾

« Dis : nul, dans les cieux ni sur la terre, ne connaît l'invisible — sauf Allah » (an-Naml 65). Le voyant prétend précisément cela : connaître le perdu, le futur, l'inaccessible.

Le hadith des deux niveaux

Le Prophète ﷺ a distingué deux niveaux pédagogiques très clairs :

  • « Quiconque va voir un voyant et lui demande quelque chose, sa prière n'est pas acceptée pendant quarante jours » (Muslim) — celui qui consulte par curiosité ou faiblesse
  • « Quiconque va voir un voyant et croit ce qu'il dit, a renié ce qui a été révélé à Muḥammad » (rapporté par les Sunan) — celui qui valide la prétention au ghayb

L'orientation pédagogique

On rappelle aux musulmans : aucune anxiété sur l'avenir ne mérite de payer le prix de quarante jours sans prière acceptée. La voie est l'istikhāra, la du'āʾ, la patience — non le détour par les voyants.

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At-Tamāʾim — les amulettes suspendues

Troisième point · Le fil bleu, la main, le verre
Suspendre un objet pour se protéger d'un mal ou attirer un bien. Pratique extrêmement répandue dans le monde musulman — toujours par ignorance, jamais par mauvaise intention.
Tamāʾim

L'orientation prophétique

Le hadith pédagogique : un homme arrive au Prophète ﷺ portant un anneau de cuivre au bras. Il lui demande : « qu'est-ce que cela ? » — l'homme répond : « c'est contre la faiblesse ». Le Prophète ﷺ lui dit : « retire-le, car il ne t'ajouterait que faiblesse » (Aḥmad). Et il a dit : « quiconque suspend une tamīma, qu'Allah ne lui accomplisse rien ».

La logique du tawhid

Allah a fait des causes qu'Il a permises — la médecine, le miel, le ḥijāma, la ruqya prophétique. Suspendre un objet inerte en pensant qu'il protège ou qu'il guérit, c'est attribuer à cette chose une cause non instituée par Allah. C'est le glissement : croire que cet objet a, par lui-même, un pouvoir.

Le ton à tenir

Une grande partie du monde musulman porte des amulettes — main de Fāṭima, verre bleu, fil rouge, parchemin. Ces frères et sœurs sont musulmans, sincères, et souvent simplement non informés. La voie est de leur transmettre la juste compréhension du tawakkul, de leur enseigner les invocations matin/soir et la ruqya, et de leur faire goûter à la tranquillité qui vient quand on attache son cœur à Allah seul. C'est plus efficace que mille reproches.

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Ar-Ruqā — les incantations · ce qui est permis

Quatrième point · La voie de la guérison par la parole
Toutes les ruqā ne sont pas interdites. Le Prophète ﷺ a établi des conditions claires qui distinguent la ruqya légitime de la ruqya interdite.
Ruqya

Les trois conditions de la ruqya légitime

Cheikh al-ʿUthaymīn synthétise (raḥimahullah) :

  • Qu'elle soit en paroles d'Allah, en noms et attributs d'Allah, ou par des invocations comprises
  • Qu'elle soit en arabe ou dans une langue dont on saisit le sens
  • Qu'on croie qu'elle n'agit pas par elle-même, mais par la permission d'Allah

Ce que faisait le Prophète ﷺ

ʿĀʾisha rapporte qu'il soufflait sur lui-même les muʿawwidhāt (al-Falaq, an-Nās) en se passant les mains sur le corps quand il était malade (Bukhārī). Et il a dit : « il n'y a pas de mal aux ruqā tant qu'il n'y a pas de shirk » (Muslim).

Ce qui est interdit

Toute ruqya qui contient :

  • Des paroles incompréhensibles, des langues inconnues, des symboles étrangers
  • Un appel aux djinns, aux saints, aux morts
  • La conviction que la formule elle-même agit, sans renvoi à Allah
  • Des conditions étranges du « guérisseur » (sacrifices à des entités, choses cachées sous le seuil…)
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At-Taṭayyur — les mauvais présages

Cinquième point · Quand un événement « porte malheur »
Tirer un mauvais augure d'un nombre, d'un jour, d'un oiseau, d'une rencontre — pratique humaine universelle que la sharīʿa réoriente.
Taṭayyur

Ce qu'enseigne le Prophète ﷺ

Le hadith décisif :

« Le taṭayyur est shirk, le taṭayyur est shirk, le taṭayyur est shirk — et il n'y en a aucun parmi nous, mais Allah le dissipe par le tawakkul » (Abū Dāwūd, Tirmidhī).

Le Prophète ﷺ reconnaît que ce sentiment traverse tout le monde — « il n'y en a aucun parmi nous… » — et donne la solution : le tawakkul dissipe l'emprise du présage. On ressent l'impression de mauvais signe (humain), on ne s'y arrête pas, on poursuit son intention en s'en remettant à Allah.

L'alternative : al-faʾl

Le Prophète ﷺ aimait au contraire le faʾl — la parole de bon augure : entendre par hasard quelque chose d'agréable et y trouver de la joie. Pas une science cachée, juste une lecture optimiste de ce qu'Allah place sur notre route.

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La juste alternative — ce qu'on enseigne

Sixième point · Du « ne fais pas » au « voici comment faire »
Reprocher sans alternative ne soigne rien. La pédagogie prophétique propose toujours une voie meilleure — concrète, accessible, immédiate.
Pédagogie

Pour la peur du mauvais œil et des djinns

  • Les muʿawwidhāt matin et soir : al-Falaq, an-Nās, al-Ikhlāṣ — trois fois
  • Āyat al-Kursī avant de dormir et après chaque prière obligatoire
  • Les deux derniers versets de la Baqara avant de dormir
  • L'invocation : aʿūdhu bi-kalimāt-illāh-it-tāmmāt min sharri mā khalaq

Pour la maladie

  • La ruqya sur soi-même : Fātiḥa, muʿawwidhāt, soufflé dans les mains et passé sur le corps
  • L'invocation prophétique : « Allāhumma rabb-an-nās, adhhib-il-baʾs, ishfi anta-sh-shāfī »
  • Prendre les causes médicales permises (le Prophète ﷺ a dit : « cherchez le remède »)

Pour l'anxiété sur l'avenir

  • La prière de l'istikhāra avant toute décision importante
  • Les invocations du matin et du soir — un bouclier régulier vaut mieux qu'un talisman ponctuel
  • Le tawakkul : « attache ton chameau et confie-toi » (combiner causes et remise)
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Ce qu'il faut retenir

Synthèse pédagogique
Six règles pour soi-même et pour ses proches.
  • Le siḥr est réel et grave ; la réponse est l'invocation et le Coran, jamais une autre magie
  • La kahāna et la consultation des voyants : interdites — l'avenir appartient à Allah
  • Les tamāʾim (amulettes) : à éviter, même celles « qui se disent islamiques » par mesure de précaution
  • Les ruqā par le Coran et les noms d'Allah, en arabe ou compris : permises et même recommandées
  • Le taṭayyur : sentiment humain, à dissoudre par le tawakkul
  • On enseigne avec patience aux musulmans qui ont des pratiques héritées : on ne juge personne, on transmet la lumière, on propose la juste alternative

🧠 Grille mnémotechnique

1
SIHR
Réel & grave
Baqara 102
2
KAHĀNA
Le ghayb à Allah
Naml 65
3
TAMĀʾIM
Pas d'objet protecteur
Hadith Aḥmad
4
RUQYA
Coran + sens + Allah
Hadith ʿĀʾisha
5
TAṬAYYUR
Tawakkul dissout
Abū Dāwūd
6
ALTERNATIVE
Enseigner, pas juger
Voie prophétique