بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Sourate Al-Aʿrāf — Les Hauteurs

سورة الأعراف

206 versets · Mekkoise · Juzʾ 8–9 · Guidance contre egarement depuis Adam

Sourate Al-Aʿrāf est la plus longue sourate mekkoise. Son nom vient d'al-Aʿrāf — les hauteurs entre le Paradis et l'Enfer, où se tiendront des hommes qui reconnaîtront chacun à ses marques. La sourate retrace l'histoire de l'humanité depuis Ādam et Iblīs jusqu'aux sept récits prophétiques (Nūḥ, Hūd, Ṣāliḥ, Lūṭ, Shuʿayb, Mūsā), puis se clôt par la relation du Prophète ﷺ avec le Coran. Son fil conducteur : la bataille entre la guidance et l'égarement à travers l'histoire, et le choix que chaque peuple — et chaque individu — doit faire.

1

Prologue — Le Livre et l'avertissement

Versets 1–10
Alif-Lām-Mīm-Ṣād ; un Livre t'a été descendu ; suis ce qui t'est révélé ; peu de cités ont été averties et ont écouté ; la pesée sera juste.
EschatologieMīzān

Suis la Révélation, n'aie pas de gêne

كِتَـٰبٌ أُنزِلَ إِلَيْكَ فَلَا يَكُن فِى صَدْرِكَ حَرَجٌ مِّنْهُ لِتُنذِرَ بِهِۦ وَذِكْرَىٰ لِلْمُؤْمِنِينَ

La sourate s'adresse au Prophète ﷺ : « Un Livre t'a été descendu — qu'il n'y ait pas de gêne (ḥaraj) dans ta poitrine à son sujet — pour que tu avertisses et que ce soit un rappel pour les croyants. » Le ḥaraj renvoie à la pression que le Prophète ﷺ ressentait face au rejet de son peuple. Allah le rassure : transmets, c'est ta mission.

La pesée (wazn) sera juste

وَٱلْوَزْنُ يَوْمَئِذٍ ٱلْحَقُّ ۚ فَمَن ثَقُلَتْ مَوَٰزِينُهُۥ فَأُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلْمُفْلِحُونَ

Le Jour du Jugement, la pesée (wazn) sera la vérité : ceux dont les balances seront lourdes — ce sont les réussis (muflihūn) ; ceux dont les balances seront légères — ce sont ceux qui se sont perdus eux-mêmes (khasirū anfusahum) pour avoir été injustes envers Nos signes (v. 8-9). La sourate pose d'emblée l'enjeu : la balance finale de chaque vie.

2

Ādam, Iblīs et la chute originelle

Versets 11–25
La prosternation des anges ; le refus d'Iblīs par orgueil ; l'arbre interdit ; la chute ; les vêtements de la taqwā.
QaṣaṣĀdam wa-Iblīs

Le refus d'Iblīs — la racine de l'orgueil

قَالَ مَا مَنَعَكَ أَلَّا تَسْجُدَ إِذْ أَمَرْتُكَ ۖ قَالَ أَنَا۠ خَيْرٌ مِّنْهُ خَلَقْتَنِى مِن نَّارٍ وَخَلَقْتَهُۥ مِن طِينٍ

Allah ordonne aux anges de se prosterner devant Ādam — tous obéissent sauf Iblīs. Interrogé, il répond avec le premier argument raciste de l'histoire : « Je suis meilleur que lui — Tu m'as créé de feu et Tu l'as créé d'argile » (v. 12). L'orgueil (kibr) fondé sur l'origine est la mère de tous les péchés. Iblīs ne nie pas Allah — il refuse d'obéir.

La stratégie de Shayṭān : les quatre directions

ثُمَّ لَأَتِيَنَّهُم مِّنۢ بَيْنِ أَيْدِيهِمْ وَمِنْ خَلْفِهِمْ وَعَنْ أَيْمَـٰنِهِمْ وَعَن شَمَآئِلِهِمْ ۖ وَلَا تَجِدُ أَكْثَرَهُمْ شَـٰكِرِينَ

Iblīs annonce sa stratégie (v. 17) : « Je les aborderai par devant, par derrière, par leur droite et par leur gauche — et Tu ne trouveras la plupart d'entre eux reconnaissants (shākirīn). » Quatre directions — mais pas du dessus : la miséricorde d'Allah vient d'en haut et Shayṭān ne peut la bloquer. Et la clé de la résistance est la gratitude (shukr) — exactement ce que Shayṭān veut empêcher.

L'arbre, la chute et les vêtements de la taqwā

يَـٰبَنِىٓ ءَادَمَ قَدْ أَنزَلْنَا عَلَيْكُمْ لِبَاسًا يُوَٰرِى سَوْءَٰتِكُمْ وَرِيشًا ۖ وَلِبَاسُ ٱلتَّقْوَىٰ ذَٰلِكَ خَيْرٌ

Ādam et sa femme mangent de l'arbre, leurs nudités leur apparaissent. Puis Allah s'adresse à tous les fils d'Ādam : « Nous avons fait descendre sur vous un vêtement qui couvre vos nudités et une parure — mais le vêtement de la taqwā, celui-là est meilleur » (v. 26). Le vêtement physique couvre le corps ; le vêtement de la taqwā couvre l'âme. La pudeur (ḥayāʾ) est un reflet de la conscience spirituelle.

3

Appel universel aux fils d'Ādam

Versets 26–58
Parure dans chaque mosquée ; ne pas suivre les pas de Shayṭān ; les portes du ciel fermées aux orgueilleux ; les gens d'al-Aʿrāf entre les deux demeures.
EschatologieAl-Aʿrāf

Prenez votre parure dans chaque mosquée

يَـٰبَنِىٓ ءَادَمَ خُذُوا۟ زِينَتَكُمْ عِندَ كُلِّ مَسْجِدٍ وَكُلُوا۟ وَٱشْرَبُوا۟ وَلَا تُسْرِفُوٓا۟ ۚ إِنَّهُۥ لَا يُحِبُّ ٱلْمُسْرِفِينَ

Trois appels successifs commencent par yā banī Ādam (ô fils d'Ādam) : prenez votre parure à chaque lieu de prière, mangez et buvez sans excès (v. 31). Puis : « Dis : qui a interdit la parure d'Allah qu'Il a produite pour Ses serviteurs, et les bonnes nourritures ? » (v. 32). L'islam n'est pas ascétisme — il est équilibre.

Les gens d'al-Aʿrāf — entre Paradis et Enfer

وَبَيْنَهُمَا حِجَابٌ ۚ وَعَلَى ٱلْأَعْرَافِ رِجَالٌ يَعْرِفُونَ كُلًّا بِسِيمَـٰهُمْ

Entre le Paradis et l'Enfer, un voile (ḥijāb) — et sur les hauteurs (al-Aʿrāf), des hommes qui reconnaissent chacun à ses marques (sīmā). Ils interpellent les gens du Paradis : « Salām ʿalaykum ! » — et quand leur regard se tourne vers les gens du Feu : « Seigneur, ne nous mets pas avec les injustes ! » (v. 46-47). Ces hommes sont ceux dont les bonnes et les mauvaises actions s'équilibrent — en attente du jugement final. Ce passage unique donne son nom à la sourate.

La parabole de la pluie et des cités

وَٱلْبَلَدُ ٱلطَّيِّبُ يَخْرُجُ نَبَاتُهُۥ بِإِذْنِ رَبِّهِۦ ۖ وَٱلَّذِى خَبُثَ لَا يَخْرُجُ إِلَّا نَكِدًا

La bonne terre produit sa végétation par la permission d'Allah ; la mauvaise ne produit que chichement (v. 58). Cette parabole introduit les récits prophétiques qui suivent : chaque peuple est une « terre » — certains reçoivent la pluie de la Révélation et fleurissent, d'autres restent stériles.

4

Nūḥ et son peuple

Versets 59–64
Nūḥ appelle son peuple ; ils le traitent d'égaré ; il est sauvé dans l'arche ; son peuple noyé.
QaṣaṣNūḥ

Je suis pour vous un conseiller digne de confiance

لَقَدْ أَرْسَلْنَا نُوحًا إِلَىٰ قَوْمِهِۦ فَقَالَ يَـٰقَوْمِ ٱعْبُدُوا۟ ٱللَّهَ مَا لَكُم مِّنْ إِلَـٰهٍ غَيْرُهُۥٓ إِنِّىٓ أَخَافُ عَلَيْكُمْ عَذَابَ يَوْمٍ عَظِيمٍ

Premier récit prophétique — et le schéma se répète : le prophète dit « adorez Allah, vous n'avez pas d'autre divinité que Lui » ; les notables (malaʾ) de son peuple répondent « nous te voyons dans un égarement manifeste » ; le prophète réplique « je ne suis pas égaré, je suis un messager du Seigneur des mondes ». Nūḥ est sauvé avec ceux qui ont cru ; les négateurs sont noyés — « c'était un peuple aveugle » (v. 64).

5

Hūd et les ʿĀd

Versets 65–72
Hūd envoyé aux ʿĀd ; ils le traitent de sot ; il les avertit ; le vent destructeur.
QaṣaṣHūd wa-ʿĀd

Rappelez-vous qu'Il vous a faits successeurs après Nūḥ

وَإِلَىٰ عَادٍ أَخَاهُمْ هُودًا ۗ قَالَ يَـٰقَوْمِ ٱعْبُدُوا۟ ٱللَّهَ مَا لَكُم مِّنْ إِلَـٰهٍ غَيْرُهُۥٓ ۚ أَفَلَا تَتَّقُونَ

Hūd est envoyé aux ʿĀd — peuple de géants bâtisseurs. Même appel, même rejet. Hūd ajoute un argument : « Rappelez-vous qu'Il vous a faits successeurs (khulafāʾ) après le peuple de Nūḥ et vous a donné une stature imposante » (v. 69). Leur force physique et civilisationnelle aurait dû les rendre reconnaissants — elle les a rendus arrogants. Ils furent détruits et « coupés à la racine » (v. 72).

6

Ṣāliḥ et les Thamūd — la chamelle

Versets 73–79
La chamelle comme signe miraculeux ; ils la tuent ; le séisme les détruit.
QaṣaṣṢāliḥ wa-Thamūd

La chamelle — un test grandeur nature

قَالَ يَـٰقَوْمِ ٱعْبُدُوا۟ ٱللَّهَ مَا لَكُم مِّنْ إِلَـٰهٍ غَيْرُهُۥ ۖ قَدْ جَآءَتْكُم بَيِّنَةٌ مِّن رَّبِّكُمْ ۖ هَـٰذِهِۦ نَاقَةُ ٱللَّهِ لَكُمْ ءَايَةً

Ṣāliḥ présente aux Thamūd un signe tangible : la chamelle d'Allah (nāqat Allāh). Elle doit boire un jour, eux le lendemain — un partage de l'eau. Mais les orgueilleux (al-ladhīna istakbarū) la tuent par défi (ʿaqarū l-nāqa). Ṣāliḥ les avertit : « Jouissez dans vos demeures trois jours » (v. 77) — puis le séisme (rajfa) les laisse gisants dans leurs maisons.

La tristesse du prophète

فَتَوَلَّىٰ عَنْهُمْ وَقَالَ يَـٰقَوْمِ لَقَدْ أَبْلَغْتُكُمْ رِسَالَةَ رَبِّى وَنَصَحْتُ لَكُمْ وَلَـٰكِن لَّا تُحِبُّونَ ٱلنَّـٰصِحِينَ

Après leur destruction, Ṣāliḥ se détourne d'eux avec tristesse : « Ô mon peuple, je vous ai transmis le message de mon Seigneur et je vous ai conseillé — mais vous n'aimez pas les conseillers (nāṣiḥīn). » Ce verset (79) révèle l'humanité des prophètes — ils souffrent du rejet même après avoir accompli leur mission.

7

Lūṭ et son peuple

Versets 80–84
L'abomination (fāḥisha) inédite ; la pluie de pierres.
QaṣaṣLūṭ

Une turpitude que nul peuple n'avait commise avant vous

وَلُوطًا إِذْ قَالَ لِقَوْمِهِۦٓ أَتَأْتُونَ ٱلْفَـٰحِشَةَ مَا سَبَقَكُم بِهَا مِنْ أَحَدٍ مِّنَ ٱلْعَـٰلَمِينَ

Lūṭ interpelle son peuple : « Vous commettez une turpitude (fāḥisha) que personne dans les mondes n'avait commise avant vous ! » (v. 80). Leur réponse est l'expulsion : « Chassez la famille de Lūṭ de votre cité — ce sont des gens qui se veulent purs ! » (v. 82). L'ironie est qu'ils reprochent à Lūṭ sa pureté. Allah sauve Lūṭ et sa famille — sauf sa femme — et fait pleuvoir sur eux une pluie (de pierres).

8

Shuʿayb et les gens de Madyan

Versets 85–93
Ne fraudez pas la mesure et la balance ; ne semez pas le désordre ; le séisme les anéantit.
QaṣaṣShuʿayb

Remplissez la mesure et la balance

وَإِلَىٰ مَدْيَنَ أَخَاهُمْ شُعَيْبًا ۗ قَالَ يَـٰقَوْمِ ٱعْبُدُوا۟ ٱللَّهَ مَا لَكُم مِّنْ إِلَـٰهٍ غَيْرُهُۥ ۖ قَدْ جَآءَتْكُم بَيِّنَةٌ مِّن رَّبِّكُمْ ۖ فَأَوْفُوا۟ ٱلْكَيْلَ وَٱلْمِيزَانَ

Shuʿayb est le seul prophète dans cette série dont le message inclut explicitement la justice économique : « Remplissez la mesure et la balance, ne diminuez pas les droits des gens, ne semez pas le désordre sur terre après qu'elle a été mise en ordre » (v. 85). Le tawḥīd ne se limite pas à la théologie — il s'étend à l'éthique commerciale. Le shirk du marché est aussi grave que le shirk du temple.

Le séisme

فَأَخَذَتْهُمُ ٱلرَّجْفَةُ فَأَصْبَحُوا۟ فِى دَارِهِمْ جَـٰثِمِينَ

Ils menacent Shuʿayb d'expulsion — il les avertit. Le séisme (rajfa) les prend et ils se retrouvent gisants (jāthimīn) dans leurs demeures. Même formule que pour Thamūd — les peuples changent, le châtiment se répète pour les mêmes causes.

9

Mūsā et Pharaon — le grand récit

Versets 103–141
Les neuf signes ; les magiciens se prosternent ; Pharaon menace ; les plaies d'Égypte ; la traversée de la mer ; le peuple sauvé.
QaṣaṣMūsā wa-Firʿawn

Mūsā devant Pharaon : le bâton et la main

فَأَلْقَىٰ عَصَاهُ فَإِذَا هِىَ ثُعْبَانٌ مُّبِينٌ ۝ وَنَزَعَ يَدَهُۥ فَإِذَا هِىَ بَيْضَآءُ لِلنَّـٰظِرِينَ

Mūsā jette son bâton — il devient un serpent manifeste (thuʿbān mubīn). Il sort sa main — elle est blanche et lumineuse. Pharaon et ses notables accusent Mūsā de sorcerie. La confrontation avec les magiciens est organisée : ils jettent leurs cordes et bâtons qui semblent ramper — puis le bâton de Mūsā engloutit tout. Les magiciens se prosternent immédiatement : « Nous croyons au Seigneur des mondes, Seigneur de Mūsā et Hārūn ! » (v. 121-122).

La conversion des magiciens

قَالُوٓا۟ ءَامَنَّا بِرَبِّ ٱلْعَـٰلَمِينَ ۝ رَبِّ مُوسَىٰ وَهَـٰرُونَ

Les magiciens — experts en illusion — reconnaissent instantanément que le miracle de Mūsā n'est pas de la magie. Pharaon menace de les crucifier et de leur couper mains et pieds de façon croisée. Ils répondent avec un courage sidérant : « Nous retournons vers notre Seigneur. Tu ne te venges de nous que parce que nous avons cru aux signes de notre Seigneur. Seigneur, déverse sur nous la patience et fais-nous mourir soumis (muslimīn) » (v. 125-126).

Les plaies et la traversée

فَأَرْسَلْنَا عَلَيْهِمُ ٱلطُّوفَانَ وَٱلْجَرَادَ وَٱلْقُمَّلَ وَٱلضَّفَادِعَ وَٱلدَّمَ ءَايَـٰتٍ مُّفَصَّلَـٰتٍ فَٱسْتَكْبَرُوا۟ وَكَانُوا۟ قَوْمًا مُّجْرِمِينَ

Cinq plaies sont envoyées : l'inondation (ṭūfān), les sauterelles (jarād), les poux (qummal), les grenouilles (ḍafādiʿ) et le sang (dam) — signes détaillés (āyāt mufaṣṣalāt). À chaque plaie, ils implorent Mūsā — il prie, la plaie cesse, ils reviennent à leur reniement. Puis la traversée de la mer et la noyade de Pharaon — le cycle est clos.

10

Mūsā et les Banū Isrāʾīl — le veau d'or

Versets 142–171
Les quarante nuits ; la demande de voir Allah ; les Tables ; le veau d'or ; la colère de Mūsā ; les soixante-dix hommes ; le pacte primordial (mīthāq).
QaṣaṣMīthāq

Mūsā demande à voir Allah

وَلَمَّا جَآءَ مُوسَىٰ لِمِيقَـٰتِنَا وَكَلَّمَهُۥ رَبُّهُۥ قَالَ رَبِّ أَرِنِىٓ أَنظُرْ إِلَيْكَ ۚ قَالَ لَن تَرَىٰنِى وَلَـٰكِنِ ٱنظُرْ إِلَى ٱلْجَبَلِ فَإِنِ ٱسْتَقَرَّ مَكَانَهُۥ فَسَوْفَ تَرَىٰنِى ۚ فَلَمَّا تَجَلَّىٰ رَبُّهُۥ لِلْجَبَلِ جَعَلَهُۥ دَكًّا وَخَرَّ مُوسَىٰ صَعِقًا

Après quarante nuits de rendez-vous avec Allah, Mūsā demande : « Mon Seigneur, montre-Toi à moi que je Te regarde ! » Allah répond : « Tu ne Me verras pas — mais regarde la montagne : si elle reste stable, tu Me verras. » Quand Allah Se manifesta (tajallā) à la montagne, Il la réduisit en poussière (dakkan) et Mūsā tomba foudroyé (ṣaʿiqan). Revenu à lui : « Gloire à Toi ! Je reviens vers Toi repentant et je suis le premier des croyants » (v. 143).

Le veau d'or

وَٱتَّخَذَ قَوْمُ مُوسَىٰ مِنۢ بَعْدِهِۦ مِنْ حُلِيِّهِمْ عِجْلًا جَسَدًا لَّهُۥ خُوَارٌ ۚ أَلَمْ يَرَوْا۟ أَنَّهُۥ لَا يُكَلِّمُهُمْ وَلَا يَهْدِيهِمْ سَبِيلًا

Pendant l'absence de Mūsā, al-Sāmirī fabrique un veau d'or avec les bijoux du peuple — un corps qui mugit. Le Coran pointe l'absurdité : « Ne voyaient-ils pas qu'il ne leur parlait pas et ne les guidait pas ? » (v. 148). Un objet qui ne parle pas et ne guide pas ne peut être Dieu — l'argument est d'une simplicité dévastatrice. Mūsā revient, furieux, jette les Tables, saisit son frère Hārūn par la tête et la barbe.

Le pacte primordial (a-lastu bi-Rabbikum)

وَإِذْ أَخَذَ رَبُّكَ مِنۢ بَنِىٓ ءَادَمَ مِن ظُهُورِهِمْ ذُرِّيَّتَهُمْ وَأَشْهَدَهُمْ عَلَىٰٓ أَنفُسِهِمْ أَلَسْتُ بِرَبِّكُمْ ۖ قَالُوا۟ بَلَىٰ ۛ شَهِدْنَآ

Le verset 172 est l'un des plus métaphysiques du Coran : avant la création, Allah a extrait de la descendance d'Ādam toutes les âmes et leur a demandé : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? » Elles ont répondu : « Mais si ! Nous en témoignons. » Ce pacte primordial (mīthāq) explique pourquoi la fiṭra (nature originelle) de l'homme tend vers le tawḥīd — il a déjà reconnu Allah avant même de naître.

11

Paraboles et avertissements

Versets 175–188
Le savant qui s'accroche à la terre (comme un chien) ; ceux qui ont des cœurs mais ne comprennent pas ; l'Heure — sa science est auprès d'Allah seul.
AkhlāqHawā

Le savant qui s'accroche à la terre

وَلَوْ شِئْنَا لَرَفَعْنَـٰهُ بِهَا وَلَـٰكِنَّهُۥٓ أَخْلَدَ إِلَى ٱلْأَرْضِ وَٱتَّبَعَ هَوَىٰهُ ۚ فَمَثَلُهُۥ كَمَثَلِ ٱلْكَلْبِ إِن تَحْمِلْ عَلَيْهِ يَلْهَثْ أَوْ تَتْرُكْهُ يَلْهَث

Parabole saisissante (v. 176) : un homme à qui Allah avait donné Ses signes — mais il s'en est dépouillé, Shayṭān l'a rattrapé, il est devenu égaré. « Si Nous avions voulu, Nous l'aurions élevé par ces signes — mais il s'est accroché à la terre (akhlada ilā l-arḍ) et a suivi sa passion. Son exemple est comme celui du chien : si tu le charges il halète, si tu le laisses il halète. » Le savoir sans la piété est comme un chien qui halète quoi qu'il arrive — le savoir seul ne sauve pas.

Ils ont des cœurs mais ne comprennent pas

وَلَقَدْ ذَرَأْنَا لِجَهَنَّمَ كَثِيرًا مِّنَ ٱلْجِنِّ وَٱلْإِنسِ ۖ لَهُمْ قُلُوبٌ لَّا يَفْقَهُونَ بِهَا وَلَهُمْ أَعْيُنٌ لَّا يُبْصِرُونَ بِهَا وَلَهُمْ ءَاذَانٌ لَّا يَسْمَعُونَ بِهَآ ۚ أُو۟لَـٰٓئِكَ كَٱلْأَنْعَـٰمِ بَلْ هُمْ أَضَلُّ

Verdict terrible (v. 179) : ils ont des cœurs mais ne comprennent pas, des yeux mais ne voient pas, des oreilles mais n'entendent pas. « Ceux-là sont comme les bestiaux (anʿām) — non, ils sont plus égarés encore. » Le lien avec Al-Anʿām (sourate 6) est explicite : celui qui refuse les signes malgré ses facultés est pire qu'un animal qui, lui, n'a pas reçu la raison.

12

Épilogue — Le Coran, le dhikr et la prosternation

Versets 189–206
Ādam et Ḥawwāʾ et le shukr ; les idoles ne créent rien ; appelle à la sagesse ; quand le Coran est récité, écoutez et taisez-vous ; prosternez-vous.
ʿAqīdaDhikr wa-Sajda

Quand le Coran est récité, écoutez et taisez-vous

وَإِذَا قُرِئَ ٱلْقُرْءَانُ فَٱسْتَمِعُوا۟ لَهُۥ وَأَنصِتُوا۟ لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ

Règle de l'écoute du Coran (v. 204) : « Quand le Coran est récité, écoutez-le et faites silence — afin que vous receviez la miséricorde. » Ce verset est la base de l'étiquette (adab) de la récitation coranique : l'écoute attentive et le silence sont des actes d'adoration.

Ceux qui sont auprès de ton Seigneur

إِنَّ ٱلَّذِينَ عِندَ رَبِّكَ لَا يَسْتَكْبِرُونَ عَنْ عِبَادَتِهِۦ وَيُسَبِّحُونَهُۥ وَلَهُۥ يَسْجُدُونَ ۩

Dernier verset de la sourate (206) — un verset de sajda (prosternation) : « Ceux qui sont auprès de ton Seigneur ne dédaignent pas Son adoration, Le glorifient et se prosternent devant Lui. » La sourate qui a commencé par l'orgueil d'Iblīs refusant de se prosterner se termine par la prosternation des anges et des croyants. L'arc est parfait : du refus de sajda au sajda final.

🧠 Grille mnémotechnique — Structure d'Al-Aʿrāf

1
Prologue & pesée
v. 1–10
2
Ādam & Iblīs
v. 11–25
3
Fils d'Ādam & Aʿrāf
v. 26–58
4
Nūḥ
v. 59–64
5
Hūd & ʿĀd
v. 65–72
6
Ṣāliḥ & Thamūd
v. 73–79
7
Lūṭ
v. 80–84
8
Shuʿayb & Madyan
v. 85–93
9
Mūsā & Pharaon
v. 103–141
10
Veau d'or & mīthāq
v. 142–171
11
Paraboles & cœurs
v. 175–188
12
Épilogue & sajda
v. 189–206