37 versets · Mekkoise · Juzʾ 25 · Signes divins contre la passion-idole
Sourate Al-Jāthiya est la 45ᵉ sourate du Coran. Elle tire son nom du verset 28 qui décrit toutes les communautés agenouillées (jāthiya) devant Allah le Jour du Jugement. La sourate s'articule autour de trois axes : les signes d'Allah dans la création (āyāt), la dénonciation de celui qui prend sa passion (hawā) pour divinité, et l'annonce du Jour où chaque communauté sera appelée vers son livre. C'est une sourate de preuve (burhān), de mise en garde et de distinction entre vérité et hawā.
Disponible sur ordinateur
La sourate présente trois niveaux de signes avec trois niveaux de récepteurs : (1) les cieux et la terre → signes pour les croyants (muʾminīn), (2) la création de l'homme et des animaux → signes pour ceux qui ont la certitude (yūqinūn), (3) l'alternance jour/nuit, la pluie, les vents → signes pour ceux qui raisonnent (yaʿqilūn). La progression est ascendante : de la foi à la certitude au raisonnement. Puis la question défi : « En quels propos (ḥadīth) après Allah et Ses signes croiront-ils ? » (v. 6).
« Malheur à tout imposteur pécheur (affāk athīm) ! Il entend les versets d'Allah récités devant lui, puis persiste dans l'orgueil comme s'il ne les avait pas entendus — annonce-lui un châtiment douloureux ! » Le profil décrit est celui qui entend mais refuse — pas par ignorance mais par arrogance (istikbār). Le pire déni n'est pas l'absence de savoir, mais le refus volontaire malgré le savoir.
Allah a mis la mer au service des hommes — les navires y naviguent par Son ordre, pour que vous recherchiez Sa grâce et soyez reconnaissants. Puis le verset du taskhīr universel : « Il a mis à votre service tout ce qui est dans les cieux et sur la terre — tout vient de Lui (jamīʿan minhu). » Le mot minhu souligne que tout — absolument tout — est un don d'Allah. Le shukr (reconnaissance) est la seule réponse appropriée face au taskhīr.
« Quiconque fait le bien, c'est pour lui-même. Et quiconque fait le mal, c'est contre lui-même. Puis vers votre Seigneur vous serez ramenés. » Le principe de responsabilité individuelle est limpide. Allah n'a pas besoin de nos œuvres — c'est nous qui en avons besoin. Le bien profite à celui qui le fait, le mal nuit à celui qui le commet.
Verset capital de la sourate. « As-tu vu celui qui prend sa passion (hawā) pour divinité ? Allah l'a égaré en connaissance de cause (ʿalā ʿilm), a scellé son ouïe et son cœur, et mis un voile sur sa vue. Qui le guidera après Allah ? » Le hawā (passion, désir capricieux) devient littéralement l'objet d'adoration — chaque caprice est obéi comme un ordre divin. L'égarement n'est pas dû à l'ignorance mais à la science dévoyée : ʿalā ʿilm signifie « alors qu'il savait ». Le savoir sans humilité mène à l'aveuglement.
La philosophie des négateurs : « Il n'y a que cette vie d'ici-bas — nous mourons et nous vivons, et seul le temps (dahr) nous détruit. » C'est le dahriyya — le matérialisme pur qui nie la résurrection et attribue la mort au hasard temporel. Le Coran répond : « Ils n'en ont aucune science (ʿilm) — ils ne font que conjecturer (yaẓunnūn). » Leur certitude n'est qu'une illusion de savoir.
« Tu verras chaque communauté agenouillée (jāthiya). Chaque communauté sera appelée vers son livre. Aujourd'hui vous êtes rétribués pour ce que vous faisiez. » L'image est saisissante : toute l'humanité, toutes les civilisations, tous les empires — agenouillés. Le juthuww (agenouillement) exprime la soumission totale devant le Juge suprême. Plus de hiérarchies terrestres, plus de privilèges — chaque communauté est renvoyée à son registre d'actes.
« Voici Notre Livre qui parle contre vous en toute vérité. Nous faisions copier (nastansikhu) ce que vous faisiez. » Le verbe nastansikhu (Nous faisions copier, Nous enregistrions) montre que chaque acte a été dupliqué dans un registre divin. Rien n'est perdu, rien n'est oublié. Le Livre « parle » (yanṭiqu) — les actes eux-mêmes témoignent.
« Aujourd'hui, ils n'en sortiront pas, et on ne leur demandera pas de s'amender. » La porte est fermée. La moquerie (istihzāʾ) qu'ils faisaient des signes d'Allah les a aveuglés (v. 35) — et l'aveuglement choisi dans la vie devient prison éternelle dans l'au-delà. La moquerie est une forme subtile de kufr : elle refuse de prendre au sérieux ce qui mérite le sérieux absolu.
La sourate se conclut par une triple attribution : Allah est Rabb al-Samāwāt (Seigneur des cieux), Rabb al-Arḍ (Seigneur de la terre), Rabb al-ʿĀlamīn (Seigneur des mondes). Puis : « La grandeur (al-kibriyāʾ) est à Lui dans les cieux et la terre — Il est le Puissant, le Sage. » Al-kibriyāʾ (la grandeur absolue, la majesté) n'appartient qu'à Allah — quiconque se l'attribue (comme Pharaon ou l'esclave du hawā) se trompe de place. La sourate qui a dénoncé l'arrogance humaine se ferme sur la seule grandeur légitime : celle d'Allah.