بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Sourate Al-Māʾida — La Table Servie

سورة المائدة

120 versets · Médinoise · Juzʾ 6–7 · Les pactes et leurs limites

Sourate Al-Māʾida est la dernière grande sourate révélée — le testament législatif de la Révélation. Son thème central est le respect des pactes (al-wafāʾ bi-l-ʿuqūd). Elle ouvre par « Ô vous qui croyez, respectez vos engagements » et couvre : les interdits alimentaires, les ablutions, la justice, le meurtre des fils d'Ādam, les ḥudūd (peines), les relations avec les Gens du Livre, et se clôt par le récit de la Table céleste demandée par les apôtres de ʿĪsā. Elle contient le verset : « Aujourd'hui J'ai parachevé pour vous votre religion » (v. 3).

1

Prologue — Respectez les pactes (al-ʿuqūd)

Versets 1–2
Injonction de respecter les engagements ; interdits alimentaires ; ne pas profaner les rites sacrés.
FiqhʿUqūd

Ô vous qui croyez, respectez vos engagements

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ أَوْفُوا۟ بِٱلْعُقُودِ ۚ أُحِلَّتْ لَكُم بَهِيمَةُ ٱلْأَنْعَـٰمِ إِلَّا مَا يُتْلَىٰ عَلَيْكُمْ غَيْرَ مُحِلِّى ٱلصَّيْدِ وَأَنتُمْ حُرُمٌ

La sourate s'ouvre par l'injonction la plus englobante du Coran en matière de droit : awfū bi-l-ʿuqūd — respectez les contrats. Les ʿuqūd englobent les pactes avec Allah, entre les hommes, les traités, les serments, et même les engagements implicites. Les bêtes de troupeau sont licites sauf exceptions — et la chasse est interdite en état d'iḥrām.

Ne profanez pas les rites sacrés

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ لَا تُحِلُّوا۟ شَعَـٰٓئِرَ ٱللَّهِ وَلَا ٱلشَّهْرَ ٱلْحَرَامَ وَلَا ٱلْهَدْىَ وَلَا ٱلْقَلَـٰٓئِدَ وَلَآ ءَآمِّينَ ٱلْبَيْتَ ٱلْحَرَامَ

Cinq interdictions en cascade : ne profanez pas les rites d'Allah, ni le mois sacré, ni les offrandes, ni les guirlandes (qui marquent les animaux de sacrifice), ni ceux qui se rendent à la Maison Sacrée. Puis un appel à la justice : que la haine d'un peuple ne vous pousse pas à l'injustice — iʿdilū huwa aqrabu li-l-taqwā (soyez justes, c'est plus proche de la piété).

2

Parachèvement de la religion et interdits alimentaires

Versets 3–5
Liste des interdits alimentaires ; « Aujourd'hui J'ai parachevé votre religion » ; nourriture des Gens du Livre licite.
FiqhḤalāl wa-Ḥarām

Les interdits alimentaires détaillés

حُرِّمَتْ عَلَيْكُمُ ٱلْمَيْتَةُ وَٱلدَّمُ وَلَحْمُ ٱلْخِنزِيرِ وَمَآ أُهِلَّ لِغَيْرِ ٱللَّهِ بِهِۦ وَٱلْمُنْخَنِقَةُ وَٱلْمَوْقُوذَةُ وَٱلْمُتَرَدِّيَةُ وَٱلنَّطِيحَةُ وَمَآ أَكَلَ ٱلسَّبُعُ إِلَّا مَا ذَكَّيْتُمْ

Dix catégories d'interdits : la bête morte, le sang, le porc, ce qui est immolé à un autre qu'Allah, l'étouffée, l'assommée, celle qui est morte d'une chute, l'encornée, celle qu'un fauve a dévorée — sauf si vous l'égorgez à temps — et ce qui est sacrifié sur les pierres dressées (nuṣub). Le tirage au sort par les flèches (azlām) est aussi interdit. C'est la liste la plus complète du Coran sur les interdits alimentaires.

Aujourd'hui J'ai parachevé votre religion

ٱلْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِى وَرَضِيتُ لَكُمُ ٱلْإِسْلَـٰمَ دِينًا

Ce fragment du verset 3 fut révélé lors du pèlerinage d'Adieu (ḥajjat al-wadāʿ), le 9 dhū l-ḥijja de l'an 10. Quand ʿUmar l'entendit, il pleura — car tout ce qui est parachevé ne peut que décliner. C'est l'un des derniers versets révélés, scellant la mission prophétique. Le dīn est complet : aucun ajout, aucune soustraction.

La nourriture des Gens du Livre et le mariage

ٱلْيَوْمَ أُحِلَّ لَكُمُ ٱلطَّيِّبَـٰتُ ۖ وَطَعَامُ ٱلَّذِينَ أُوتُوا۟ ٱلْكِتَـٰبَ حِلٌّ لَّكُمْ وَطَعَامُكُمْ حِلٌّ لَّهُمْ ۖ وَٱلْمُحْصَنَـٰتُ مِنَ ٱلْمُؤْمِنَـٰتِ وَٱلْمُحْصَنَـٰتُ مِنَ ٱلَّذِينَ أُوتُوا۟ ٱلْكِتَـٰبَ

La nourriture des Gens du Livre est licite pour les musulmans, et réciproquement. Le mariage avec les femmes chastes parmi les Gens du Livre est aussi autorisé. Ce verset (5) établit un cadre d'échange social et alimentaire entre communautés de foi — la coexistence n'est pas un accident, c'est un principe.

3

Les ablutions (wuḍūʾ) et la purification

Versets 6–11
Le verset des ablutions ; tayammum ; rappel de la faveur d'Allah et du pacte « nous avons entendu et obéi ».
FiqhWuḍūʾ

Le verset du wuḍūʾ

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ إِذَا قُمْتُمْ إِلَى ٱلصَّلَوٰةِ فَٱغْسِلُوا۟ وُجُوهَكُمْ وَأَيْدِيَكُمْ إِلَى ٱلْمَرَافِقِ وَٱمْسَحُوا۟ بِرُءُوسِكُمْ وَأَرْجُلَكُمْ إِلَى ٱلْكَعْبَيْنِ

Le verset 6 est le fondement juridique des ablutions (wuḍūʾ) : laver le visage, les mains jusqu'aux coudes, passer les mains mouillées sur la tête, laver les pieds jusqu'aux chevilles. En cas d'impureté majeure (janāba), se laver entièrement. Si l'eau manque, le tayammum (ablution sèche) est prescrit. Allah conclut : « Il ne veut pas vous imposer de gêne mais vous purifier et parachever Sa grâce. »

Soyez justes, même envers ceux que vous détestez

وَلَا يَجْرِمَنَّكُمْ شَنَـَٔانُ قَوْمٍ عَلَىٰٓ أَلَّا تَعْدِلُوا۟ ۚ ٱعْدِلُوا۟ هُوَ أَقْرَبُ لِلتَّقْوَىٰ

Principe éthique majeur réitéré : que la haine d'un peuple ne vous pousse jamais à l'injustice. « Soyez justes — c'est plus proche de la taqwā. » Ce verset (8) est l'un des fondements coraniques de l'impartialité judiciaire, applicable même envers l'ennemi.

4

Les pactes rompus : Banū Isrāʾīl

Versets 12–26
Les 12 chefs ; le pacte rompu ; les cœurs endurcis ; Mūsā et le refus d'entrer en Terre Sainte ; les 40 ans d'errance.
QaṣaṣBanū Isrāʾīl

Le pacte des douze chefs

وَلَقَدْ أَخَذَ ٱللَّهُ مِيثَـٰقَ بَنِىٓ إِسْرَٰٓءِيلَ وَبَعَثْنَا مِنْهُمُ ٱثْنَىْ عَشَرَ نَقِيبًا

Allah avait pris le pacte (mīthāq) des Banū Isrāʾīl et suscité parmi eux douze chefs (naqīb). Il leur avait promis : si vous priez, donnez la zakāt, croyez en Mes messagers et les soutenez, et prêtez à Allah un bon prêt — Je vous pardonnerai et vous introduirai dans des jardins. Mais ils rompirent le pacte.

Les cœurs endurcis

فَبِمَا نَقْضِهِم مِّيثَـٰقَهُمْ لَعَنَّـٰهُمْ وَجَعَلْنَا قُلُوبَهُمْ قَـٰسِيَةً ۖ يُحَرِّفُونَ ٱلْكَلِمَ عَن مَّوَاضِعِهِۦ

Conséquence de la rupture du pacte : la malédiction, l'endurcissement des cœurs, la déformation des mots (taḥrīf), et l'oubli d'une partie de ce qui leur avait été rappelé. Malgré cela, Allah prescrit le pardon et la bonté : « Pardonne-leur et passe l'éponge — Allah aime les bienfaisants » (v. 13).

Mūsā et le refus d'entrer en Terre Sainte

قَالُوا۟ يَـٰمُوسَىٰٓ إِنَّا لَن نَّدْخُلَهَآ أَبَدًا مَّا دَامُوا۟ فِيهَا ۖ فَٱذْهَبْ أَنتَ وَرَبُّكَ فَقَاتِلَآ إِنَّا هَـٰهُنَا قَـٰعِدُونَ

Récit emblématique : Mūsā ordonne à son peuple d'entrer en Terre Sainte. Ils refusent : « Vas-y toi et ton Seigneur, combattez — nous, nous restons assis ici ! » Insolence maximale. Deux hommes pieux tentent de les convaincre, en vain. Résultat : Allah leur interdit la Terre pendant quarante ans d'errance (tīh) dans le désert.

5

Les deux fils d'Ādam (Hābīl et Qābīl)

Versets 27–32
Le premier meurtre de l'humanité ; le corbeau qui enseigne l'enterrement ; tuer une âme = tuer l'humanité entière.
QaṣaṣHābīl wa-Qābīl

Le premier meurtre

وَٱتْلُ عَلَيْهِمْ نَبَأَ ٱبْنَىْ ءَادَمَ بِٱلْحَقِّ إِذْ قَرَّبَا قُرْبَانًا فَتُقُبِّلَ مِنْ أَحَدِهِمَا وَلَمْ يُتَقَبَّلْ مِنَ ٱلْأَخَرِ قَالَ لَأَقْتُلَنَّكَ

Les deux fils d'Ādam offrent chacun un sacrifice ; celui de l'un est accepté (Hābīl), l'autre non (Qābīl). Qābīl, rongé par la jalousie, menace de tuer son frère. Hābīl répond avec une dignité sidérante : « Si tu étends la main vers moi pour me tuer, moi je n'étendrai pas la main vers toi — je crains Allah, Seigneur des mondes. » Il refuse la violence même en légitime défense.

Le corbeau et le regret

فَبَعَثَ ٱللَّهُ غُرَابًا يَبْحَثُ فِى ٱلْأَرْضِ لِيُرِيَهُ كَيْفَ يُوَٰرِى سَوْءَةَ أَخِيهِ ۚ قَالَ يَـٰوَيْلَتَىٰٓ أَعَجَزْتُ أَنْ أَكُونَ مِثْلَ هَـٰذَا ٱلْغُرَابِ فَأُوَٰرِىَ سَوْءَةَ أَخِى

Après le meurtre, Qābīl ne sait que faire du corps. Allah envoie un corbeau qui gratte la terre pour enterrer un autre corbeau — enseignant au meurtrier le geste d'ensevelir. Qābīl, accablé de regret : « Malheur à moi ! Suis-je incapable d'être comme ce corbeau ? » Il devint parmi les perdants.

Tuer une âme = tuer l'humanité

مِنْ أَجْلِ ذَٰلِكَ كَتَبْنَا عَلَىٰ بَنِىٓ إِسْرَٰٓءِيلَ أَنَّهُۥ مَن قَتَلَ نَفْسًۢا بِغَيْرِ نَفْسٍ أَوْ فَسَادٍ فِى ٱلْأَرْضِ فَكَأَنَّمَا قَتَلَ ٱلنَّاسَ جَمِيعًا وَمَنْ أَحْيَاهَا فَكَأَنَّمَآ أَحْيَا ٱلنَّاسَ جَمِيعًا

Le verset 32 est l'un des plus universellement cités du Coran : quiconque tue une âme — sauf en rétribution d'un meurtre ou d'un désordre sur terre — c'est comme s'il avait tué l'humanité entière. Et quiconque la sauve, c'est comme s'il avait sauvé l'humanité entière. La sacralité de la vie humaine est absolue.

6

Les peines légales (ḥudūd) : ḥirāba et vol

Versets 33–40
Le châtiment des brigands (ḥirāba) ; la porte du repentir ; la peine du vol ; Allah pardonne à qui Il veut.
FiqhḤudūd

Le châtiment de la ḥirāba

إِنَّمَا جَزَٰٓؤُا۟ ٱلَّذِينَ يُحَارِبُونَ ٱللَّهَ وَرَسُولَهُۥ وَيَسْعَوْنَ فِى ٱلْأَرْضِ فَسَادًا أَن يُقَتَّلُوٓا۟ أَوْ يُصَلَّبُوٓا۟ أَوْ تُقَطَّعَ أَيْدِيهِمْ وَأَرْجُلُهُم مِّنْ خِلَـٰفٍ أَوْ يُنفَوْا۟ مِنَ ٱلْأَرْضِ

La ḥirāba (brigandage/terrorisme) — ceux qui « font la guerre à Allah et Son Messager et sèment le désordre sur terre » — reçoit les peines les plus sévères du Coran, graduées selon la gravité : exécution, crucifixion, amputation croisée, ou exil. Mais le verset 34 ouvre immédiatement la porte du repentir : celui qui se repent avant d'être arrêté voit sa peine divine levée.

Le vol

وَٱلسَّارِقُ وَٱلسَّارِقَةُ فَٱقْطَعُوٓا۟ أَيْدِيَهُمَا جَزَآءًۢ بِمَا كَسَبَا نَكَـٰلًا مِّنَ ٱللَّهِ

La peine du vol est l'amputation de la main — mais les conditions d'application sont si strictes dans la jurisprudence que ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb suspendit cette peine en année de famine. Le verset 39 ouvre encore la porte : « Quiconque se repent après son injustice et se réforme — Allah accepte son repentir. » Le ḥadd est dissuasif ; le repentir est la vraie finalité.

7

La Torah, l'Évangile et le Coran : juger par ce qu'Allah a révélé

Versets 41–50
Les juifs qui viennent au Prophète ﷺ pour qu'il juge ; la Torah confirmée ; l'Évangile ; « Quiconque ne juge pas par ce qu'Allah a révélé… »
ʿAqīdaḤākimiyya

La Torah contient la guidée et la lumière

إِنَّآ أَنزَلْنَا ٱلتَّوْرَىٰةَ فِيهَا هُدًى وَنُورٌ ۚ يَحْكُمُ بِهَا ٱلنَّبِيُّونَ ٱلَّذِينَ أَسْلَمُوا۟ لِلَّذِينَ هَادُوا۟ وَٱلرَّبَّـٰنِيُّونَ وَٱلْأَحْبَارُ

Le Coran reconnaît pleinement la Torah comme contenant « guidée et lumière ». Les prophètes qui se sont soumis (aslamū) jugeaient par elle pour les juifs. Puis vient le triple verset redoutable — répété trois fois avec des variantes :

Les trois verdicts

وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَآ أَنزَلَ ٱللَّهُ فَأُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلْكَـٰفِرُونَ
وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَآ أَنزَلَ ٱللَّهُ فَأُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلظَّـٰلِمُونَ
وَمَن لَّمْ يَحْكُم بِمَآ أَنزَلَ ٱللَّهُ فَأُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلْفَـٰسِقُونَ

Trois qualificatifs pour ceux qui ne jugent pas par la Révélation : kāfirūn (mécréants, v. 44), ẓālimūn (injustes, v. 45), fāsiqūn (pervers, v. 47). Ibn ʿAbbās a précisé que le degré varie selon l'intention : celui qui rejette la loi divine par conviction est kāfir ; celui qui la contourne par intérêt est ẓālim ; celui qui la néglige par paresse est fāsiq.

L'Évangile et la diversité voulue par Allah

وَلَوْ شَآءَ ٱللَّهُ لَجَعَلَكُمْ أُمَّةً وَٰحِدَةً وَلَـٰكِن لِّيَبْلُوَكُمْ فِى مَآ ءَاتَىٰكُمْ ۖ فَٱسْتَبِقُوا۟ ٱلْخَيْرَٰتِ

Si Allah avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté — mais Il vous éprouve par ce qu'Il vous a donné. Rivalisez donc dans le bien (fastabiqū l-khayrāt). La pluralité religieuse est voulue par Allah comme épreuve, pas comme erreur. Le retour final est vers Lui, et Il vous informera de vos divergences (v. 48).

8

Les alliances interdites et permises

Versets 51–66
Ne prenez pas pour alliés ceux qui raillent votre religion ; l'alliance est avec Allah, Son Messager et les croyants ; les Gens du Livre qui respectent la Torah et l'Évangile.
AkhlāqWalāya

L'alliance réservée à Allah, Son Messager et les croyants

إِنَّمَا وَلِيُّكُمُ ٱللَّهُ وَرَسُولُهُۥ وَٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ٱلَّذِينَ يُقِيمُونَ ٱلصَّلَوٰةَ وَيُؤْتُونَ ٱلزَّكَوٰةَ وَهُمْ رَٰكِعُونَ

Le verset 55 définit la walāya (alliance/tutelle) : votre allié est Allah, Son Messager, et les croyants qui prient et donnent la zakāt en s'inclinant. La walāya n'est pas une alliance tribale ou politique — c'est un lien fondé sur la foi et la pratique.

S'ils avaient appliqué la Torah et l'Évangile

وَلَوْ أَنَّهُمْ أَقَامُوا۟ ٱلتَّوْرَىٰةَ وَٱلْإِنجِيلَ وَمَآ أُنزِلَ إِلَيْهِم مِّن رَّبِّهِمْ لَأَكَلُوا۟ مِن فَوْقِهِمْ وَمِن تَحْتِ أَرْجُلِهِم

Si les Gens du Livre avaient appliqué la Torah et l'Évangile, ils auraient mangé d'au-dessus d'eux et de sous leurs pieds — une abondance totale. Parmi eux, un groupe est modéré (muqtaṣida), mais beaucoup agissent mal. Le problème n'est pas la Révélation qu'ils ont reçue, mais leur rapport à elle.

9

L'alcool, le jeu et les interdits finaux

Versets 87–108
Interdiction définitive du vin et du jeu ; la chasse en état d'iḥrām ; les vœux ; les témoins du testament ; ne posez pas de questions qui vous nuisent.
FiqhKhamr

L'interdiction définitive de l'alcool et du jeu

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ إِنَّمَا ٱلْخَمْرُ وَٱلْمَيْسِرُ وَٱلْأَنصَابُ وَٱلْأَزْلَـٰمُ رِجْسٌ مِّنْ عَمَلِ ٱلشَّيْطَـٰنِ فَٱجْتَنِبُوهُ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ

C'est le verset final d'une série de quatre étapes dans l'interdiction de l'alcool (al-Baqara 219 → al-Nisāʾ 43 → ici). Le vin (khamr), le jeu de hasard (maysir), les pierres dressées (anṣāb) et les flèches de divination (azlām) sont déclarés rijs (souillure) — une œuvre de Shayṭān. Le verset 91 précise le but : Shayṭān veut semer entre vous l'hostilité et la haine par le vin et le jeu, et vous détourner du rappel d'Allah et de la prière.

Ne posez pas de questions qui vous nuiraient

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ لَا تَسْـَٔلُوا۟ عَنْ أَشْيَآءَ إِن تُبْدَ لَكُمْ تَسُؤْكُمْ

Allah met en garde contre les questions superflues (v. 101) : « Ne posez pas de questions sur des choses qui, si elles vous étaient révélées, vous feraient du tort. » Des peuples avant vous posèrent de telles questions, puis devinrent mécréants à cause des réponses. La curiosité improductive peut mener à des obligations supplémentaires — la sagesse est dans la retenue.

10

ʿĪsā, les miracles et la Trinité

Versets 109–120
Le dialogue d'Allah avec ʿĪsā au Jour dernier ; les miracles ; la Table (māʾida) ; « As-tu dit aux gens de me prendre pour divinité ? »
ʿAqīdaʿĪsā

Le rappel des miracles de ʿĪsā

إِذْ قَالَ ٱللَّهُ يَـٰعِيسَى ٱبْنَ مَرْيَمَ ٱذْكُرْ نِعْمَتِى عَلَيْكَ وَعَلَىٰ وَٰلِدَتِكَ إِذْ أَيَّدتُّكَ بِرُوحِ ٱلْقُدُسِ تُكَلِّمُ ٱلنَّاسَ فِى ٱلْمَهْدِ وَكَهْلًا

Allah rappelle à ʿĪsā Ses bienfaits : le soutien par l'Esprit Saint (Jibrīl), la parole au berceau, l'enseignement du Livre, de la sagesse, de la Torah et de l'Évangile, la création d'un oiseau d'argile qui prend vie, la guérison de l'aveugle-né et du lépreux, la résurrection des morts — tout cela bi-idhni (par la permission d'Allah). Les miracles ne sont pas de ʿĪsā mais d'Allah à travers lui.

La Table céleste (al-māʾida)

قَالَ عِيسَى ٱبْنُ مَرْيَمَ ٱللَّهُمَّ رَبَّنَآ أَنزِلْ عَلَيْنَا مَآئِدَةً مِّنَ ٱلسَّمَآءِ تَكُونُ لَنَا عِيدًا لِّأَوَّلِنَا وَءَاخِرِنَا وَءَايَةً مِّنكَ

Les ḥawāriyyūn (apôtres) demandent à ʿĪsā de faire descendre du ciel une table servie (māʾida). ʿĪsā invoque Allah : « Fais descendre sur nous une table du ciel qui soit une fête (ʿīd) pour les premiers et les derniers d'entre nous, et un signe venant de Toi. » Allah accepte mais avertit : quiconque mécroit après cela recevra un châtiment sans précédent. Ce récit donne son nom à la sourate.

« As-tu dit aux gens : prenez-moi pour dieu ? »

وَإِذْ قَالَ ٱللَّهُ يَـٰعِيسَى ٱبْنَ مَرْيَمَ ءَأَنتَ قُلْتَ لِلنَّاسِ ٱتَّخِذُونِى وَأُمِّىَ إِلَـٰهَيْنِ مِن دُونِ ٱللَّهِ ۖ قَالَ سُبْحَـٰنَكَ مَا يَكُونُ لِىٓ أَنْ أَقُولَ مَا لَيْسَ لِى بِحَقٍّ

Scène eschatologique poignante : au Jour dernier, Allah demande à ʿĪsā s'il a dit aux gens de le prendre, lui et sa mère, comme divinités en dehors d'Allah. ʿĪsā répond : « Gloire à Toi ! Il ne m'appartient pas de dire ce qui n'est pas vrai. Si je l'avais dit, Tu l'aurais su. Tu sais ce qui est en moi, et je ne sais pas ce qui est en Toi. » Puis il ajoute : « Je ne leur ai dit que ce que Tu m'as ordonné : adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur. »

À Allah appartient la souveraineté

لِلَّهِ مُلْكُ ٱلسَّمَـٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضِ وَمَا فِيهِنَّ ۚ وَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍ قَدِيرٌ

La sourate se clôt par la déclaration de souveraineté absolue : à Allah appartient le mulk des cieux, de la terre et de tout ce qu'ils contiennent. Il est Omnipotent sur toute chose. Fin majestueuse qui ramène tout — pactes, lois, récits, débats théologiques — à Sa souveraineté unique.

🧠 Grille mnémotechnique — Structure d'Al-Māʾida

1
Respectez les pactes
v. 1–2
2
Interdits & parachèvement
v. 3–5
3
Wuḍūʾ & justice
v. 6–11
4
Banū Isrāʾīl & pactes
v. 12–26
5
Fils d'Ādam
v. 27–32
6
Ḥudūd : ḥirāba & vol
v. 33–40
7
Torah · Évangile · Coran
v. 41–50
8
Alliances & walāya
v. 51–66
9
Alcool · jeu · interdits
v. 87–108
10
ʿĪsā & la Māʾida
v. 109–120