83 versets · Mekkoise · Juzʾ 22-23 · Le coeur du Coran
Sourate Yā-Sīn est appelée « le cœur du Coran » (qalb al-Qurʾān) selon le ḥadīth. Elle s'ouvre par le serment du Coran sage et l'affirmation que le Prophète ﷺ est sur un chemin droit, raconte la parabole de la ville et des trois messagers, déploie six signes cosmiques (la nuit, le soleil, la lune, l'arche, les montures, le feu), argumente pour la résurrection par la création initiale, et se clôt sur le Kun fa-yakūn — « Il lui suffit de dire "Sois" et la chose est. »
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Yā Sīn — par le Coran sage, tu es parmi les messagers, sur un chemin droit (ṣirāṭ mustaqīm). L'affirmation de la mission prophétique est scellée par le serment du Coran lui-même. Puis le constat : la plupart ne croient pas, des carcans les empêchent de lever la tête (v. 8-9) — l'obstination dans le déni est une forme de prison.
« Nous avons tout dénombré dans un Imām Mubīn (un Registre clair). » Chaque acte, chaque parole, chaque pas est enregistré dans le Lawḥ al-Maḥfūẓ. Rien n'est perdu ni oublié — ni le bien ni le mal.
Un homme (identifié par la tradition comme Ḥabīb al-Najjār) accourt du bout de la ville pour soutenir les messagers : « Ô mon peuple, suivez les messagers ! Suivez ceux qui ne vous demandent pas de salaire et qui sont guidés. » Son argumentation est logique : (1) les messagers sont gratuits, (2) ils sont guidés, (3) « pourquoi n'adorerais-je pas Celui qui m'a créé ? » (v. 22).
L'homme est tué pour sa foi. Immédiatement : « Entre au Paradis ! » Sa réaction ? Pas de colère envers ses tueurs — mais un souhait pour eux : « Si seulement mon peuple savait ce dont mon Seigneur m'a pardonné et qu'Il m'a mis parmi les honorés ! » Même après la mort, il souhaite le bien à son peuple. Un cœur sans rancune, même face aux bourreaux.
Six signes en cascade : (1) La terre morte vivifiée par les grains. (2) La nuit : « Nous en arrachons le jour — et les voilà dans les ténèbres. » (3) Le soleil court vers un gîte fixé (mustaqarr) — « c'est la détermination du Puissant, le Savant. » (4) La lune dont les phases sont fixées « jusqu'à revenir comme une vieille tige de palmier (ʿurjūn qadīm). » (5) L'arche chargée (Nūḥ). (6) Les montures que Nous avons créées pour eux. Le soleil et la lune ne se rattrapent jamais, la nuit ne devance pas le jour — chacun vogue dans une orbite (v. 40).
Un homme vient avec un os décomposé et défie le Prophète ﷺ : « Qui redonnera vie à ceci, alors qu'il est en poussière ? » La réponse : « Celui qui les a créés la première fois — et Il connaît toute création. » L'argument est simple : la première création (à partir de rien) est plus difficile que la recréation (à partir de matière existante). Puis : « Celui qui a mis pour vous dans l'arbre vert du feu (nār) » — l'arbre markh et ʿafār que les Arabes frottaient pour produire du feu : du bois vert (humide) sort du feu (sec). La création de contraires est un signe de puissance absolue.
Le verset final avant la conclusion : « Son ordre, quand Il veut une chose, est seulement de lui dire "Sois" (Kun) et elle est (fa-yakūn). » Tout l'argumentaire de la sourate converge vers ce sommet : Allah n'a besoin ni de temps, ni de matière, ni d'effort. Un mot suffit. Kun fa-yakūn est la réponse ultime à toute question sur la résurrection, la création, et le pouvoir divin.
« Gloire à Celui dans la Main de qui est la royauté de toute chose (malakūt kulli shayʾ), et vers qui vous serez ramenés. » Le dernier verset de Yā-Sīn est une déclaration de souveraineté absolue — tout est dans Sa Main, et le retour est vers Lui.