89 versets · Mekkoise · Juzʾ 25 · Le piege des ornements d'ici-bas
Sourate Al-Zukhruf (les Ornements, l'Or) est la 43ᵉ sourate du Coran. Elle dénonce l'obsession des Quraysh pour la richesse matérielle et leur mépris du Prophète ﷺ parce qu'il n'est pas un homme de fortune. La sourate dévoile le piège des ornements (zukhruf) de la vie d'ici-bas, retrace les parcours d'Ibrāhīm, Mūsā et ʿĪsā face à leurs peuples, et affirme que le vrai critère auprès d'Allah n'est pas la richesse mais la taqwā. Elle se clôt sur la promesse du Paradis pour les croyants et la menace de l'Heure.
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La sourate s'ouvre par le serment du Livre clair. Allah a fait du Coran un texte en arabe « afin que vous raisonniez » (laʿallakum taʿqilūn). Puis une affirmation majeure : « Il est, dans la Mère du Livre (Umm al-Kitāb) auprès de Nous, élevé (ʿaliyy) et sage (ḥakīm). » Le Coran a une origine céleste qui transcende sa forme terrestre — il est inscrit dans le registre suprême avant même d'être révélé.
Les montures et les navires sont des bienfaits divins. L'invocation du voyage : « Subḥāna lladhī sakhkhara lanā hādhā wa-mā kunnā lahū muqrinīn » — « Gloire à Celui qui a mis ceci à notre service, alors que nous n'étions pas capables de le dominer. » C'est le dhikr que le Prophète ﷺ récitait à chaque voyage. Le bienfait n'est pas la monture — c'est la conscience de qui l'a mise à notre service.
Quand on annonce à l'un d'eux (la naissance) de ce qu'ils attribuent au Miséricordieux (une fille), son visage s'assombrit et il est plein de rage. Paradoxe dénoncé : ils méprisent les filles pour eux-mêmes mais osent les attribuer à Allah. Le verset expose la contradiction de la pensée païenne et la misogynie pré-islamique que le Coran combat.
Le verset central de la sourate. Si ce n'était le risque que les gens deviennent une seule communauté (dans la mécréance, éblouis par la richesse), Allah aurait donné aux mécréants des toits d'argent, des escaliers, des portes, des lits d'apparat — « et du zukhruf (de l'or) ». Puis la conclusion cinglante : « Tout cela n'est que jouissance de la vie d'ici-bas. Et l'au-delà, auprès de ton Seigneur, est pour les muttaqīn (les pieux). » La richesse n'est pas un signe de proximité divine — elle peut même être un éloignement.
« Quiconque s'aveugle au rappel du Miséricordieux, Nous lui assignons un démon (shayṭān) qui devient son compagnon inséparable (qarīn). » L'aveuglement au dhikr n'est pas passif — il entraîne un compagnonnage démoniaque actif. Le qarīn lui embellit le mal et le persuade qu'il est sur le bon chemin, jusqu'au Jour où il dira : « Si seulement il y avait entre toi et moi la distance des deux Orients ! » (v. 38).
Pharaon brandit sa richesse et son royaume comme preuve de supériorité : « Le royaume d'Égypte ne m'appartient-il pas, avec ces fleuves qui coulent sous (mes palais) ? Ne voyez-vous donc pas ? Ne suis-je pas meilleur que celui-ci (Mūsā) qui est méprisable et s'exprime à peine ? » L'argument de Pharaon est exactement celui que la sourate dénonce depuis le début : le zukhruf (l'or, le pouvoir, le prestige) comme critère de vérité. Pharaon juge Mūsā par l'apparence — mais c'est lui qui est aveugle.
« Il rendit son peuple léger (istakhaffa) — et ils lui obéirent. Ils étaient un peuple pervers. » Le verbe istakhaffa signifie « prendre à la légère, manipuler, abrutir ». Pharaon n'a pas seulement opprimé — il a vidé son peuple de sa substance critique. L'obéissance aveugle à un tyran est un signe de fasāq (perversion) collectif. Résultat : noyade. « Nous en fîmes un précédent et un exemple pour les derniers » (v. 56).
« Il (ʿĪsā) n'est qu'un serviteur (ʿabd) à qui Nous avons accordé Notre grâce et que Nous avons fait un exemple pour les Banū Isrāʾīl. » Le Coran corrige la déification de ʿĪsā tout en lui rendant un honneur immense : être un ʿabd (serviteur) d'Allah est le plus haut rang, pas une diminution. C'est le même titre que celui du Prophète ﷺ dans l'Isrāʾ (17:1). La ʿubūdiyya (servitude envers Allah) est la noblesse suprême.
« Et il (ʿĪsā) est un signe (ʿilm) de l'Heure — n'en doutez donc point et suivez-Moi. Voilà un chemin droit. » Le retour de ʿĪsā à la fin des temps est un signe annonciateur du Jour Dernier. Ce verset lie la christologie coranique à l'eschatologie : ʿĪsā n'est pas une fin en soi, mais un signe qui pointe vers la réalité ultime — le retour vers Allah.
« Ô Mes serviteurs, nulle crainte pour vous aujourd'hui et vous ne serez point affligés — vous qui avez cru en Nos signes et étiez soumis (muslimīn). Entrez au Paradis, vous et vos épouses, en toute félicité (tuḥbarūn) ! » Le mot tuḥbarūn vient de ḥubūr — une joie profonde qui emplit le cœur. L'entrée au Paradis se fait en couple et en joie, pas en solitude.
« Dis : si le Miséricordieux avait un enfant, je serais le premier à l'adorer. » L'hypothèse est rhétorique — elle est immédiatement annulée par : « Gloire au Seigneur des cieux et de la terre, Seigneur du Trône, bien au-dessus de ce qu'ils décrivent ! » Le tanzīh (transcendance) d'Allah est absolu. La sourate qui a commencé par l'or et les ornements se conclut par le dépouillement total : rien ne Lui est comparable.