بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Fiche B.11 — Menstrues, lochies et istiḥâḍa

بَابُ الحَيْض

Trois saignements féminins, trois statuts juridiques distincts.

Objectif de la fiche

À la fin de cette fiche, tu sauras distinguer le ḥayḍ, l'istiḥâḍa et le nifâs, tu connaîtras les règles spécifiques pour chacun, et tu sauras gérer les cas-limites comme l'istiḥâḍa chronique selon les trois profils retenus par Sarhan.

قَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ ﭭ:
« أُمِرَ النَّاسُ أَنْ يَكُونَ آخِرُ عَهْدِهِمْ بِالبَيْتِ، إِلَّا أَنَّهُ خُفِّفَ عَنِ الحَائِضِ »

Ibn 'Abbâs dit : « Il fut ordonné aux gens que leur dernier acte soit (le ṭawâf) à la Maison ; mais cela fut allégé pour la femme en menstrues. »

Source : al-Bukhârî et Muslim (muttafaq 'alayh).

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Le principe directeur

Sarhan pose comme règle première que « l'origine, dans le sang qui touche la femme, est qu'il s'agit de ḥayḍ. » Pas de limite d'âge minimum, pas de quantité minimale, pas de fréquence imposée. Cette règle simple écarte beaucoup de doutes : tant qu'il n'y a pas de signe contraire, le sang est considéré comme menstruel — et la femme s'abstient de prier et de jeûner.

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Vocabulaire essentiel

حَيْضḥayḍ
Sang menstruel naturel.
اسْتِحَاضَةistiḥâḍa
Saignement anormal, continu ou presque, non lié au cycle.
نِفَاسnifâs
Sang lié à l'accouchement (avant, pendant, après).
مُعْتَادَةmu'tâda
Femme qui connaît son habitude (durée, dates).
مُمَيِّزَةmumayyiza
Femme qui distingue le sang menstruel du sang anormal par couleur, odeur, consistance.
مُتَحَيِّرَةmutaḥayyira
Femme qui n'a ni habitude ni distinction — perdue.
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Le ḥayḍ — règles d'ensemble

L'origine, sans limite imposée
Toute apparition de sang chez la femme est ḥayḍ par défaut, sauf signe contraire.
  • Pas de limite d'âge minimum (le ḥayḍ peut commencer tôt).
  • Pas de quantité minimale imposée.
  • Pas de fréquence imposée — la régularité varie selon les femmes.
  • Pendant le ḥayḍ, la femme : ne prie pas, ne jeûne pas, n'a pas de rapport conjugal, ne touche pas le muṣḥaf, ne fait pas le ṭawâf, et n'est pas divorçable de la part du mari.
  • Elle rattrape le jeûne manqué, mais jamais la prière.
  • Sur la récitation du Coran : la majorité des quatre écoles classiques (ḥanafîs, mâlikîs, shâfi'îs, ḥanbalîs) la déconseille pendant les règles. Mais une école de pensée minoritaire (Ibn Taymiyya, Sa'di) et nombre de savants contemporains — dont le Conseil européen de la fatwa — la permettent, surtout pour les besoins (étudiantes, mémorisatrices, professeures qui ne peuvent pas suspendre leur cycle d'études). Chaque femme peut suivre l'avis de référence de son école ou de son guide.
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L'istiḥâḍa — saignement anormal

Trois profils, trois solutions
Quand le sang ne s'arrête plus, on adapte selon ce que la femme connaît d'elle-même.

Sarhan définit l'istiḥâḍa comme « le sang qui s'installe sur la femme, ou qui ne s'interrompt presque pas ». Le Prophète ﷺ a guidé chaque cas selon ce qui peut être identifié :

1) Mu'tâda — celle qui connaît son habitude

Elle s'assoit pendant la durée et au moment de son habitude, et reste comme une femme en ḥayḍ : pas de prière, pas de jeûne. Au-delà, elle considère le sang comme istiḥâḍa, fait son ghusl, prie et jeûne.

2) Mumayyiza — celle qui distingue

Elle ne connaît pas son habitude, mais elle distingue le sang menstruel du sang anormal par sa couleur (rouge vif foncé vs rouge clair), son odeur (forte vs neutre), sa finesse (épais vs léger), sa consistance. Elle considère comme ḥayḍ ce qui correspond aux marqueurs du sang menstruel.

3) Mutaḥayyira — celle qui ne sait rien

Elle n'a ni habitude ni distinction. Elle se base sur l'habitude moyenne des femmes de sa famille / société : 6 ou 7 jours, et elle s'assoit ainsi au début de chaque mois hégirien.

Cadre commun à l'istiḥâḍa

  • Hors période de ḥayḍ : la femme se considère en pureté.
  • Elle fait un wuḍû' pour chaque prière (ou un wuḍû' par temps de prière).
  • Le sang qui sort pendant ce temps est excusé tant que dure le temps de prière.
  • Elle peut prier, jeûner, avoir des rapports.
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Le nifâs — sang d'accouchement

Statut = ḥayḍ, durée libre
Pas de limite minimale ni maximale formelle ; en référence : ~40 jours.
  • Le nifâs est le sang qui sort à l'occasion de l'accouchement — avant, pendant, après.
  • Son statut juridique est celui du ḥayḍ.
  • Pas de minimum ni de maximum stricts. Sarhan note : « Si la femme a vu plus de quarante (jours), c'est encore du nifâs. »
  • Lorsque le saignement cesse, la femme fait le ghusl et reprend prière, jeûne et rapports.
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Cas limites pratiques

Début, fin, voyage, ḥajj
Quatre situations qui reviennent et qu'il faut savoir trancher.
  • Si la femme se purifie pendant le temps d'une prière → elle se hâte de faire le ghusl pour saisir cette prière à temps.
  • Si elle commence à saigner après le coucher du soleil avec assez de temps pour 1 raka'a → elle doit rattraper la prière du maghrib une fois purifiée : elle a saisi son temps.
  • La pèlerine en ḥayḍ après les rites du ḥajj / 'umra qui doit voyager : dispensée du ṭawâf al-wadâ' selon le ḥadîth d'Ibn 'Abbâs.
  • La femme en ḥayḍ peut entrer dans un état d'iḥrâm : elle attend simplement la fin du ḥayḍ pour le ṭawâf et le sa'y.

📌 Règles à retenir

🧭 Méthode pratique : appliquer le fiqh

Identifier le statut du saignement.

  1. Comprendre la règle

    • Trois saignements féminins, trois statuts distincts.
    • Le ḥayḍ libère temporairement de plusieurs obligations.
  2. Identifier la situation

    • S'agit-il d'un saignement habituel et cyclique ? → ḥayḍ.
    • D'un saignement post-accouchement ? → nifâs.
    • D'un saignement continu, qui ne s'arrête pas ? → istiḥâḍa.
  3. Vérifier les conditions

    • Pour l'istiḥâḍa : suis-je mu'tâda, mumayyiza, ou mutaḥayyira ?
    • Pour la fin de ḥayḍ : la pureté est-elle nette (signe blanc) ?
  4. Appliquer simplement

    • Ḥayḍ → s'abstenir, attendre, faire ghusl ensuite.
    • Istiḥâḍa → se considérer en pureté hors temps repérés, wuḍû' par prière, prier normalement.
    • Nifâs → traiter comme ḥayḍ jusqu'à arrêt, puis ghusl.
  5. Réviser avec un cas pratique

    • Une jeune femme a son cycle régulier de 5 jours. Ce mois-ci, le sang continue le 6e jour, plus clair, sans odeur.
    Réponse en 3 lignes :
    1) Elle est mu'tâda : son habitude est de 5 jours.
    2) Au 6e jour, le sang change de couleur et perd les marqueurs du ḥayḍ → c'est de l'istiḥâḍa.
    3) Elle fait son ghusl, reprend prière et jeûne ; pour les saignements résiduels, un wuḍû' par prière suffit.

⚠ Erreurs fréquentes

🧠 Mini quiz

Quel est le statut par défaut du sang chez la femme ?

Voir la réponse
Ḥayḍ — l'origine.

Quels actes sont interdits à la femme en ḥayḍ ?

Voir la réponse
Prière, jeûne, rapport conjugal, ṭawâf, divorce. Le mari ne peut la divorcer non plus.

Quels actes la femme en ḥayḍ peut-elle accomplir ?

Voir la réponse
Tout dhikr, du'â', écoute du Coran, entrée en iḥrâm, présence à 'Arafa, etc. Pour la récitation du Coran : la majorité des 4 écoles la déconseille pendant les règles ; un avis minoritaire (suivi notamment par le Conseil européen de la fatwa) la permet, surtout pour les besoins.

Que rattrape la femme après ses règles ?

Voir la réponse
Le jeûne du Ramadan manqué. Jamais la prière.

Combien de jours pour la mutaḥayyira ?

Voir la réponse
6 ou 7, en se basant sur l'habitude moyenne, au début de chaque mois hégirien.

Pèlerine en ḥayḍ avant le départ : que faire ?

Voir la réponse
Elle est dispensée du ṭawâf al-wadâ' et peut quitter La Mecque sans le faire (ḥadîth d'Ibn 'Abbâs).
Cas pratique

« Mes règles ont commencé juste après le coucher du soleil. »

Tu n'avais pas encore prié le maghrib. Cinq minutes après l'adhân, tu vois le sang.

Réponse en 3 lignes :
1) Tu as eu, avant le ḥayḍ, le temps qui suffit pour 1 raka'a du maghrib — tu as donc « saisi » le temps de la prière.
2) Cette prière reste due : tu la rattraperas après ton ghusl, à la fin du ḥayḍ.
3) Pour les autres prières du cycle, aucune obligation, aucun rattrapage : Allah, dans Sa miséricorde, t'en a dispensée.