بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Fiche H.16 — Fondation, dons et legs

بَابُ الوَقْفِ وَالهِبَةِ وَالعَطِيَّةِ وَالوَصِيَّة

Quatre formes de générosité du musulman : fondation perpétuelle, don entre vivants, don du mourant, et legs après la mort.

Objectif de la fiche

À la fin de cette fiche, tu connaîtras les 4 formes de transmission gratuite de bien : waqf (fondation perpétuelle), hiba (donation entre vivants), 'aṭiyya (don pendant la maladie de la mort), waṣiyya (legs testamentaire), et tu sauras les règles d'égalité entre enfants et la limite du tiers.

قَالَ ﷺ: « إِذَا مَاتَ الإِنْسَانُ انْقَطَعَ عَمَلُهُ إِلَّا مِنْ ثَلَاثٍ : صَدَقَةٍ جَارِيَةٍ، أَوْ عِلْمٍ يُنْتَفَعُ بِهِ، أَوْ وَلَدٍ صَالِحٍ يَدْعُو لَه »

« Quand l'humain meurt, ses œuvres s'arrêtent — sauf trois : une aumône qui se prolonge (sadaqa jâriya), une science dont on tire profit, ou un enfant pieux qui invoque pour lui. »

Source : Muslim — fondement du waqf comme « sadaqa jâriya » par excellence.

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Donner pendant et après sa vie

Quatre actes de générosité scandent la vie du musulman. Le waqf (fondation pieuse) est la plus puissante : on immobilise un bien (terre, immeuble, fonds) pour que ses revenus servent indéfiniment une cause (mosquée, école, secours aux pauvres) — c'est l'aumône qui se prolonge par excellence. La hiba est un don gratuit entre vivants. L''aṭiyya est le don pendant la maladie qui mène à la mort. La waṣiyya est le legs testamentaire — limité au tiers du patrimoine et pas pour un héritier. Tous traduisent la même intuition : le bien matériel est un don d'Allah, on le fait circuler.

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Vocabulaire essentiel

وَقْفwaqf
Fondation pieuse : immobiliser un bien et destiner ses revenus à une cause.
هِبَةhiba
Donation gratuite entre vivants.
عَطِيَّة'aṭiyya
Don pendant la maladie qui mène à la mort.
وَصِيَّةwaṣiyya
Legs testamentaire prenant effet à la mort.
صَدَقَة جَارِيَةsadaqa jâriya
Aumône qui continue à produire son fruit après la mort.
الثُّلُثath-thuluth
Le tiers — limite maximale de la waṣiyya.
Étape 1

Ce que tu dois savoir

Trois blocs : le waqf, hiba/'aṭiyya/waṣiyya, et la règle d'égalité entre enfants.

1

Le waqf : la fondation perpétuelle

« La meilleure et la plus utile des œuvres pieuses »
Immobiliser un bien et destiner ses revenus à une cause perpétuellement.
  • Définition : « immobiliser le capital et faire couler les revenus » (Sa'di). Le bien lui-même devient incessible (ne peut plus être vendu, donné ni hérité), seuls ses fruits servent la cause désignée.
  • Statut : Sa'di le qualifie d'« afḍal al-qurab wa anfa'uhâ » — la meilleure et la plus utile des œuvres pieuses.
  • Exemples historiques : terres, palmeraies, immeubles, puits dont les revenus financent mosquées, écoles, hôpitaux, secours aux pauvres, voyageurs, étudiants…
  • Le Compagnon 'Umar consulta le Prophète ﷺ sur une terre précieuse à Khaybar ; le Prophète lui répondit : « Si tu veux, immobilise le capital et fais couler les revenus en aumône » — et 'Umar le fit (al-Bukhârî et Muslim).
  • Conditions :
    • Bien productif et durable (terre, immeuble, fonds générant un revenu).
    • Cause licite et bonne (œuvre religieuse, sociale, éducative).
    • Acte perpétuel et irrévocable.
    • Désignation d'un nâẓir (gestionnaire) qui veillera au bien et à la distribution des revenus.
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Hiba, 'aṭiyya, waṣiyya

3 niveaux selon le moment de la donation
Donner en pleine santé, pendant la maladie de la mort, ou par testament.
  • Hiba : donation gratuite en pleine santé. Prélevée sur le capital total — pas de limite. Une fois acceptée et reçue, irrévocable (« celui qui revient sur sa donation est comme le chien qui revient à son vomi » — muttafaq).
  • 'Aṭiyya (don pendant la maladie de la mort) : pour ne pas être un détournement déguisé de la part des héritiers, elle est limitée au tiers du patrimoine et pas pour un héritier (sauf accord de tous les autres héritiers majeurs).
  • Waṣiyya (legs testamentaire) : prend effet à la mort. Limitée au tiers et pas pour un héritier. Au-delà du tiers : nécessite l'accord des héritiers majeurs après le décès.
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L'égalité entre enfants : un devoir

« Craignez Allah et soyez équitables entre vos enfants »
Toute donation à un enfant doit en principe être faite équitablement à tous les autres.
  • Hadîth-clé : Bashîr ibn Sa'd voulait offrir un esclave à son fils Nu'mân, et fit témoigner le Prophète ﷺ. Le Prophète lui demanda : « As-tu donné la même chose à tes autres enfants ? » Bashîr répondit : « Non. » Le Prophète dit : « Crains Allah et sois équitable entre tes enfants ». Et il refusa d'être témoin (muttafaq).
  • Conséquence pratique : si on offre quelque chose à un enfant, on doit en principe offrir l'équivalent aux autres.
  • Exception : si un enfant a un besoin spécifique (handicap, mariage, études, projet) et que les autres en sont d'accord ou comprendraient.
  • Conseil prophétique : « Laisser tes héritiers riches est meilleur que les laisser pauvres à dépendre des gens » (muttafaq).

Contexte français / européen

📌 Règles à retenir

Étape 3

Pour aller plus loin

Erreurs à éviter et mini-quiz.

⚠ Erreurs fréquentes

🧠 Mini quiz

Qu'est-ce qu'un waqf ?

Voir la réponse
Une fondation pieuse perpétuelle : on immobilise un bien et on destine ses revenus à une cause indéfiniment. C'est la meilleure forme de sadaqa jâriya.

Quelle est la limite de la waṣiyya (legs) ?

Voir la réponse
1/3 du patrimoine maximum, et pas pour un héritier (sauf accord des autres héritiers après le décès). Le reste va aux héritiers selon les parts fixées par le Coran.

Que dit le ḥadîth sur la donation à un enfant ?

Voir la réponse
« Crains Allah et sois équitable entre tes enfants » — donner à l'un suppose en principe de donner l'équivalent aux autres (sauf besoin spécifique).

Quelle est la « sadaqa jâriya » par excellence ?

Voir la réponse
Le waqf — l'aumône qui continue à produire son fruit indéfiniment, au-delà de la mort du donateur.
Cas pratique

« Je veux organiser ma succession en France de manière conforme à la sharî'a »

Tu as 50 ans, marié(e), 3 enfants. Tu possèdes une maison, des comptes, des assurances-vie. Tu veux que ton patrimoine soit transmis selon l'esprit islamique, mais le droit français a ses propres règles. Comment t'y prendre ?

Réponse en 4 lignes :
1) Consulte un notaire et un savant ensemble — c'est un sujet où la double expertise est précieuse. Beaucoup de mosquées en France ont des références.
2) De ton vivant : envisage une donation-partage notariale équilibrée pour transmettre une partie en cohérence avec la sharî'a et éviter les blocages futurs.
3) Testament : rédige un testament olographe ou authentique qui destine jusqu'à 1/3 de ton patrimoine à des causes caritatives (mosquée, école, sadaqa jâriya, fondation) ou à des proches non-héritiers.
4) Construire un waqf : si tu en as la capacité, financer un projet durable (puits, parcelle pour une mosquée, fonds éducatif) est la meilleure des œuvres — et te suit dans l'au-delà.