Ash-Shahīd al-ḥayy · Promis au Paradis · ~596 – 36 H / 656
Ṭalḥa ibn ʿUbaydillāh, l'un des dix promis au Paradis (al-ʿasharatu l-mubashsharūn), fut amené à l'Islam par Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq dont il partageait la tribu des Banū Taym. Marchand au Shām, il y rencontra un moine annonçant la venue imminente du Prophète ﷺ à Makka. À son retour, il embrassa l'Islam et fut torturé attaché ensemble avec Abū Bakr — d'où le surnom des al-Qarīnayn (les deux liés). Héros d'Uḥud où il devint « le martyr vivant » en parant de sa main les coups destinés au Prophète ﷺ, il mourut en martyr à la bataille du Chameau à 60 ans, frappé par une flèche perdue.
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Le Prophète ﷺ a dit, en récitant ﴿مِنَ الْمُؤْمِنِينَ رِجَالٌ صَدَقُوا مَا عَاهَدُوا اللَّهَ عَلَيْهِ ۖ فَمِنْهُمْ مَنْ قَضَىٰ نَحْبَهُ﴾ (al-Aḥzāb 33, v. 23) : « Ṭalḥa fait partie de ceux qui ont accompli leur engagement (jusqu'à la mort). »
Source : at-Tirmidhī (n°3203) — hadith ḥasan ṣaḥīḥ — d'après Muʿāwiya et al-Zubayr
Nom complet : Ṭalḥa ibn ʿUbaydillāh ibn ʿUthmān ibn ʿAmr, des Banū Taym ibn Murra de Quraysh — même tribu qu'Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq, sa lignée rejoignant celle du Prophète ﷺ chez Murra ibn Kaʿb à la septième génération. Kunya : Abū Muḥammad. Surnoms : le Prophète ﷺ lui en donna plusieurs lors de la bataille d'Uḥud — Ṭalḥat al-Khayr (Ṭalḥa du bien), Ṭalḥat al-Jūd (Ṭalḥa de la générosité), Ṭalḥat al-Fayyāḍ (Ṭalḥa de la munificence), et ash-Shahīd al-ḥayy (« le martyr vivant »). Naissance : environ vingt-cinq ans avant la prophétie. Profession : riche marchand caravanier qui commerçait surtout avec le Shām (Boṣrā). Caractère : munificence légendaire — il distribuait jusqu'à 400 000 dirhams en une seule journée et passait pour l'un des plus généreux Compagnons. Décès : 10 Jumādā al-Ākhira 36 H (656), à environ 60 ans, à la bataille du Chameau près de Baṣra, tué par une flèche tirée par Marwān ibn al-Ḥakam.
Ṭalḥa appartenait aux Banū Taym, le clan d'Abū Bakr — petite tribu honorable de Quraysh, davantage marchande que politique. Dès sa jeunesse, Ṭalḥa accompagna les caravanes vers la Syrie byzantine, principalement vers le marché de Boṣrā au sud du Shām. Sa réussite commerciale fut rapide : il accumula une fortune considérable qu'il dépensera sans compter pour la cause de l'Islam.
Ṭalḥa raconta lui-même : « Je m'étais rendu en l'an de la prophétie, ou peu avant, à la foire de Boṣrā. Près de la cellule d'un moine, je l'entendis crier : "Demandez aux pèlerins venus d'ici s'il y a parmi eux un homme du Ḥaram (de Makka) ?" Je dis : "Oui, moi." Il dit : "Muḥammad est-il déjà apparu ?" Je dis : "Qui ?" Il dit : "Muḥammad ibn ʿAbdillāh ibn ʿAbd al-Muṭṭalib — c'est ce mois-ci son temps, c'est le dernier des prophètes ; il sortira du Ḥaram et émigrera vers une terre de palmeraies, de pierres noires et de salines. Prends garde à ne pas être devancé vers lui." » Le récit est rapporté par Ibn Saʿd, al-Bayhaqī et d'autres dans les dalāʾil an-nubuwwa.
Ṭalḥa rentra de Boṣrā profondément troublé. À peine arrivé à Makka, il interrogea ses proches : « Que s'est-il passé ici en mon absence ? » On lui répondit : « Muḥammad ibn ʿAbdillāh, al-Amīn, prétend être prophète, et Ibn Abī Quḥāfa (Abū Bakr) le suit. » Ṭalḥa courut chez son ami et compatriote tribal Abū Bakr, lui raconta la rencontre du moine de Boṣrā ; Abū Bakr lui exposa l'Islam ; il prononça aussitôt la shahāda, devenant l'un des cinq dignes du Paradis amenés par la daʿwa initiale d'Abū Bakr — avec ʿUthmān, az-Zubayr, Saʿd et ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf.
Aussitôt connue sa conversion, Nawfal ibn Khuwaylid — surnommé « le lion de Quraysh » — saisit Ṭalḥa, l'attacha à Abū Bakr par la même corde, et les fit battre par les Banū Taym pour les ramener à la religion ancestrale. Aucun des deux ne céda. Cet épisode leur valut le surnom commun d'al-Qarīnayn — « les deux liés ensemble » — devenu titre d'honneur pour leur fermeté partagée.
Lors de la bataille de Badr (2 H), le Prophète ﷺ avait envoyé Ṭalḥa avec Saʿīd ibn Zayd en mission de reconnaissance vers la côte du Shām — il s'agissait d'observer la caravane d'Abū Sufyān. Ils revinrent à Madīna après le retour victorieux du Prophète ﷺ. Bien que physiquement absent, le Prophète ﷺ lui attribua une part du butin et la récompense d'un combattant de Badr — ce qui le compte parmi les ahl Badr.
À Uḥud (3 H), quand les archers musulmans abandonnèrent leur position et que les rangs se brisèrent, le Prophète ﷺ se retrouva isolé, blessé au visage et à la dent, environné d'ennemis qui criaient sa mort. Ṭalḥa accourut et fit littéralement de son corps un rempart autour du Prophète ﷺ. Il reçut plus de 70 ou 75 coups — sabres, flèches, lances — sur tout le corps. Quand un sabre s'abattit sur la tête du Prophète ﷺ, Ṭalḥa l'intercepta de sa main droite ; ses doigts furent tranchés ou paralysés à vie. Il dit : « J'ai paré le coup, et il ne m'est resté de la main qu'une chose inerte. » Le Prophète ﷺ dit alors : « Pour Ṭalḥa, le Paradis est devenu obligatoire » et : « Quiconque veut voir un martyr marcher sur la face de la terre, qu'il regarde Ṭalḥa ibn ʿUbaydillāh. »
Ṭalḥa fut l'un des compagnons les plus riches : son commerce au Iraq et au Shām lui rapportait des sommes considérables. On rapporte qu'il distribua un jour 400 000 dirhams en une seule fois et qu'il alla dormir avec une seule pièce dans la maison. Sa femme Suʿdā bint ʿAwf lui dit un jour : « Ô Abū Muḥammad, est-ce que je vois quelque chose qui te trouble ? » Il répondit : « Comment me reposer alors que cet argent dort chez moi ? » Il fit appeler tous les pauvres et le distribua avant de dormir. Le Prophète ﷺ l'avait surnommé al-Khayr, al-Jūd, al-Fayyāḍ — du Bien, de la Générosité, de la Munificence.
Allah dit : ﴿مِنَ الْمُؤْمِنِينَ رِجَالٌ صَدَقُوا مَا عَاهَدُوا اللَّهَ عَلَيْهِ ۖ فَمِنْهُمْ مَنْ قَضَىٰ نَحْبَهُ وَمِنْهُمْ مَنْ يَنْتَظِرُ﴾ — « Parmi les croyants, il y a des hommes qui sont restés fidèles à leur engagement envers Allah ; certains ont accompli leur vœu (sont morts), et d'autres attendent encore » (al-Aḥzāb 33, v. 23). Le Prophète ﷺ a précisé que ce verset s'applique à Ṭalḥa — comme attestant qu'il est de ceux qui ont consommé leur sacrifice (rapporté par at-Tirmidhī).
Sous les califats d'Abū Bakr et de ʿUmar, Ṭalḥa fut un conseiller estimé, vivant entre Madīna et ses propriétés terriennes. Lorsque ʿUmar fut blessé, il l'inscrivit parmi les six membres de la shūrā chargée d'élire son successeur — avec ʿUthmān, ʿAlī, az-Zubayr, Saʿd et ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf. Ṭalḥa était alors absent de Madīna ; à son retour, il prêta allégeance à ʿUthmān.
Lorsque ʿUthmān fut assiégé puis assassiné, Ṭalḥa et az-Zubayr — choqués par l'impunité des rebelles — partirent avec ʿĀʾisha à Baṣra pour exiger la vengeance du sang de ʿUthmān. Ils se trouvèrent face à l'armée du calife ʿAlī à la bataille du Chameau (Jamal), nommée ainsi car ʿĀʾisha y assistait montée sur un chameau. La nuit avant la bataille, ʿAlī et eux étaient parvenus à un accord pour éviter le combat ; mais des extrémistes des deux camps déclenchèrent les hostilités au matin. ʿAlī rappela alors à az-Zubayr leur fraternité ancienne, et celui-ci se retira. Ṭalḥa, lui, fut frappé par une flèche tirée par Marwān ibn al-Ḥakam, gendre — et selon plusieurs récits — vengeur dévoyé du sang de ʿUthmān, qui dit en l'atteignant : « Je n'aurai plus à chercher mon assassin de ʿUthmān après aujourd'hui. » Ṭalḥa traîna sa monture à Baṣra et mourut peu après. Il avait environ 60 ans.