Khadīja bint Khuwaylid · Première femme du Prophète ﷺ · Première convertie · ~556 – 3 av. H
Khadīja bint Khuwaylid ibn Asad ibn ʿAbd al-ʿUzzā est la première épouse du Prophète Muḥammad ﷺ, la première personne à embrasser l'islam, et la mère de tous ses enfants à l'exception d'Ibrāhīm. Issue des Banū Asad de Quraysh, elle était une riche commerçante de Makka, surnommée dans la jāhiliyya elle-même aṭ-Ṭāhira (« la Pure ») tant sa réputation de chasteté et de noblesse était reconnue. Veuve à deux reprises avant d'épouser le Prophète ﷺ — d'abord d'Abū Hāla, puis d'ʿAtīq ibn ʿĀʾidh —, elle envoya un jour Muḥammad ﷺ, alors âgé de vingt-cinq ans, conduire sa caravane au Shām ; ce qu'elle apprit de son honnêteté et des signes qui l'accompagnaient la fit demander sa main par l'intermédiaire de Nafīsa bint Munyā. Pendant vingt-cinq ans, elle fut sa seule épouse. À l'heure de la révélation, elle fut le premier soutien — financier, moral, spirituel — du Prophète ﷺ. Allah Lui-même lui transmit Son salām par l'intermédiaire de Jibrīl, et lui annonça une maison de qaṣb au Paradis. Elle mourut en l'an 10 de la mission, peu après Abū Ṭālib, donnant son nom à cette année : ʿām al-ḥuzn, l'année de la tristesse.
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« Il te suffit, parmi les femmes du monde : Maryam fille de ʿImrān, Khadīja fille de Khuwaylid, Fāṭima fille de Muḥammad, et Āsiya femme de Pharaon. »
Source : Rapporté par al-Bukhārī (n°3815) et Muslim (n°2430) — d'après ʿAlī ibn Abī Ṭālib et Anas ibn Mālik
Khadīja naquit à Makka vers 556 G, dans la maison de Khuwaylid ibn Asad ibn ʿAbd al-ʿUzzā ibn Quṣayy — un cousin éloigné du Prophète ﷺ, leur ancêtre commun étant Quṣayy ibn Kilāb. Sa tribu, les Banū Asad ibn ʿAbd al-ʿUzzā, était une lignée respectée de Quraysh, alliée des Hāshim. Son cousin paternel Waraqa ibn Nawfal était l'un des rares ḥunafāʾ de Makka, qui avait abandonné l'idolâtrie pour se rapprocher de la religion d'Ibrāhīm ﷺ ; il avait étudié les Écritures hébraïques et chrétiennes et attendait l'apparition d'un prophète.
Khadīja gérait depuis Makka un grand négoce caravanier qui exportait jusqu'au Shām et, certains la disent, jusqu'au Yémen. Elle n'accompagnait pas elle-même les caravanes : elle louait les services d'hommes intègres, à qui elle confiait ses marchandises contre une part des bénéfices. Dans une Makka où la liberté des femmes nobles s'accompagnait souvent de mœurs lâches, sa pureté de vie lui valut le surnom rare d'aṭ-Ṭāhira — « la Pure ». Plusieurs nobles de Quraysh demandèrent sa main et essuyèrent ses refus.
Elle épousa d'abord Abū Hāla ibn Zurāra at-Tamīmī, dont elle eut au moins deux enfants : Hind (un fils — Hind est le nom de son aîné, qui combattra plus tard avec ʿAlī à al-Jamel) et Hāla (une fille). Devenue veuve, elle se remaria avec ʿAtīq ibn ʿĀʾidh al-Makhzūmī, dont elle eut une fille également prénommée Hind. Ce second mari mourut peu après. Khadīja était donc, à l'aube de ses quarante ans, une riche veuve, respectée, élevant ses enfants et continuant son commerce.
Khadīja entendit parler de la réputation de Muḥammad ibn ʿAbdillāh, ce jeune homme orphelin de la maison hāshimite que tout Makka surnommait al-Amīn (« le Digne de confiance ») et aṣ-Ṣādiq (« le Véridique »). Elle lui proposa de conduire sa caravane vers la Boṣrā du Shām, contre une part double de ce qu'elle accordait habituellement. Le Prophète ﷺ, alors âgé de vingt-cinq ans, accepta, accompagné du serviteur de Khadīja, Maysara.
À l'arrivée à Boṣrā, Maysara vit le Prophète ﷺ s'arrêter à l'ombre d'un arbre près de la cellule d'un moine chrétien nommé Nasṭūr. Le moine demanda : « Qui est cet homme ? » — « Un Qurayshite, un homme du Ḥaram. » — « Sous cet arbre, jamais ne s'est arrêté que des prophètes. » En route, Maysara remarquait aussi que deux anges sous forme de nuage ombrageaient le Prophète ﷺ contre la chaleur. Le commerce fut prospère — le double des bénéfices habituels. Maysara raconta tout à Khadīja à leur retour.
Frappée par ce qu'elle entendait — et par ce qu'elle observait elle-même —, Khadīja envoya son amie Nafīsa bint Munyā sonder discrètement le Prophète ﷺ. « Ô Muḥammad, qu'est-ce qui t'empêche de te marier ? » — « Je n'ai pas de quoi assumer cette charge. » — « Et si l'on te trouvait richesse, beauté, noblesse et accord ? Accepterais-tu ? » — « De qui parles-tu ? » — « De Khadīja. » — « Comment cela serait-il possible ? » — « Laisse-moi faire. » Khadīja envoya alors un message officiel. Le Prophète ﷺ consulta ses oncles. Le mariage fut conclu, présidé par Abū Ṭālib du côté du Prophète ﷺ et par son oncle ʿAmr ibn Asad du côté de Khadīja (son père Khuwaylid étant déjà mort, ou bien décédé à la guerre du Fijār selon une autre version). La dot fut de vingt chamelles. Le Prophète ﷺ avait vingt-cinq ans et Khadīja environ quarante. Ce mariage durerait jusqu'à sa mort.
Lorsque le Prophète ﷺ redescendit de la grotte de Ḥirāʾ, le cœur tremblant après la première rencontre avec Jibrīl, il dit à Khadīja : « Couvrez-moi, couvrez-moi ! » — « J'ai craint pour ma vie. » Khadīja prononça alors les paroles inoubliables que rapporte ʿĀʾisha (Bukhārī n°3, Muslim n°160) :
« Non par Allah, jamais Allah ne t'humiliera. Tu maintiens les liens du sang, tu portes le faible, tu donnes à qui n'a rien, tu honores l'hôte, et tu secours dans les épreuves du vrai. »
Cinq vertus : tu maintiens les liens du sang (silat ar-raḥim), tu portes le faible (taḥmilu l-kall), tu acquiers à qui n'a rien (taksibu l-maʿdūm), tu honores l'hôte (taqrī ḍ-ḍayf), tu secours dans les épreuves du vrai (tuʿīnu ʿalā nawāʾib al-ḥaqq). Elle l'emmena ensuite chez son cousin Waraqa ibn Nawfal, qui confirma : « C'est le Nāmūs (Jibrīl) qu'Allah avait envoyé à Mūsā. Plût au ciel que je sois jeune lorsque ton peuple te chassera ! »
De son mariage avec le Prophète ﷺ naquirent six enfants à Makka : al-Qāsim (l'aîné, mort en bas âge — d'où la kunya du Prophète ﷺ « Abū l-Qāsim »), Zaynab (épouse d'Abū l-ʿĀṣ ibn ar-Rabīʿ), Ruqayya (épouse d'ʿUthmān, morte au moment de Badr), Umm Kulthūm (épouse d'ʿUthmān après Ruqayya), Fāṭima az-Zahrāʾ (épouse d'ʿAlī, mère de l'Ahl al-Bayt) et ʿAbdullāh (surnommé aṭ-Ṭayyib et aṭ-Ṭāhir, mort enfant). Tous ses enfants furent musulmans. Tous les enfants du Prophète ﷺ sauf Ibrāhīm sont d'elle — Ibrāhīm naîtra plus tard à Madīna, de Māriya al-Qibṭiyya, et mourra lui aussi en bas âge.
Quand Quraysh décréta le boycott des Banū Hāshim dans le quartier d'Shiʿb Abī Ṭālib (an 7 de la mission, environ trois ans), Khadīja fut parmi ceux qui s'enfermèrent volontairement avec le Prophète ﷺ et son clan. Elle dépensa la totalité de sa fortune restante pour acheter clandestinement de la nourriture qui parvenait aux assiégés. Lorsque le boycott prit fin, elle était épuisée physiquement et financièrement — sa famille noble avait souffert la faim avec le clan de son époux. Cette épreuve abrégea ses jours.
Un jour Jibrīl dit au Prophète ﷺ (Bukhārī n°3820, Muslim n°2432) : « Ô Messager d'Allah, voici Khadīja qui vient avec un récipient contenant un mets ou une boisson. Quand elle arrivera, transmets-lui le salut de son Seigneur et le mien, et annonce-lui une maison au Paradis faite de qaṣb (roseau creusé / perle évidée), sans bruit ni fatigue. » Aucune autre femme de l'humanité n'a reçu de telle annonce.
En l'an 10 de la mission (3 av. H), Abū Ṭālib mourut. Quelques jours ou semaines plus tard — les sources varient entre 35 jours et 3 mois — Khadīja s'éteignit à son tour, à environ 65 ans, en Ramaḍān. Le Prophète ﷺ descendit lui-même dans la tombe. Elle fut enterrée à al-Ḥajūn, à Makka. Cette double perte, du protecteur clanique et de l'épouse-soutien, fit appeler cette année ʿām al-ḥuzn — l'année de la tristesse. Ce serait peu après que se produirait l'Isrāʾ et Miʿrāj, comme une consolation divine.
Plusieurs années après la mort de Khadīja, à Madīna, le Prophète ﷺ continuait de parler d'elle constamment. Quand il abattait un mouton, il en faisait découper des parts qu'il envoyait « aux amies de Khadīja ». Quand sa sœur Hāla bint Khuwaylid vint un jour à Madīna et demanda permission d'entrer, sa voix ressemblait à celle de Khadīja ; le Prophète ﷺ tressaillit et dit : « Allāhumma, Hāla ! » (Bukhārī n°3821).
ʿĀʾisha — épouse vivante, jeune, brillante — disait : « Je n'ai été jalouse d'aucune femme du Prophète ﷺ comme je l'étais de Khadīja, parce qu'il la mentionnait sans cesse, alors que je ne l'avais jamais vue » (Bukhārī n°3818). Une fois, elle laissa échapper avec un peu d'aigreur : « Allah ne t'a-t-il pas donné mieux qu'elle ? » Le visage du Prophète ﷺ s'altéra et il répondit (Aḥmad, Ḥākim, ṣaḥīḥ) : « Non, par Allah, Allah ne m'a pas donné mieux qu'elle : elle a cru en moi quand les gens me reniaient, elle m'a confirmé quand on me traitait de menteur, elle m'a soutenu de ses biens quand on me privait de tout, et Allah m'a donné par elle des enfants alors que les autres ne m'en ont pas donné. »
De ses six enfants, seule Fāṭima az-Zahrāʾ donna une postérité. Son mariage avec ʿAlī ibn Abī Ṭālib donna naissance à al-Ḥasan, al-Ḥusayn, Zaynab et Umm Kulthūm. Toute la lignée des descendants du Prophète ﷺ — l'Ahl al-Bayt au sens étroit, et tous les shurafāʾ et sayyids du monde musulman — descendent de Khadīja par sa fille Fāṭima. Ce qu'elle avait porté dans son ventre est devenu un fleuve traversant l'histoire jusqu'à aujourd'hui.