Conversion de Hamza et de ʿUmar · 6ᵉ année de la révélation · Le tournant de la jeune communauté
Au sixième année de la révélation, alors que les croyants sont encore peu nombreux et persécutés, deux conversions vont bouleverser l'équilibre des forces à Makka. Hamza ibn ʿAbd al-Muṭṭalib, l'oncle paternel et frère de lait du Prophète ﷺ, embrasse l'Islam dans un mouvement de fierté tribale qu'Allah transforme en foi sincère. Quelques jours plus tard, ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, l'un des hommes les plus redoutés de Quraysh, sortant pour tuer le Prophète ﷺ, finit prosterné devant Allah. Ces deux conversions donnent à la jeune communauté une force visible, et permettent aux musulmans de prier ouvertement à la Kaʿba pour la première fois.
Disponible sur ordinateur
ʿAbdullāh ibn Masʿūd رضي الله عنه a dit : « Nous n'avons cessé d'être puissants depuis que ʿUmar a embrassé l'Islam. Quand il s'est converti, nous avons combattu Quraysh jusqu'à ce qu'ils nous laissent prier auprès de la Kaʿba, sans qu'aucun d'eux ne nous en empêche. »
Source : rapporté par al-Bukhārī dans son Ṣaḥīḥ, livre des mérites des Compagnons
Nous sommes à la sixième année de la révélation. La première hijra vers l'Abyssinie a déjà eu lieu, mais la communauté musulmane à Makka reste vulnérable. Le Prophète ﷺ est insulté publiquement par Abū Jahl, ses Compagnons sont torturés, et la prière se fait souvent en cachette, dans les ravins entourant Makka. C'est dans ce climat tendu que se produisent, à quelques jours d'intervalle, les conversions de Hamza puis de ʿUmar — deux hommes que tout désignait comme ennemis de l'Islam, mais qu'Allah a guidés. Le quartier général des musulmans est alors la maison d'al-Arqam ibn Abī al-Arqam, sur le mont Ṣafā, où le Prophète ﷺ enseigne et accueille les nouveaux convertis.
Un jour, près de la colline de Ṣafā, Abū Jahl rencontra le Prophète ﷺ et l'agressa par ses paroles, l'insultant et critiquant sa religion. Le Prophète ﷺ ne lui répondit pas et continua son chemin. Une servante affranchie de ʿAbdullāh ibn Judʿān avait assisté à toute la scène depuis sa demeure. Abū Jahl se rendit ensuite à la Kaʿba où il prit place avec les notables de Quraysh.
Hamza revenait de la chasse, son arc à l'épaule, comme à son habitude. Avant même de rentrer chez lui, il passait par la Kaʿba pour saluer les nobles de Quraysh. La servante l'arrêta et lui raconta tout ce qu'elle avait vu : comment Abū Jahl avait insulté son neveu Muḥammad ﷺ qui n'avait pas répondu. Hamza, pris d'une colère violente, se rendit directement à la Kaʿba, leva son arc et frappa Abū Jahl à la tête, lui ouvrant le crâne. Puis il déclara : « Tu insultes Muḥammad alors que je suis sur sa religion ! Je dis ce qu'il dit ! Rends-le moi si tu le peux. »
Cette parole fut d'abord une réaction de fierté tribale (ḥamīyya) — défendre l'honneur de la famille. Mais cette nuit-là, Hamza réfléchit longuement, hésita, puis Allah ouvrit son cœur. Il alla trouver le Prophète ﷺ et lui annonça qu'il embrassait l'Islam de toute son âme. Sa conversion fut un événement majeur : Hamza était l'un des hommes les plus respectés de Quraysh, et son entrée dans l'Islam imposa un respect nouveau aux croyants.
Quelques jours après la conversion de Hamza, ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb décida d'en finir avec ce qu'il considérait comme une atteinte à la religion de ses pères. Il ceignit son épée et sortit, déterminé à tuer Muḥammad ﷺ. En chemin, il rencontra Nuʿaym ibn ʿAbdullāh, qui lui dit : « Avant d'aller chez Muḥammad, occupe-toi de ta propre famille : ta sœur Fāṭima et ton beau-frère Saʿīd ibn Zayd ont embrassé sa religion. »
Furieux, ʿUmar changea de direction et se précipita chez sa sœur. À son arrivée, le Compagnon Khabbāb ibn al-Aratt leur enseignait la sourate Ṭāhā ; ils cachèrent rapidement le manuscrit. ʿUmar entendit pourtant la récitation et entra avec violence. Il frappa Saʿīd, puis sa sœur Fāṭima quand elle voulut s'interposer, lui ouvrant le visage. À la vue du sang de sa sœur, quelque chose se brisa en lui. Fāṭima, sans reculer, déclara : « Oui, nous sommes musulmans, nous croyons en Allah et en Son Messager. Fais ce que tu veux. »
« Ṭāhā. Nous n'avons point fait descendre sur toi le Coran pour que tu sois malheureux… C'est Moi Allah ; point de divinité que Moi. Adore-Moi donc et accomplis la prière pour te souvenir de Moi. » (Ṭāhā 1-14). ʿUmar demanda à voir le manuscrit ; on l'obligea d'abord à se laver. Quand il lut ces versets, il s'écria : « Comme ces paroles sont nobles ! » et demanda où se trouvait Muḥammad ﷺ. Khabbāb lui dit qu'il était chez al-Arqam. ʿUmar y courut, frappa à la porte, et entra. Hamza et le Prophète ﷺ se levèrent. Le Prophète ﷺ saisit ʿUmar par sa tunique et lui dit : « N'est-il pas temps que tu te soumettes, ô ʿUmar ? » ʿUmar répondit : « Je témoigne qu'il n'y a de divinité qu'Allah et que tu es Son Messager. » Les Compagnons firent un takbīr qui fut entendu jusqu'à la Kaʿba.
Aussitôt converti, ʿUmar demanda au Prophète ﷺ : « Ne sommes-nous pas dans la vérité, que nous mourions ou que nous vivions ? » Le Prophète ﷺ répondit : « Si. » ʿUmar dit alors : « Alors pourquoi nous cacher ? Sortons ! » Le Prophète ﷺ sortit donc avec l'ensemble des Compagnons en deux rangs, l'un mené par Hamza et l'autre par ʿUmar, et ils firent leur première prière publique autour de la Kaʿba. Quraysh assista, médusée, à cette démonstration de force.
C'est à ce moment que le Prophète ﷺ donna à ʿUmar le surnom d'al-Fārūq — celui qui sépare le vrai du faux — car par lui Allah avait clairement séparé les croyants des polythéistes. Le rapport de force à Makka changea visiblement : les Compagnons cessèrent peu à peu de se cacher, la prière à la Kaʿba devint un acte public, et la dignité de la communauté s'imposa.