Le voyage nocturne et l'ascension céleste · Une nuit avant l'Hijra · De Makka à Jérusalem, puis aux 7 cieux
Après l'année de la tristesse, Allah honore Son Messager ﷺ d'un voyage sans précédent. En une seule nuit, il est transporté de la Mosquée Sacrée à la Mosquée d'al-Aqṣā, puis élevé corps et âme au-dessus des sept cieux jusqu'à un degré de proximité divine que nul autre prophète n'a atteint. C'est lors de cette ascension qu'Allah lui impose les cinq prières quotidiennes — pilier de l'islam reçu directement, sans intermédiaire, en signe d'honneur particulier pour cette communauté.
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Allah dit : « Gloire à Celui qui de nuit fit voyager Son serviteur de la Mosquée Sacrée à la Mosquée la plus éloignée, dont Nous avons béni les alentours, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles. C'est Lui, vraiment, qui est l'Audient, le Clairvoyant. »
Source : Coran, sourate al-Isrāʾ (17), verset 1
Environ un an avant l'Hijra, alors que le Prophète ﷺ avait près de 50 ans, il dormait dans la maison de sa cousine Umm Hāniʾ bint Abī Ṭālib, près du Ḥijr autour de la Kaʿba. Cette nuit-là, Jibrīl descendit, lui ouvrit la poitrine — pour la troisième fois — la lava à l'eau de Zamzam, la remplit de foi et de sagesse, puis le fit monter sur al-Burāq. Il fut transporté de la Mosquée Sacrée à la Mosquée d'al-Aqṣā à Jérusalem (al-Isrāʾ). Là, il dirigea l'ensemble des prophètes en prière, marquant la primauté de la communauté finale. Puis il fut élevé au-dessus des sept cieux (al-Miʿrāj), rencontrant à chaque ciel un prophète : Ādam (1ᵉʳ), ʿĪsā et Yaḥyā (2ᵉ), Yūsuf (3ᵉ), Idrīs (4ᵉ), Hārūn (5ᵉ), Mūsā (6ᵉ), et Ibrāhīm au septième ciel adossé à al-Bayt al-Maʿmūr — la Maison Habitée où 70 000 anges entrent chaque jour sans jamais y revenir. Il fut ensuite élevé jusqu'au Sidrat al-Muntahā, vit Jibrīl sous sa forme originelle aux 600 ailes, et s'approcha de son Seigneur. Allah lui imposa cinquante prières par jour, finalement réduites à cinq sur le conseil de Mūsā, avec la récompense de cinquante. Au matin, il décrivit à Qoreych Bayt al-Maqdis et leurs caravanes en route ; les détails confirmés. Abū Bakr déclara : « S'il l'a dit, il a dit vrai. » Il reçut alors le surnom d'aṣ-Ṣiddīq.
Cette nuit-là, le Prophète ﷺ — alors âgé d'environ 50 ans, peu avant l'Hijra — dormait dans la maison de sa cousine Umm Hāniʾ bint Abī Ṭālib, près de la Kaʿba. Jibrīl vint à lui, lui ouvrit la poitrine pour la troisième fois, en sortit le cœur, le lava à l'eau de Zamzam dans une bassine d'or, le remplit de foi et de sagesse, puis le replaça. On lui amena al-Burāq, monture céleste plus petite qu'une mule et plus grande qu'un âne, blanche, dont chaque pas porte aussi loin que le regard. Il l'enfourcha avec Jibrīl à ses côtés et partit vers le nord.
Le voyage marqua plusieurs arrêts brefs où Jibrīl lui fit prier deux unités : à Madīna (terre de l'Hijra), au mont Sinaï (où Allah parla à Mūsā), à Bethléem (où ʿĪsā naquit), avant d'arriver à al-Aqṣā. Là, tous les prophètes étaient rassemblés. Le Prophète ﷺ avança et les dirigea dans la prière — affirmation symbolique de la primauté de la communauté finale sur toutes les précédentes. On lui présenta ensuite trois récipients : un de lait, un de vin, un d'eau (selon les versions). Il choisit le lait. Jibrīl lui dit : « Tu as été guidé vers la fiṭra (nature originelle) ; si tu avais pris le vin, ta communauté se serait égarée. »
Depuis al-Aqṣā, le Prophète ﷺ fut élevé de ciel en ciel par une « miʿrāj » (échelle céleste). À chaque porte, Jibrīl demandait l'ouverture, on l'identifiait, et l'on souhaitait la bienvenue à la « venue bénie ». Au 1ᵉʳ ciel : Ādam, qui contemplait les âmes de sa descendance, riant à droite (paradisiaques) et pleurant à gauche (infernales). Au 2ᵉ ciel : ʿĪsā ibn Maryam et son cousin Yaḥyā ibn Zakariyyā. Au 3ᵉ ciel : Yūsuf, à qui « la moitié de la beauté » avait été donnée. Au 4ᵉ : Idrīs, élevé à un haut degré. Au 5ᵉ : Hārūn. Au 6ᵉ : Mūsā, qui pleura quand le Prophète ﷺ s'élevait au-dessus de lui : « Je pleure car un jeune homme envoyé après moi entrera au Paradis avec plus de sa communauté que de la mienne. » Au 7ᵉ : Ibrāhīm, adossé à al-Bayt al-Maʿmūr — la Maison Habitée où 70 000 anges entrent chaque jour sans jamais y revenir. Le Prophète ﷺ atteignit ensuite le Sidrat al-Muntahā, dont les fruits ressemblent aux jarres de Hajar et les feuilles aux oreilles d'éléphants ; quatre fleuves en sortaient, deux apparents (le Nil et l'Euphrate) et deux cachés au Paradis. Là il vit Jibrīl sous sa forme originelle aux 600 ailes.
Au-delà du Sidrat al-Muntahā, le Prophète ﷺ s'approcha de son Seigneur. Allah lui imposa cinquante prières quotidiennes. En redescendant, il passa devant Mūsā qui lui demanda : « Que t'a imposé ton Seigneur ? — Cinquante prières. » Mūsā répondit : « J'ai éprouvé les Banū Isrāʾīl avant toi : ta communauté ne pourra pas. Retourne demander un allègement. » Le Prophète ﷺ remonta ; cinq furent ôtées. Mūsā insista pour qu'il redemande. Il refit ainsi neuf allers-retours, jusqu'à ce que les prières soient réduites à cinq. Mūsā voulait qu'il demande encore, mais le Prophète ﷺ dit : « J'ai honte devant mon Seigneur. » Une voix divine retentit : ﴿أَمْضَيْتُ فَرِيضَتِي وَخَفَّفْتُ عَنْ عِبَادِي﴾ — « J'ai validé Mon obligation et J'ai allégé pour Mes serviteurs ; à chacun la récompense de dix : cinq dans l'acte, cinquante dans la récompense ; Ma parole ne change pas. » (al-Bukhārī, Muslim)
Au matin, le Prophète ﷺ informa Qoreych près de la Kaʿba. Ils éclatèrent de rire et le défièrent : « Décris-nous Bayt al-Maqdis — toi qui t'y es rendu cette nuit ! » Beaucoup parmi eux connaissaient bien la cité par leurs caravanes. Allah lui fit voir la mosquée comme dressée devant ses yeux, et il en décrivit chaque porte, chaque colonne, chaque détail. Ils ne purent rien contredire. Le Prophète ﷺ ajouta des preuves matérielles : il leur indiqua où se trouvaient leurs trois caravanes en route vers Makka, leurs charges, et le moment exact où chacune arriverait. Il leur dit aussi avoir guidé une bête égarée d'une caravane et bu de l'eau d'un récipient appartenant à des voyageurs. Tout fut vérifié à l'arrivée des caravanes. Plusieurs apostasièrent, ne pouvant accepter cette nouvelle ; pour d'autres, ce voyage devint la grande épreuve de foi de la fin de la période mecquoise.
Certains coururent informer Abū Bakr, espérant qu'il renierait son ami. Il leur demanda : « L'a-t-il vraiment dit ? » Ils répondirent : « Oui. » Il dit : « S'il l'a dit, alors il a dit vrai. Je crois en lui pour des choses bien plus extraordinaires que cela : je crois aux nouvelles du ciel qui lui parviennent matin et soir. » Ce jour-là, il reçut le titre d'aṣ-Ṣiddīq — le véridique.
Les Compagnons et les sunnites s'accordent sur un voyage corporel et non un songe : sinon Qoreych n'aurait pas trouvé matière à scandale ; on ne dément pas un rêve. Le verset emploie d'ailleurs « bi-ʿabdihi » — « avec Son serviteur » — qui désigne l'homme corps et âme, non l'esprit seul. ʿĀʾisha rapporta toutefois que le Prophète ﷺ ne disparut pas du foyer cette nuit-là : Allah, qui a transporté Son Messager d'un bout à l'autre des cieux en une nuit, est plus à même encore de plier le temps. La sourate al-Isrāʾ s'ouvre sur ce voyage et an-Najm en décrit la fin (versets 13-18) : « Il L'a vu, certes, lors d'une autre descente, près du Sidrat al-Muntahā. »
De toutes les prescriptions de l'islam, la prière est la seule reçue directement par le Prophète ﷺ, sans intermédiaire angélique, dans le ciel et non sur terre — distinction qui mesure son rang. Au cours du voyage, le Prophète ﷺ aperçut aussi des scènes paradisiaques et infernales : ceux qui mangeaient les biens des orphelins, les usuriers à grands ventres écrasés, les médisants se déchirant le visage de leurs ongles de cuivre, les femmes du Paradis « comme des œufs cachés », et al-Kawthar, fleuve aux rives de perles. À son retour, le Prophète ﷺ enseigna les actes de la prière à ses Compagnons, et la ṣalāt à cinq moments devint le pilier central de la communauté. C'est pourquoi le Prophète ﷺ dit : « La prière est le miʿrāj du croyant. »