بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Chapitre N°20

غَزْوَةُ بَدْرٍ الكُبْرَى

La bataille de Badr · 17 Ramaḍān an 2 de l'hégire · Le jour du discernement (Yawm al-Furqān)

La bataille de Badr fut la première grande confrontation armée de l'islam, opposant une armée de 313 musulmans peu armés (deux chevaux et soixante-dix chameaux pour tous) à environ 1 000 guerriers de Quraysh menés par Abū Jahl. Elle eut lieu un vendredi, le 17 Ramaḍān de l'an 2 H, près des puits de Badr, à mi-chemin entre Madīna et Makka. Allah envoya mille anges en renfort, et la victoire fut éclatante : 70 polythéistes tués, 70 capturés, 14 Compagnons martyrs. Pour un étudiant de la sira, Badr est le « Yawm al-Furqān » — le jour où, par la cause d'hommes pauvres et sincères, la balance du monde a basculé en faveur du tawḥīd.

﴿وَلَقَدْ نَصَرَكُمُ اللَّهُ بِبَدْرٍ وَأَنتُمْ أَذِلَّةٌ ۖ فَاتَّقُوا اللَّهَ لَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَ﴾

Allah dit : « Allah vous a déjà secourus à Badr alors que vous étiez humiliés. Craignez donc Allah ; peut-être serez-vous reconnaissants. »

Source : Coran, sourate Āl ʿImrān (3), verset 123

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Contexte historique

Au mois de Ramaḍān de l'an 2 H, alors qu'une riche caravane de Quraysh — environ mille chameaux chargés des biens des chefs makkois — revenait du Shām sous la conduite d'Abū Sufyān, le Messager d'Allah ﷺ proclama : « Voici la caravane de Quraysh, dans laquelle se trouvent leurs biens ; sortez vers elle, peut-être qu'Allah vous la donnera comme butin. » Il sortit de Madīna avec environ 313 hommes (selon les recensions : 313, 314 ou 317 — dont environ 82 ou 86 Muhājirūn, 61 hommes des Aws et 170 des Khazraj), 70 chameaux (deux ou trois hommes par monture, le Prophète ﷺ partageant la sienne avec ʿAlī et Marthad ibn Abī Marthad), et seulement 2 chevaux : celui d'az-Zubayr ibn al-ʿAwwām et celui d'al-Miqdād ibn al-Aswad. Avant de partir, il désigna Ibn Umm Maktūm pour diriger la prière à Madīna, puis confia ce poste à Abū Lubāba ibn ʿAbd al-Mundhir une fois arrivé à ar-Rawḥāʾ. Le drapeau général fut confié à Muṣʿab ibn ʿUmayr ; az-Zubayr commandait l'aile droite, al-Miqdād l'aile gauche, et Qays ibn Abī Ṣaʿṣaʿa l'arrière-garde. Abū Sufyān, averti par ses éclaireurs, prit la route côtière et sauva la caravane. Mais Abū Jahl exigea de continuer pour « briser » les musulmans : « Par Allah, nous ne reviendrons pas avant d'arriver à Badr ; nous y resterons trois jours, sacrifierons des chameaux, ferons festin, boirons du vin et y entendrons les chanteuses, afin que les Arabes nous craignent à jamais. » Les Banū Zuhra (300 hommes) firent défection sous l'avis d'al-Akhnas ibn Sharīq. La rencontre eut lieu le vendredi 17 Ramaḍān. La sourate al-Anfāl (8) — la sourate de Badr — fut révélée à son sujet.

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Personnages importants

أَبُو سُفْيَان Abū Sufyān ibn Ḥarb
Chef de la caravane de Quraysh. Vigilant, il scruta les crottins de chameaux à Badr et y trouva des dattes de Yathrib ; il dévia aussitôt vers la côte et sauva la caravane.
أَبُو جَهْل Abū Jahl (ʿAmr ibn Hishām)
Chef effectif des Quraysh à Badr. Tué par deux jeunes Anṣār (Muʿādh et Muʿawwidh, fils de ʿAfrāʾ), achevé par Ibn Masʿūd qui rapporta sa tête. Le Prophète ﷺ dit : « Voici le Pharaon de cette communauté. »
المِقْدَاد Al-Miqdād ibn ʿAmr
Premier Muhājir à parler dans le conseil : « Va, ô Messager d'Allah, où Allah te commande, nous sommes avec toi… Par Celui qui t'a envoyé avec la vérité, si tu nous menais à Birk al-Ghimād, nous te suivrions. »
سَعْد بن مُعَاذ Saʿd ibn Muʿādh
Chef des Aws, porte-parole des Anṣār : « Marche où tu veux, ô Messager d'Allah… si tu nous demandes de plonger dans la mer, nous plongerons avec toi. »
الحُبَاب بن المُنْذِر Al-Ḥubāb ibn al-Mundhir
Stratège qui conseilla le déplacement vers le puits avancé : « Ô Messager d'Allah, est-ce un emplacement qu'Allah t'a indiqué — nous ne pouvons ni l'avancer ni le retarder — ou un avis tactique ? »
حَمْزَة Ḥamza ibn ʿAbd al-Muṭṭalib
L'oncle paternel du Prophète ﷺ. Il tua Shayba ibn Rabīʿa en duel d'ouverture.
عَلِيّ ʿAlī ibn Abī Ṭālib
Cousin du Prophète ﷺ. Il tua al-Walīd ibn ʿUtba en duel d'ouverture.
جِبْرِيل Jibrīl et les anges
Allah envoya 1 000 anges menés par Jibrīl, dont des Compagnons virent les coups (« Avance, Ḥayzūm ! »).
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La caravane, la sortie et le conseil de guerre

313 hommes contre 1 000
Le Prophète ﷺ sort pour intercepter la caravane d'Abū Sufyān ; Allah veut une véritable confrontation, et les chefs Compagnons s'engagent.
Sira Ramaḍān 2 H

Une expédition imprévue

Au mois de Ramaḍān de l'an 2 H, le Messager d'Allah ﷺ apprend qu'une caravane chargée des biens de Quraysh — environ mille chameaux — revient du Shām sous la conduite d'Abū Sufyān. Il proclame : « Voici la caravane de Quraysh, dans laquelle se trouvent leurs biens ; sortez vers elle, peut-être qu'Allah vous la donnera comme butin. » Il n'oblige personne et beaucoup de Compagnons restent à Madīna, ne s'attendant pas à un affrontement majeur. Il sort avec 313 hommes (environ 82 Muhājirūn, 61 Aws et 170 Khazraj), 70 chameaux (deux ou trois par monture) et seulement 2 chevaux — celui d'az-Zubayr et celui d'al-Miqdād. Le drapeau général est confié à Muṣʿab ibn ʿUmayr. Abū Sufyān, averti, gagne la côte et sauve la caravane ; il envoie Ḍamḍam ibn ʿAmr al-Ghifārī à Makka qui crie dans la vallée : « Ô Quraysh ! Vos biens, votre caravane avec Abū Sufyān — Muḥammad les attaque, au secours ! » Quraysh sort en armes — 1 300 combattants au départ, 1 000 après la défection des Banū Zuhra (300 hommes) sur l'avis d'al-Akhnas ibn Sharīq.

La consultation et l'engagement des Anṣār

Quand la nouvelle parvient que la caravane est sauvée mais que l'armée de Quraysh marche, le Prophète ﷺ tient un conseil de guerre. Abū Bakr parle bien, puis ʿUmar parle bien. Al-Miqdād ibn ʿAmr se lève : « Ô Messager d'Allah, marche où Allah te commande, nous sommes avec toi. Nous ne te dirons pas comme les fils d'Israël à Mūsā : "Va, toi et ton Seigneur, et combattez !" — mais : Va, toi et ton Seigneur, et combattez ; nous sommes avec vous, combattant. Par Celui qui t'a envoyé avec la vérité, si tu nous menais à Birk al-Ghimād, nous te suivrions ! » Le Prophète ﷺ veut alors entendre les Anṣār — la majorité de l'armée. Il dit : « Conseillez-moi, ô gens » — pensant à eux. Saʿd ibn Muʿādh, leur chef, comprend et dit : « Peut-être nous vises-tu, ô Messager d'Allah ? — Oui — Nous avons cru en toi, nous t'avons attesté véridique, nous avons témoigné que ce que tu as apporté est la vérité. Marche où tu veux, ô Messager d'Allah ; si tu traversais la mer avec nous, pas un homme ne resterait en arrière. Nous sommes patients dans la guerre, sincères dans la rencontre. » Le visage du Prophète ﷺ s'illumina ; il dit : « Marchez sur la bénédiction d'Allah, et bonne nouvelle : Allah m'a promis l'un des deux groupes ; par Allah, c'est comme si je voyais déjà l'endroit où ils tomberont. »

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Le ʿarīsh, l'invocation et la descente des anges

Le secours d'en haut
Al-Ḥubāb conseille l'eau ; le ʿarīsh est dressé ; le Messager ﷺ implore son Seigneur ; Allah envoie 1 000 anges au combat.
Sira Anges · Yawm al-Furqān

Le conseil d'al-Ḥubāb et le ʿarīsh

Quand l'armée campe près du premier puits de Badr, al-Ḥubāb ibn al-Mundhir s'avance : « Ô Messager d'Allah, est-ce un emplacement qu'Allah t'a indiqué — nous ne pouvons ni l'avancer ni le retarder — ou est-ce un avis tactique ? » Le Prophète ﷺ répond : « C'est un avis tactique. » Al-Ḥubāb dit : « Alors ce n'est pas un bon emplacement. Avançons jusqu'au puits le plus proche de Quraysh, occupons-le, comblons les autres et y bâtissons un bassin que nous remplirons d'eau ; ainsi nous boirons et eux non. » Le Prophète ﷺ dit : « Tu as donné le bon avis. » Ils exécutent le plan. Saʿd ibn Muʿādh propose ensuite : « Ô Prophète d'Allah, ne te bâtirons-nous pas un ʿarīsh (tente de commandement) où tu seras, où l'on tiendra prêtes tes montures, et nous affronterons l'ennemi ? Si Allah nous accorde la victoire, c'est ce que nous aimons ; sinon, tu monteras et tu rejoindras les nôtres restés à Madīna. » Le Prophète ﷺ le loue. Le ʿarīsh est dressé sur une éminence au nord-est du champ de bataille ; un détachement de jeunes Anṣār commandé par Saʿd ibn Muʿādh en assure la garde. La pluie tombe cette nuit-là — pour les croyants une bénédiction qui durcit le sable et les apaise, pour les polythéistes un déluge qui les empêche d'avancer.

L'invocation et la descente des anges

﴿إِذْ تَسْتَغِيثُونَ رَبَّكُمْ فَاسْتَجَابَ لَكُمْ أَنِّي مُمِدُّكُم بِأَلْفٍ مِّنَ الْمَلَائِكَةِ مُرْدِفِينَ﴾

« Quand vous imploriez le secours de votre Seigneur, Il vous exauça : "Je vais vous renforcer de mille anges, qui se suivront" » (al-Anfāl, 9). Au matin du combat, le Prophète ﷺ rentre dans le ʿarīsh avec Abū Bakr seul ; il ordonne à l'armée de ne pas commencer le combat avant son ordre, de tirer les flèches quand l'ennemi s'approche et de ne dégainer le sabre qu'au corps-à-corps. Puis il lève les mains au ciel : « Ô Allah, accomplis pour moi ce que Tu m'as promis. Ô Allah, si ce groupe périt aujourd'hui, Tu ne seras plus adoré sur terre ! » Il insiste tant que son manteau tombe de ses épaules. Abū Bakr, ému, le ramasse et le rassure : « Il te suffit, ô Messager d'Allah, de l'imploration de ton Seigneur, car Il accomplira ce qu'Il t'a promis. » Allah révèle aux anges :

﴿أَنِّي مَعَكُمْ فَثَبِّتُوا الَّذِينَ آمَنُوا ۚ سَأُلْقِي فِي قُلُوبِ الَّذِينَ كَفَرُوا الرُّعْبَ﴾

« Je suis avec vous : raffermissez ceux qui croient ; Je vais jeter l'effroi dans les cœurs des mécréants » (al-Anfāl, 12). Le Prophète ﷺ s'assoupit un instant puis relève la tête : « Réjouis-toi, ô Abū Bakr ! Voici Jibrīl tenant la bride de son cheval, la poussière sur les dents. » Il sort du ʿarīsh, prend une poignée de gravier et la jette aux visages de l'ennemi : « Que les visages soient défigurés ! » Il n'est pas un seul polythéiste qui n'en ait reçu dans les yeux, le nez et la bouche. Allah confirme : ﴿وَمَا رَمَيْتَ إِذْ رَمَيْتَ وَلَٰكِنَّ اللَّهَ رَمَىٰ﴾ « Ce n'est pas toi qui as lancé quand tu as lancé, mais c'est Allah qui a lancé » (al-Anfāl, 17).

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Les duels d'ouverture et la mort d'Abū Jahl

3 duels · le Pharaon de la communauté
ʿUbayda, Ḥamza et ʿAlī affrontent les trois cavaliers de Rabīʿa ; Abū Jahl est tué par deux jeunes Anṣār et achevé par Ibn Masʿūd.
Sira Mubāraza · Abū Jahl

Les trois duels d'ouverture

L'aîné des Quraysh, ʿUtba ibn Rabīʿa, son frère Shayba et son fils al-Walīd s'avancent et demandent le mubāraza (duel singulier). Trois jeunes Anṣār — ʿAwf et Muʿawwidh fils de ʿAfrāʾ et ʿAbdullāh ibn Rawāḥa — se présentent. Les Qurayshites refusent : « Nous voulons nos cousins. » Le Messager ﷺ appelle alors : « Lève-toi, ô ʿUbayda ibn al-Ḥārith ! Lève-toi, ô Ḥamza ! Lève-toi, ô ʿAlī ! » ʿUbayda, le plus âgé, affronte ʿUtba ; Ḥamza affronte Shayba ; ʿAlī affronte al-Walīd. Ḥamza et ʿAlī tuent leurs adversaires d'un coup. ʿUbayda et ʿUtba se blessent mutuellement ; Ḥamza et ʿAlī reviennent achever ʿUtba et emportent ʿUbayda dont la jambe est coupée — il mourra à aṣ-Ṣafrāʾ quatre ou cinq jours plus tard, sur le chemin du retour. ʿAlī jurait que c'est à leur sujet qu'a été révélé : ﴿هَٰذَانِ خَصْمَانِ اخْتَصَمُوا فِي رَبِّهِمْ﴾ « Voici deux groupes adverses qui se disputent au sujet de leur Seigneur » (al-Ḥajj, 19). La défaite de ces trois champions est un coup terrible pour Quraysh ; ils chargent alors en masse, mais les musulmans tiennent fermes en répétant : « Aḥad, Aḥad ! » (Un, Un !).

La mort d'Abū Jahl

ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf raconte : « J'étais dans les rangs à Badr quand je me retournai et vis à ma droite et à ma gauche deux jeunes garçons — je n'avais guère confiance dans leur place. L'un me chuchota : "Mon oncle, montre-moi Abū Jahl !" Je dis : "Mon neveu, que veux-tu de lui ?" — "Il insulte le Messager d'Allah ﷺ : par Celui qui détient mon âme, si je le vois, je ne quitterai pas son ombre jusqu'à ce que l'un de nous deux meure." » L'autre frère lui dit la même chose. Ce sont Muʿādh et Muʿawwidh, fils de ʿAfrāʾ. Quand ʿAbd ar-Raḥmān leur désigne Abū Jahl, ils foncent comme deux faucons et le frappent jusqu'à ce qu'il tombe. Le Prophète ﷺ demande : « Qui de vous deux l'a tué ? » Chacun dit : « C'est moi. » Il examine leurs sabres : « Vous l'avez tué tous les deux. » Les dépouilles vont à Muʿādh ibn ʿAmr ibn al-Jamūḥ (Muʿawwidh étant tombé martyr peu après). À la fin de la bataille, le Prophète ﷺ dit : « Qui ira voir ce qu'il est advenu d'Abū Jahl ? » ʿAbdullāh ibn Masʿūd le trouve agonisant ; il pose son pied sur sa nuque et lui dit : « Allah t'a-t-Il humilié, ennemi d'Allah ? » Abū Jahl répond : « Tu es monté bien haut, petit berger ! » Ibn Masʿūd lui tranche la tête et l'apporte au Prophète ﷺ qui dit trois fois : « Allah, hormis Lui pas de divinité ! Allāhu Akbar ! Louange à Allah qui a accompli Sa promesse, secouru Son serviteur, et défait à Lui seul les coalisés. Voici le Pharaon de cette communauté ! »

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Les prisonniers, la sourate al-Anfāl, le retour

70 captifs · sourate de Badr
14 martyrs ; 70 tués, 70 captifs ; Abū Bakr et ʿUmar divergent sur leur sort ; la sourate al-Anfāl est révélée.
Sira Al-Anfāl

Le bilan et le puits des chefs

Le bilan définitif : 70 polythéistes tués (parmi eux ʿUtba, Shayba, al-Walīd, Abū Jahl, Umayya ibn Khalaf, an-Naḍr ibn al-Ḥārith, ʿUqba ibn Abī Muʿīṭ, Ḥanẓala ibn Abī Sufyān…) et 70 capturés. Côté musulman, 14 Compagnons tombent en martyrs : 6 Muhājirūn et 8 Anṣār. Le Prophète ﷺ ordonne que les corps des chefs de Quraysh soient jetés dans un puits abandonné de Badr (al-Qalīb). Trois jours après la bataille, il s'arrête au-dessus du puits et les interpelle nommément : « Ô ʿUtba ibn Rabīʿa ! Ô Shayba ibn Rabīʿa ! Ô Umayya ibn Khalaf ! Ô Abū Jahl ibn Hishām ! Avez-vous trouvé véridique ce que votre Seigneur vous avait promis ? Quant à moi, j'ai trouvé véridique ce que mon Seigneur m'avait promis. » ʿUmar dit : « Ô Messager d'Allah, parles-tu à des cadavres ? » Il répond : « Vous n'entendez pas mieux qu'eux ce que je dis ; mais ils ne peuvent pas répondre. » Le Prophète ﷺ et son armée séjournent trois jours à Badr, partagent le butin équitablement après prélèvement du khums (cinquième), puis prennent le chemin de Madīna avec les captifs.

La controverse sur les captifs et la sourate de Badr

Une fois à Madīna, le Prophète ﷺ consulte ses Compagnons sur le sort des 70 captifs. Abū Bakr dit : « Ô Messager d'Allah, ce sont nos cousins, nos parents, nos frères. Je suggère que tu acceptes une rançon : elle nous renforcera contre les mécréants, et peut-être Allah les guidera-t-il et deviendront-ils nos appuis. » ʿUmar dit : « Non, ô Messager d'Allah, par Allah je ne suis pas de cet avis. Donne-moi un tel et tel — leur parent — et je leur tranche la tête, donne tel à ʿAlī et tel à Ḥamza, qu'ils les frappent — afin qu'Allah sache qu'il n'y a pas de complaisance dans nos cœurs envers les polythéistes. » Le Prophète ﷺ adopte l'avis d'Abū Bakr et accepte une rançon allant de 1 000 à 4 000 dirhams ; les captifs lettrés de Makka sont libérés contre l'enseignement de la lecture à dix enfants de Madīna. Le lendemain, ʿUmar trouve le Prophète ﷺ et Abū Bakr en larmes : Allah avait fait descendre ﴿لَّوْلَا كِتَابٌ مِّنَ اللَّهِ سَبَقَ لَمَسَّكُمْ فِيمَا أَخَذْتُمْ عَذَابٌ عَظِيمٌ﴾ « N'eût été un décret antérieur d'Allah, un châtiment terrible vous aurait touchés pour ce que vous avez pris » (al-Anfāl, 68). La sourate al-Anfāl (8) — « la sourate de Badr » — fut révélée à propos de cette bataille : règles du butin, leçons spirituelles, primauté de l'invocation et de la patience. Le Prophète ﷺ libéra gracieusement plusieurs captifs (al-Muṭṭalib ibn Ḥanṭab, Ṣayfī ibn Abī Rifāʿa, Abū ʿAzza al-Jumaḥī…). Sahl ibn ʿAmr fut épargné malgré la requête de ʿUmar : « Laisse, je préfère ne pas être mutilé au Jour de la résurrection. »

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Leçons à retenir

3 leçons essentielles
Ce que cette bataille nous enseigne pour notre propre vie.
  • La victoire vient d'Allah seul : 313 hommes mal équipés (2 chevaux, 70 chameaux) ont vaincu 1 000 guerriers parce qu'Allah l'avait décrété ; le Prophète ﷺ jeta une poignée de poussière, mais Allah confirma : « Ce n'est pas toi qui as lancé… »
  • L'invocation est l'arme du croyant : le Prophète ﷺ implora son Seigneur jusqu'à en perdre son manteau — « si ce groupe périt, Tu ne seras plus adoré sur terre » — et Allah lui répondit par mille anges
  • La consultation (shūrā) et l'expertise sont sunna : avant la bataille il consulta les Anṣār ; il accepta l'avis tactique d'al-Ḥubāb sur l'eau ; il accepta l'avis d'Abū Bakr sur la rançon — la décision n'écrase pas le conseil

🧠 Chronologie mnémotechnique

313
SORTIE
Ramaḍān 2 H
2 chevaux · 70 chameaux
17
JOUR DE BADR
Vendredi 17 Ramaḍān
1 000 anges · Yawm al-Furqān
70/70
TUÉS · CAPTIFS
14 martyrs
Abū Jahl tué
8
SOURATE AL-ANFĀL
Sūrat Badr
Rançon 1 000-4 000 dirhams