La bataille du Fossé · An 5 de l'hégire · Shawwāl · Dix mille contre trois mille
En l'an 5 de l'hégire, les chefs des Banū an-Naḍīr exilés à Khaybar parcourent les tribus pour mobiliser une coalition contre Madīna. Quraysh, Ghaṭafān, Banū Asad et d'autres répondent : dix mille hommes marchent sur la cité du Prophète ﷺ. Le Compagnon perse Salmān al-Fārisī suggère alors une stratégie inconnue des Arabes — creuser un fossé. Pendant six jours, les musulmans creusent au prix de la faim et du froid. Une trahison juive, des miracles évidents, et un vent envoyé par Allah scellent l'épisode. Le Prophète ﷺ déclare alors : « Maintenant nous les attaquons, ils ne nous attaqueront plus. »
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Allah dit : « Ô vous qui croyez, rappelez-vous le bienfait d'Allah envers vous, quand des armées vous sont arrivées et que Nous avons envoyé contre elles un vent et des armées que vous ne voyiez pas. »
Source : Coran, sourate al-Aḥzāb (33), verset 9
Nous sommes en Shawwāl de l'an 5 de l'hégire. Depuis leur expulsion l'année précédente, les chefs des Banū an-Naḍīr — Ḥuyayy ibn Akhṭab, Sallām ibn Abī l-Ḥuqayq, Kināna ibn ar-Rabīʿ — réfugiés à Khaybar, parcourent les tribus arabes pour soulever la guerre. Ils convainquent Quraysh à Makka, puis Ghaṭafān (avec ses sous-clans Fazāra, Murra, Ashjaʿ), puis les Banū Asad, les Banū Sulaym et autres. La coalition réunit dix mille combattants — la plus grande armée jamais marchée contre l'Islam. Madīna ne dispose que de trois mille hommes. Mubārakpūrī précise que les musulmans n'ont jamais connu épreuve aussi grande, et qu'Allah Lui-même décrit cette heure dans al-Aḥzāb (33,10) : « Les regards se troublèrent et les cœurs remontèrent aux gorges. »
Vingt chefs des Banū an-Naḍīr et des Banū Wāʾil partirent de Khaybar pour Makka. Quraysh leur demanda : « Notre religion ou la sienne est meilleure ? » Ils répondirent — par haine du Prophète ﷺ — que la religion de Quraysh était meilleure. À leur sujet Allah révéla : ﴿أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ أُوتُوا نَصِيبًا مِّنَ الْكِتَابِ يُؤْمِنُونَ بِالْجِبْتِ وَالطَّاغُوتِ﴾ (an-Nisāʾ, 51). Ils se rendirent ensuite chez Ghaṭafān, promettant la moitié des récoltes de Khaybar pour une saison. Quraysh mobilisa quatre mille hommes (avec ses alliés Banū Sulaym et autres), Ghaṭafān six mille. La coalition totale atteignit dix mille.
Le Prophète ﷺ apprit le mouvement par ses informateurs. Il consulta ses Compagnons. Personne ne s'accordait sur la conduite à tenir : sortir, comme à Uḥud, ou tenir Madīna. C'est alors que Salmān al-Fārisī, fort de son expérience perse des sièges, proposa : « Ô Messager d'Allah, en Perse, lorsque nous craignions une charge de cavalerie, nous creusions un fossé autour de nous. » Le Prophète ﷺ approuva l'idée. Madīna avait l'avantage d'être ceinte de palmeraies et de roches volcaniques (ḥarra) sur trois côtés ; seul le nord, ouvert, devait être protégé par un fossé.
Le Prophète ﷺ partagea les travaux : à chaque groupe de dix Compagnons, une portion d'environ quarante coudées. Les hommes creusèrent jour et nuit pendant environ six jours. La faim était grande : ils nouaient des pierres sur leur ventre, et le Prophète ﷺ en avait noué deux. Ils chantaient des vers d'Ibn Rawāḥa : « Ô Allah, sans Toi nous ne serions pas guidés, n'aurions pas fait l'aumône, n'aurions pas prié — fais descendre la sérénité sur nous et affermis nos pieds si nous rencontrons l'ennemi. » Le Prophète ﷺ creusa avec eux, transportant la terre lui-même.
Une roche dure résista aux outils. Les Compagnons appelèrent le Prophète ﷺ. Il prit la pioche et frappa : un éclair jaillit. Il dit : « Allāhu Akbar ! Les clés de la Syrie m'ont été données, je vois ses palais rouges. » Au deuxième coup : « Les clés de la Perse m'ont été données, je vois le palais blanc de Madāʾin. » Au troisième : « Les clés du Yémen m'ont été données. » Annonce de victoires futures. — Jābir ibn ʿAbdillāh, voyant la faim du Prophète ﷺ, courut chez lui : sa femme avait un agneau et un ṣāʿ d'orge. Il invita discrètement le Prophète ﷺ qui annonça à toute l'armée : « Ô gens du Fossé, Jābir vous a préparé un festin ! » Mille hommes mangèrent, et il en restait. Al-Bukhārī rapporte ces deux miracles. — Une autre fois, le Prophète ﷺ cracha dans une eau peu abondante puis y plongea la main : l'eau jaillit pour tous.
Les coalisés arrivèrent et se trouvèrent stupéfaits devant le fossé — stratégie inconnue des Arabes. Ils campèrent et tentèrent quelques traversées : ʿAmr ibn ʿAbd Wudd réussit à franchir un point étroit avec quelques cavaliers ; ʿAlī ibn Abī Ṭālib le tua en duel. Pendant ce temps, Ḥuyayy ibn Akhṭab pénétra discrètement chez Kaʿb ibn Asad, chef des Banū Qurayẓa — dernière tribu juive de Madīna, encore liée au Prophète ﷺ par un pacte. Kaʿb refusa d'abord puis céda. Le Prophète ﷺ apprit la nouvelle : double menace, dehors et dedans. ﴿وَبَلَغَتِ الْقُلُوبُ الْحَنَاجِرَ﴾ — « les cœurs remontèrent aux gorges » (al-Aḥzāb, 10). Allah envoya alors Nuʿaym ibn Masʿūd al-Ashjaʿī, récemment converti et inconnu des coalisés. Le Prophète ﷺ lui dit : « La guerre est ruse. » Nuʿaym alla chez Qurayẓa : « Quraysh ne tiendra pas ; exigez d'eux des otages. » Puis chez Quraysh et Ghaṭafān : « Qurayẓa regrette leur décision et veut vous demander des otages pour les livrer à Muḥammad. » La méfiance s'installa : Qurayẓa réclama des otages, Quraysh refusa. La coalition se fendit.
Une nuit froide, Allah envoya un vent glacial qui renversa les tentes, éteignit les feux, retourna les marmites des coalisés. Abū Sufyān se leva et dit : « Ô Quraysh, par Allah, vous n'êtes plus en sécurité ; les chevaux meurent, les Banū Qurayẓa nous ont trahis, le vent nous fait ce que vous voyez — partons. » Au matin, le campement était vide. Le Prophète ﷺ envoya Ḥudhayfa ibn al-Yamān en reconnaissance ; celui-ci confirma le départ. Le Prophète ﷺ dit : « Maintenant nous les attaquons, ils ne nous attaqueront plus. » (al-Bukhārī). Ce jour fut un tournant : la dernière offensive païenne contre Madīna avait échoué.