Rapporté par Abū Dharr (رضي الله عنه) · Ṣaḥīḥ · Muslim n°1006
Ce hadith répond à une anxiété légitime des pauvres : comment rivaliser avec les riches dans l'aumône ? La réponse du Prophète ﷺ révolutionne la conception de la sadaqa : elle s'élargit à tous les actes du croyant, y compris les actes les plus ordinaires de la vie. Chaque acte licite fait pour Allah devient aumône.
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D'après Abū Dharr (qu'Allah l'agrée) : Des gens parmi les Compagnons du Messager d'Allah ﷺ dirent au Prophète ﷺ : « Ô Messager d'Allah, les riches ont emporté les récompenses ! Ils prient comme nous prions, ils jeûnent comme nous jeûnons, et ils font l'aumône avec le surplus de leurs biens. » Il répondit : « Allah ne vous a-t-Il pas mis à disposition de quoi faire l'aumône ? Chaque subḥāna Allāh est une aumône, chaque Allāhu akbar est une aumône, chaque al-ḥamdu lillāh est une aumône, chaque lā ilāha illā Allāh est une aumône. Ordonner le bien est une aumône, interdire le mal est une aumône. Et dans l'union intime de l'un de vous il y a une aumône. » Ils dirent : « Ô Messager d'Allah, l'un de nous satisfait son désir et il aurait une récompense pour cela ? » Il répondit : « Que pensez-vous — s'il le faisait dans l'illicite, aurait-il un péché ? De même, quand il le fait dans le licite, il a une récompense. »
Source : Muslim n°1006
Abū Dharr al-Ghifārī (qu'Allah l'agrée), déjà mentionné. Sa pauvreté volontaire et son attachement aux plus démunis rendent ce hadith particulièrement significatif — il exprime l'inquiétude des pauvres de ne pas pouvoir rivaliser en bonnes œuvres avec les riches.
Les Compagnons désiraient ardemment être au premier rang dans les actes d'adoration. Quand ils voient que les riches peuvent donner de leur surplus, ils s'inquiètent de ne pas pouvoir rivaliser. Cette inquiétude est noble — elle révèle le désir d'Allah. Le Prophète ﷺ ne les blâme pas mais les rassure en élargissant la notion d'aumône.
Les quatre formules essentielles (tasbīḥ, takbīr, taḥmīd, tahlīl) sont chacune une aumône. Cela signifie : elles ont le même type de récompense que donner de l'argent. Le pauvre qui répète ces formules cent fois par jour accomplit cent aumônes — ce que le riche ne fait peut-être pas avec son argent.
Ordonner le bien (amr bi-l-maʿrūf) et interdire le mal (nahy ʿan al-munkar), même par une parole bienveillante à un proche, sont des aumônes. La ṣadaqa sociale, pédagogique, éducative est aussi précieuse que la ṣadaqa financière. Et elle est accessible à tous, riches et pauvres.
Les Compagnons s'étonnent : « On a une récompense pour satisfaire notre désir ? » Le Prophète ﷺ répond par un raisonnement juridique magistral : si cet acte dans l'illicite est un péché, alors dans le licite il est une récompense. La logique est irréfutable : l'acte n'est pas neutre, il prend la couleur du cadre dans lequel il se fait.
Ce hadith pose le principe que tous les actes de la vie licite, accompagnés d'une intention sincère (préserver la chasteté, obéir à Allah qui a rendu licite cet acte, avoir des enfants, renforcer le lien conjugal), deviennent aumônes. Manger, dormir, travailler, éduquer ses enfants — tout cela peut être adoration avec la bonne intention. C'est la vocation du croyant : transformer sa vie entière en acte d'adoration.