Rapporté par ʿAbd Allāh ibn Busr (رضي الله عنه) · Ḥasan (Tirmidhī) · Aḥmad n°17680 · Tirmidhī n°3375 · Ibn Mājah n°3793
Un homme vient au Prophète ﷺ avec une demande pleine de sagesse : devant la richesse des prescriptions, peut-on identifier une pratique unique, englobante, qui résumerait l'essentiel ? La réponse prophétique est limpide : le dhikr permanent. La métaphore de la langue « humide » suggère un mouvement continu, fluide, naturel — ni forcé ni interrompu. C'est l'aboutissement spirituel du recueil : tous les hadiths précédents ont posé des règles ; celui-ci offre la clé qui les anime tous.
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D'après ʿAbd Allāh ibn Busr (qu'Allah l'agrée) : Un homme vint au Prophète ﷺ et dit : « Ô Messager d'Allah, les prescriptions de l'Islam sont devenues nombreuses pour nous. Donne-nous une voie englobante à laquelle nous puissions nous accrocher. » Il répondit : « Que ta langue ne cesse d'être humide du rappel d'Allah ﷿. » Rapporté par l'imam Aḥmad selon cette formulation.
Source : Aḥmad n°17680 · Tirmidhī n°3375 · Ibn Mājah n°3793
ʿAbd Allāh ibn Busr al-Māzinī (qu'Allah l'agrée), Compagnon, l'un des derniers à mourir en Syrie. Il vit le Prophète ﷺ enfant et reçut directement de lui plusieurs hadiths. Il vécut très longtemps, peut-être plus de cent ans, et s'établit à Ḥimṣ. Il mourut en l'an 88 ou 96 H. Il est connu pour la simplicité et la clarté des hadiths qu'il a transmis, souvent des paroles brèves et lumineuses du Prophète ﷺ.
L'expression « kathurat ʿalaynā » — « se sont multipliées sur nous » — n'est pas une plainte contre la sharīʿa, mais l'aveu humble d'une capacité limitée. Les obligations sont nombreuses : prière, jeûne, zakāt, pèlerinage, droits familiaux, devoirs sociaux, finance licite, retenue de la langue... L'homme cherche un fil rouge spirituel qui unifie tout. La question révèle un cœur sincère : il ne veut pas alléger la sharīʿa, il veut en saisir la moelle.
Le mot « jāmiʿ » est technique : il désigne ce qui rassemble, ce qui contient en germe tous les autres aspects. Le Compagnon demande la « porte mère ». Le Prophète ﷺ ne dit pas « la prière », ni « la zakāt », ni « le jeûne » — toutes pratiques limitées dans le temps ou la quantité. Il choisit le dhikr, qui peut être pratiqué à chaque instant, dans tous les états, par toutes les facultés.
L'image est délicate. Une langue « humide » est une langue qui parle facilement, sans effort, comme imbibée. À l'inverse, une langue « sèche » est figée, lente, distante. Le Prophète ﷺ ne demande pas une intensité épuisante : il demande une fluidité naturelle. Ibn Rajab commente : « Comme l'eau humidifie tout ce qu'elle touche, le dhikr humidifie le cœur, la langue et la vie entière du croyant. »
Le dhikr réunit ce que les autres pratiques séparent. Il est : (1) à la portée de tous — riche ou pauvre, malade ou bien-portant ; (2) sans limite de temps — debout, assis, couché (Coran 3:191) ; (3) sans condition extérieure — pas besoin d'eau (comme la prière), pas besoin de lune (comme le jeûne), pas besoin de richesse (comme la zakāt) ; (4) il imprègne toutes les autres adorations : la prière est elle-même dhikr, le Coran est dhikr, la duʿāʾ est dhikr. Il est l'âme de toute pratique.
Les Compagnons ont retenu du Prophète ﷺ une multitude de formules brèves, accessibles, lourdes au mīzān : Subḥān-Allāh (gloire à Allah), al-ḥamdu li-Llāh (louange à Allah), Lā ilāha illā-Llāh (il n'y a de divinité qu'Allah), Allāhu Akbar (Allah est plus grand), Lā ḥawla wa-lā quwwata illā bi-Llāh (il n'y a de force ni de puissance qu'en Allah). Le Prophète ﷺ disait : « Deux mots légers sur la langue, lourds dans la balance, aimés du Miséricordieux : Subḥān-Allāhi wa-bi-ḥamdih, Subḥān-Allāhi al-ʿAẓīm » (Bukhārī, Muslim).
Au-delà des paroles, il y a le dhikr du cœur — la conscience permanente d'Allah dans toutes les actions. C'est l'iḥsān du hadith de Jibrīl : « adorer Allah comme si tu Le voyais ». La langue exprime ce qui déborde du cœur ; quand le cœur se rappelle constamment, la langue suit naturellement. Ibn al-Qayyim disait : « Le dhikr est pour le cœur ce que l'eau est pour le poisson. Vois ce qu'il advient du poisson hors de l'eau. »
Les commentateurs notent que le placement de ce hadith en clôture n'est pas anodin. Après avoir parcouru les cinquante, le croyant pourrait être saisi par l'immensité de la tâche. Le Prophète ﷺ rassure : si tu maintiens ta langue et ton cœur dans le dhikr, tu portes en toi la racine de tout ce qui précède. Allah dit dans le Coran : « Rappelez-vous de Moi, Je Me rappellerai de vous » (2:152), et : « N'est-ce pas par le rappel d'Allah que les cœurs se tranquillisent ? » (13:28). C'est la promesse divine : la sérénité, la lumière intérieure, la proximité d'Allah passent par cette pratique simple et accessible.
L'humidité de la langue suggère une habitude installée, et non une performance. Quelques formules au réveil, quelques-unes après chaque prière, quelques-unes en marchant, en attendant, en s'endormant — et la langue ne sèche pas. Avec le temps, le dhikr devient un fond sonore intérieur, un compagnon. Le Prophète ﷺ a dit : « L'exemple de celui qui rappelle Allah et de celui qui ne Le rappelle pas est comme l'exemple du vivant et du mort » (Bukhārī). Garder la langue humide, c'est entretenir la vie du cœur.