La sincérité · al-Ikhlāṣ · cœur et moelle de l'adoration
Vouer son acte exclusivement à Allah, sans qu'aucun regard, aucun éloge, aucun retour terrestre ne s'y mêle. C'est la première action du cœur — et celle dont dépend l'acceptation de toutes les autres.
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« Il ne leur a été ordonné que d'adorer Allah en Lui vouant un culte exclusif, en monothéistes purs. »
Source : Coran, sourate al-Bayyina (98), verset 5
Le Cheikh al-Munajjid place l'ikhlāṣ en tête de son ouvrage Aʿmāl al-qulūb et ce n'est pas un hasard : « l'ikhlāṣ est le cœur et l'âme de l'adoration, le fondement de son acceptation ou de son rejet. » Sans lui, le plus grand des actes pèse zéro le Jour du Jugement ; avec lui, le plus modeste des gestes peut hisser un croyant au rang des sincères. C'est aussi le critère qui sépare le croyant de l'hypocrite : non l'apparence des œuvres, mais l'orientation du cœur.
La racine arabe kh-l-ṣ (خ ل ص) signifie originellement séparer une substance de ce qui la trouble — comme on sépare l'or de la gangue, ou le lait pur du sang et des résidus.
« Nous vous abreuvons de ce qui se trouve dans leurs ventres — entre les déjections et le sang — d'un lait pur, agréable à boire. » — Coran, sourate an-Naḥl (16), verset 66.
L'image est puissante : le lait khāliṣ sort indemne d'un environnement chargé. Ainsi de l'acte sincère : il s'extrait du chaos des intentions humaines (vanité, calcul, ostentation) pour s'élever, pur, vers Allah seul.
Le verbe akhlaṣa signifie « rendre pur ». Akhlaṣa al-rajulu dīnahu li-Llāh : « il a rendu sa religion exclusivement à Allah, sans y associer personne d'autre dans son adoration. » Tout l'ikhlāṣ est dans ce mouvement : extraire son adoration de tout ce qui n'est pas Lui.
« L'ikhlāṣ, c'est réserver le Vrai — gloire à Lui — à l'intention dans l'acte d'adoration. » — Madārij al-sālikīn, t. II.
Autrement dit : qu'Allah seul soit visé par l'acte. Pas Allah et les gens. Pas Allah et la récompense seule. Pas Allah et l'image que je donne de moi.
« L'ikhlāṣ, c'est dégager le cœur de tout trouble qui en altérerait la limpidité. » — at-Taʿrīfāt, p. 28.
On lui demanda ce qu'était l'œuvre la meilleure. Il dit : « La plus sincère et la plus juste. » Et d'expliquer : « Une œuvre, si elle est sincère mais non conforme à la sunna, n'est pas acceptée ; et si elle est conforme à la sunna mais non sincère, elle n'est pas acceptée non plus. Elle ne l'est que sincère et conforme. »
Chez les juristes, la niyya sert à distinguer les actes : un grand bain rituel (ghusl) d'un grand bain de propreté ; la prière du ẓuhr de celle de l'ʿaṣr. Mais lorsqu'on demande pour qui l'acte est fait — Allah seul, ou Allah-et-quelqu'un d'autre — c'est l'ikhlāṣ qui est en jeu, pas la niyya au sens juridique.
Ibn al-Qayyim, dans Madārij al-sālikīn, pose deux distinctions :
Le verset « Sauf Tes serviteurs… » (Hijr 40) se lit selon les recensions :
Les deux lectures sont authentiques et complémentaires : l'effort sincère attire l'élection divine.
« Dis : il m'a été ordonné d'adorer Allah en Lui vouant un culte exclusif. » — Coran, az-Zumar (39), verset 11.
« Dis : ma prière, mon sacrifice, ma vie et ma mort sont à Allah, Seigneur des mondes. » — Coran, al-Anʿām (6), verset 162.
« Les actes ne valent que par les intentions ; chacun n'aura que ce qu'il aura visé. » — Bukhārī 1 · Muslim 1907 — ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb.
ʿAbd al-Raḥmān ibn Mahdī disait : « Si je composais un livre par chapitres, je placerais le hadith de ʿUmar “les actes ne valent que par les intentions” en tête de chaque chapitre. » Yaḥyā ibn Abī Kathīr ajoutait : « Apprenez l'intention — elle est plus grande que l'acte. »
Premier et principal fruit. Sans ikhlāṣ, l'acte le plus visible reste à la porte. Avec lui, l'acte le plus modeste passe.
L'ikhlāṣ est l'une des plus puissantes causes du pardon. Le hadith de l'homme à qui Allah a déposé sur un plateau le simple « lā ilāha illā Allāh » dit avec sincérité — et qui a fait pencher la balance contre quatre-vingt-dix-neuf rouleaux de péchés — illustre cette puissance (Tirmidhī 2639, ḥasan).
Le sincère qui voulait combattre mais n'a pu (par maladie, manque de monture, etc.) reçoit la récompense des combattants. Le Prophète ﷺ a dit, au retour de Tabūk : « Vous avez à Médine des hommes qui n'ont pas marché un pas, ni traversé une vallée, sans qu'ils aient été avec vous — l'excuse les a retenus. » (Bukhārī 4423).
Manger, dormir, travailler, dépenser pour sa famille — tout devient adoration par l'intention sincère. « Tu ne dépenses pas une dépense que tu cherches par elle la face d'Allah, sans en être récompensé — fût-ce le morceau que tu portes à la bouche de ton épouse. » (Bukhārī 56, Muslim 1628).
« Je les égarerai tous — sauf, parmi eux, Tes serviteurs élus en sincérité. » — Coran, al-Ḥijr (15), versets 39-40. L'ikhlāṣ est, littéralement, le seul rempart qu'Iblīs reconnaît ne pouvoir franchir.