L'orgueil · al-Kibr · première faute d'Iblīs, racine des chutes
L'orgueil n'est pas seulement le défaut le plus visible — c'est la première faute consignée dans l'histoire de la création, celle d'Iblīs refusant de se prosterner. Le Prophète ﷺ l'a défini en deux mots qui n'ont rien perdu de leur tranchant : baṭr al-ḥaqq wa-ghamṭ al-nās.
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« N'entrera pas au Paradis celui qui a dans le cœur le poids d'un atome d'orgueil. […] L'orgueil, c'est rejeter la vérité et mépriser les gens. »
Source : Muslim 91 — ʿAbd Allāh ibn Masʿūd
Ibn al-Qayyim, dans al-Fawāʾid, ramène toutes les fautes humaines à trois racines : l'orgueil — qui a fait d'Iblīs ce qu'il est devenu — l'avidité — qui a fait sortir Ādam du Paradis — et la jalousie — qui a armé le bras de Caïn contre Abel. Étudier le kibr, ce n'est donc pas étudier un défaut parmi d'autres : c'est interroger la première fissure du cœur, celle par laquelle s'engouffrent toutes les autres maladies spirituelles.
Lorsqu'un Compagnon objecta : « Mais l'homme aime que son habit soit beau et sa sandale belle… », le Prophète ﷺ répondit :
« Allah est beau et aime la beauté. L'orgueil, c'est rejeter la vérité et mépriser les gens. » — Muslim 91.
Refuser la vérité par dédain, alors même qu'on la voit. Beaucoup d'hommes, lorsqu'on leur présente une vérité indiscutable venant d'un plus jeune ou d'un plus modeste qu'eux, la nient simplement parce que « ce n'est pas eux qui l'ont dite ». La vérité serait acceptée si elle venait d'un autre.
ʿUbayd Allāh ibn al-Ḥasan, juge de Baṣra, fut corrigé sur une question de droit. Il s'arrêta, baissa la tête, puis dit : « Alors je reviens, et je reviens petit. Car être un appendice dans la vérité m'est plus cher qu'être une tête dans le faux. »
Les rabaisser, dévaloriser leurs mérites, chercher à les faire passer pour insignifiants — souvent pour préserver sa propre place.
On confond souvent kibr et ʿujb. La distinction de ʿAbd Allāh ibn al-Mubārak, l'un des grands Salaf, fait autorité :
Allah cite le maître des deux jardins : « J'ai plus que toi en biens, et plus de prestige par le clan » (Kahf 34). Le Coran montre comment cette pensée s'enfle, jusqu'à la chute.
Plus subtil et plus dangereux. Al-Munajjid distingue deux causes :
Le pire : que le savant religieux utilise les outils de l'au-delà pour s'enorgueillir des hommes. Ibn Rajab note : c'est plus laid encore que d'utiliser le pouvoir et l'argent.
Certains tirent orgueil de leurs prières et leurs jeûnes. Le Prophète ﷺ a averti :
« Quand l'homme dit : “les gens sont perdus” — c'est lui le plus perdu d'entre eux. » — Muslim 2623.
Le Prophète ﷺ à Abū Dharr — qui avait, dans une dispute, dénigré la mère étrangère d'un autre Compagnon : « Tu es un homme en qui demeure encore une trace de Jāhiliyya. » Et : « Ce sont vos frères : Allah les a placés sous vos mains. » — Bukhārī 30 · Muslim 1661.
Pour chaque cause repérée, ramener à l'évidence : la grâce vient d'Allah, pas de soi. Le savant ? Allah en lui demandera des comptes plus durs. La lignée ? « Vous êtes tous fils d'Ādam, et Ādam vient de la terre. » (Abū Dāwūd 5116).
Pas seulement rejeter l'orgueil : poser des actes d'humilité. Les Salaf en ont laissé le modèle :
« Je cherche refuge auprès d'Allah, le Tout-Entendant, l'Omniscient, contre Satan le maudit — contre sa morsure (la folie), son souffle (qui est l'orgueil), et son crachat (la poésie corruptrice). » — Tirmidhī 242.