Ouverture de la Khātima de Jamʿ al-Jawāmiʿ · Le naẓar obligatoire et l'īmān du muqallid · La preuve du Créateur par le ḥudūth du monde
Après avoir achevé l'édifice des uṣūl al-fiqh par le livre de l'ijtihād, Subkī couronne son Jamʿ al-Jawāmiʿ d'une khātima : un credo ashʿarite condensé en quelques pages — car les furūʿ reposent sur les uṣūl al-fiqh, et les uṣūl al-fiqh reposent sur les uṣūl al-dīn. Tout commence par la question fondatrice du kalām : quelle est la première obligation du mukallaf ? La connaissance d'Allah (maʿrifa), ou le raisonnement qui y conduit (naẓar) ? De là découle un problème célèbre : l'īmān de celui qui croit sans preuve élaborée — le muqallid — est-il valide ? Al-Zarkashī déploie ici le taḥqīq de Subkī : tout dépend de ce qu'on appelle taqlīd. Puis le matn pose la première certitude à sceller dans le cœur : le monde est muḥdath (advenu après n'avoir pas été), il a donc un Ṣāniʿ, et ce Ṣāniʿ est Allah, l'Unique, le Qadīm dont la réalité ne ressemble à aucune autre.
Disponible sur ordinateur
« Qu'il scelle donc sa conviction : le monde est advenu (muḥdath) ; il a un Artisan, et c'est Allah, l'Unique — l'Unique étant ce qui ne se divise pas et ne ressemble à rien sous aucun aspect. Allah le Très-Haut est Qadīm : Son existence n'a pas de commencement. Sa réalité est différente de toutes les autres réalités ; les muḥaqqiqūn ont dit : elle n'est pas connue maintenant, et ils ont divergé sur la possibilité de la connaître dans l'au-delà. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Khātima (la première obligation et la connaissance d'Allah) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 390-395
Le Jamʿ al-Jawāmiʿ est un traité d'uṣūl al-fiqh — pourquoi s'achève-t-il par un exposé de croyance ? Parce que, dans l'architecture classique, les preuves du fiqh (Livre, Sunna, ijmāʿ, qiyās) ne valent que si l'on a d'abord établi l'existence du Législateur, Sa parole, Sa véracité et la véracité de Son Messager ﷺ. Subkī referme donc le cercle : ayant montré comment on extrait les règles, il rappelle sur quoi tout repose. Cette khātima est un credo ashʿarite condensé — chaque formule du matn est pesée, et al-Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, la déploie en convoquant al-Ashʿarī, al-Bayhaqī, Imām al-Ḥaramayn, al-Ghazālī, et en réfutant Muʿtazilites, philosophes et mujassima. Quatre cartes (8 à 11) couvrent cette première partie : la connaissance d'Allah, Ses attributs, la ruʾya et le décret.
Les mutakallimūn divergent : la première obligation est-elle la maʿrifa d'Allah elle-même, ou le naẓar — l'examen rationnel — qui y conduit ? La position dominante chez les Ashʿarites : c'est le naẓar (ou son premier élément, le qaṣd vers le naẓar), car la connaissance est le fruit, et l'obligation porte d'abord sur le moyen qui est au pouvoir du mukallaf. Mais ce naẓar obligatoire n'est pas la dialectique des écoles : c'est la réflexion élémentaire qui relie l'œuvre à son Auteur.
On attribue à al-Ashʿarī la thèse selon laquelle le muqallid n'est pas croyant. Subkī — suivant son père Taqī al-Dīn, et Zarkashī le confirme par al-Āmidī (al-Abkār) — dissout le problème en distinguant deux sens du taqlīd :
Traduction : « On rapporte qu'on demanda à un bédouin : "Par quoi as-tu connu ton Seigneur ?" Il répondit : "La fiente indique le chameau, et les traces de pas indiquent la marche : un édifice céleste et une substance terrestre n'indiqueraient-ils pas le Très-Savant, le Très-Informé ?" Et c'est cela qui est conforme à la voie des salaf. »
Le ʿālam, chez les mutakallimūn, est tout existant autre qu'Allah (et, pour certains, autre qu'Allah et Ses attributs). Zarkashī rapporte le taqsīm classique : l'existant possible est soit mutaḥayyiz (occupant un espace : corps et atome), soit ṣifa du mutaḥayyiz (les accidents, dont on a recensé près de quarante genres), soit ni l'un ni l'autre (les esprits). Ce monde, en sa totalité, est muḥdath — il était néant puis fut existant — et là-dessus il y a ijmāʿ des gens des religions.
S'Il était ḥādith, Il aurait besoin d'un muḥdith, celui-ci d'un autre, et ainsi à l'infini (tasalsul) — impossible. Le ḥudūth étant impossible à Son égard, le qidam s'impose : la négation de tout commencement d'existence, car entre la négation et l'affirmation il n'y a pas d'intermédiaire. Le fondement scripturaire : « هُوَ الْأَوَّلُ وَالْآخِرُ ». Subkī définit le qadīm par la négation (« pas de commencement ») car en langue le mot peut désigner une simple longue durée précédée de néant — « إِنَّكَ لَفِي ضَلَالِكَ الْقَدِيمِ » ; al-Ḥalīmī le compte parmi les Noms attestés par la Sunna.
« Comment le taḥqīq de Subkī — les deux sens du mot taqlīd — permet-il à la fois de valider l'īmān des ʿawāmm et de disculper al-Ashʿarī de la thèse qu'on lui impute ? Et pourquoi le ḥadīth de la servante est-il décisif dans ce débat ? »