Le critère, le seuil, les destinataires · Aqall al-jamʿ : deux ou trois ? · Les femmes, le ʿabd, le kāfir et le Prophète ﷺ sous le filet du ʿāmm
Une fois les ṣiyagh inventoriées, Subkī règle une série de masāʾil qui en fixent le maniement. D'abord le critère : miʿyār al-ʿumūm al-istithnāʾ — partout où l'exception est bien formée, il y a généralité ; d'où, en creux, que le pluriel indéfini (« des hommes ») n'est pas ʿāmm. Ensuite le seuil : le minimum que désigne un pluriel est-il trois — l'avis d'al-Shāfiʿī et d'Abū Ḥanīfa — ou deux, comme le veut Mālik ? Question d'apparence grammaticale, mais aux furūʿ bien concrets : l'aveu « j'ai des dirhams », le serment « si j'épouse des femmes ». Enfin les destinataires : quand le Législateur dit « yā ayyuhā al-nās », les femmes sont-elles couvertes — et par quelles formes ? Le ʿabd, qui appartient à un maître ? Le kāfir, dont on discute s'il est tenu aux furūʿ ? Et le Prophète ﷺ lui-même, qui transmet l'adresse : y est-il inclus, même quand elle lui parvient par « qul » ? Al-Zarkashī nourrit chaque masʾala d'exemples mémorables — dont la repartie d'Umm Salama sur les traînes des femmes, devenue l'argument décisif de l'inclusion des femmes sous « man ».
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« Le critère du ʿumūm est l'istithnāʾ. L'avis le plus correct : le pluriel indéfini n'est pas général ; le minimum désigné par le pluriel est trois, non deux ; il s'applique à un seul par majāz ; “yā ayyuhā al-nās” et ses semblables englobent le Messager ﷺ, même précédés de “qul” ; il couvre l'esclave et le mécréant ; “man” conditionnel inclut les femmes ; et le pluriel masculin sain n'inclut pas les femmes selon l'apparence. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (masāʾil al-ʿumūm) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 169-175
Cette série de « al-aṣaḥḥ » égrenés par le matn obéit à un ordre : on part du test du ʿumūm (l'istithnāʾ), on en tire la disqualification du pluriel indéfini, puis on descend au seuil numérique du jamʿ — un débat hérité des grammairiens mais que les fuqahāʾ ont chargé de conséquences (Rāfiʿī le mobilise dans les serments de répudiation, al-Harawī et al-Māwardī dans l'aveu de dettes). Vient enfin la question des destinataires du discours général : la pente naturelle du lafẓ est l'inclusion — le Prophète ﷺ fait partie des « gens », le ʿabd et le kāfir font partie des « hommes », la femme répond à « man » — et c'est à qui veut exclure d'apporter un dalīl. Une seule exclusion tient par l'apparence de la langue : le pluriel masculin sain, dont la forme même est marquée en genre. Al-Ṣafī al-Hindī résume l'esprit du bāb d'une formule cinglante : nier que « al-nās » couvre lexicalement le ʿabd et le kāfir est une mukābara (un déni de l'évidence) ; prétendre que la servitude ou la mécréance les en fait sortir en droit est bāṭil par ijmāʿ.
L'istithnāʾ est l'ikhrāj de ce qui, sans lui, devrait entrer dans le terme. S'il est bien formé, c'est que chaque individu était d'inclusion obligatoire — définition même du ʿumūm. Preuve par contraste : « jāʾa rijālun illā Zaydan » (des hommes sont venus, sauf Zayd) est rejeté par les grammairiens — l'indéfini permet l'inclusion de chacun, mais ne l'impose pas. Et Zarkashī ajoute : quand l'istithnāʾ frappe un ʿāmm, il fait passer sa dalāla sur les individus restants du ẓuhūr à la nuṣūṣiyya.
Traduction : « En atteste la parole du Très-Haut : “Quiconque (man) accomplit de bonnes œuvres, homme ou femme…” — la mention “homme ou femme” montre que man les couvre — et la parole du Prophète ﷺ : “Quiconque (man) traîne son vêtement par orgueil, Dieu ne le regardera pas.” Umm Salama demanda : “Et comment les femmes feront-elles de leurs traînes ?” Umm Salama a compris que les femmes entraient dans la forme man — et le Prophète ﷺ l'a confirmée » (il répondit en fixant la longueur des traînes ; al-Tirmidhī l'authentifie).
« Les femmes sont incluses sous “man baddala dīnahu fa-qtulūh” mais non, ẓāhiran, sous “al-muslimīn”. Expliquez cette asymétrie : qu'est-ce qui, dans la forme même des deux expressions, justifie l'inclusion ici et l'exclusion là ? Quel ḥadīth — et quelle Compagne — fournit l'argument décisif du premier cas ? »