Les trois premiers masālik al-ʿilla · Ijmāʿ, naṣṣ ṣarīḥ, naṣṣ ẓāhir · Les cinq degrés de l'īmāʾ (l'allusion à la cause)
Ouverture de la Famille C du Kitāb al-Qiyās : comment sait-on qu'un waṣf est la ʿilla d'un ḥukm ? Subkī énumère dix masālik — dix voies d'établissement de la cause — classées de la plus forte à la plus discutée. Cette carte couvre les trois premières, celles où la ʿilla est donnée par un texte ou un consensus, sans effort d'extraction : (1) l'ijmāʿ sur la cause — que Subkī place en tête, suivant al-Bayḍāwī, parce qu'il prime dans la mise en œuvre ; (2) le naṣṣ ṣarīḥ — les formules explicites « li-ʿillati kadhā », « min ajli », « kay », « idhan » — puis le naṣṣ ẓāhir — le lām, le bāʾ, le fāʾ, hiérarchisés par degrés décroissants ; (3) l'īmāʾ ou tanbīh : le Législateur n'énonce pas la cause, mais accole un waṣf à un ḥukm de telle sorte que, si ce n'était pour motiver, l'accolement serait incongru. Al-Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, en déploie les cinq figures classiques — du bédouin de Ramaḍān à l'interdiction de vendre à l'heure du jumuʿa.
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« Les voies de la ʿilla : la première, l'ijmāʿ. La deuxième, le naṣṣ explicite, comme : "pour telle cause", puis "en raison de", puis "du fait de", puis : "afin que" (kay) et "alors" (idhan). Et le [naṣṣ] apparent : comme le lām — exprimé puis sous-entendu —, puis le bāʾ, puis le fāʾ dans la parole du Législateur, puis [dans celle] du rapporteur juriste, puis d'un autre. La troisième : l'īmāʾ — l'accolement d'un waṣf énoncé (ou, a-t-on dit, extrait) à un ḥukm, fût-il extrait, tel que s'il n'était pas destiné à motiver — lui-même ou son analogue — il serait incongru. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (masālik al-ʿilla : ijmāʿ, naṣṣ, īmāʾ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 312-315
Après avoir posé les arkān du qiyās et les conditions de la ʿilla, Subkī aborde la question opératoire : par quelles voies établit-on qu'un waṣf est cause ? Sa liste compte dix masālik : ijmāʿ, naṣṣ, īmāʾ, sabr wa-taqsīm, munāsaba, shabah, dawarān, ṭard, tanqīḥ al-manāṭ, ilghāʾ al-fāriq. L'ordre n'est pas neutre : on descend des voies textuelles (où la cause est donnée) vers les voies inférentielles (où elle est extraite), jusqu'aux plus contestées (ṭard). Zarkashī note un choix significatif : Subkī place l'ijmāʿ avant le naṣṣ, suivant al-Bayḍāwī, « parce qu'il lui est préféré dans la mise en œuvre » (l'ijmāʿ n'est pas abrogeable ni sujet au taʾwīl) ; Ibn al-Ḥājib et d'autres placent le naṣṣ en premier, « et c'est plus juste, car le naṣṣ est le fondement de l'ijmāʿ ». Exemple canonique d'ijmāʿ sur la cause : le ṣighar (jeune âge) comme ʿilla de la tutelle sur les biens.
Si les mujtahids s'accordent sur la causalité d'un waṣf — par un ijmāʿ qaṭʿī ou même ẓannī — celle-ci est établie. Exemple rapporté par Zarkashī d'après al-Qāḍī Abū al-Ṭayyib : dans le ḥadīth « le juge ne juge pas alors qu'il est en colère », « ils ont fait consensus que l'interdiction tient à ce que la colère occupe son cœur ». Autre exemple classique : le ṣighar (jeune âge) comme cause de la tutelle sur les biens — consensus qui permettra d'étendre la tutelle au mariage.
Le ṣarīḥ — qu'al-Bayḍāwī nomme « al-qāṭiʿ » — est ce qui indique la causalité par la position même de la langue (bi-l-waḍʿ), sans recours au raisonnement. Subkī hiérarchise les formules par le fāʾ d'enchaînement, signalant des rangs décroissants :
Traduction : « L'īmāʾ — c'est-à-dire l'indication allusive de la motivation — désigne l'accolement d'un waṣf à un ḥukm tel que, si cet accolement n'était pas destiné à motiver, il serait incongru de la part du Législateur — son éloquence l'en met au-dessus. »
Sur la quatrième figure, Zarkashī livre une analyse devenue classique. Dans « le juge ne juge pas alors qu'il est en colère », la cause apparente est le ghaḍab. Mais Ibn al-Ḥājib préfère dire : « mention d'un waṣf munāsib avec le ḥukm » — car le waṣf opérant n'est pas la colère en sa spécificité, mais en sa généralité : le trouble de la réflexion (tashwīsh al-fikr). D'où l'extension à ce qui en partage le sens : la faim ou la soif intenses.
Le matn tranche : « on n'exige pas que le waṣf désigné par allusion soit approprié (munāsib), selon le plus grand nombre ». Zarkashī déploie le débat :
« Dans le ḥadīth du bédouin (« j'ai eu un rapport en plein Ramaḍān » — « affranchis un esclave »), aucune particule causale n'apparaît. Par quel mécanisme précis les uṣūliyyūn établissent-ils tout de même que le wiqāʿ est la ʿilla de la kaffāra ? Et pourquoi ce cas relève-t-il de l'īmāʾ et non du naṣṣ ẓāhir ? »