Nier : la ʿilla, son waṣf, le ḥukm de l'aṣl · La discipline du débat · Le manʿ avant et après l'achèvement du dalīl — et le ghaṣb interdit
Le manʿ — « je ne concède pas » — est l'arme élémentaire du muʿtariḍ, et la plus vaste : Subkī en déploie ici les espèces. Nier que le waṣf soit une ʿilla : c'est la muṭālaba, « la plus grande des questions » car elle vise toute ʿilla alléguée — recevable selon l'aṣaḥḥ, sans quoi l'on jouerait avec n'importe quel waṣf ṭardī. Nier un waṣf de la ʿilla : la kaffāra punit-elle le jimāʿ en sa spécificité ou l'ifṭār en sa généralité ? — « le muʿtariḍ fait alors le tanqīḥ al-manāṭ, et le mustadill le taḥqīq ». Nier le ḥukm de l'aṣl : le mustadill est-il « à court » (munqaṭiʿ) pour avoir bâti sur un aṣl contesté ? Quatre écoles — jusqu'à celle qui s'en remet à l'usage du lieu : « le jadal a ses coutumes et ses règles en chaque pays ». Puis Subkī donne la grille générale du manʿ, lexique des jadaliyyūn : le manʿ ne s'attaque jamais au récit, mais au dalīl — avant son achèvement (nu, ou appuyé d'un mustanad : c'est la munāqaḍa), ou après (naqḍ ijmālī, ou muʿāraḍa) ; et le ghaṣb — usurper le rôle de l'autre en prouvant soi-même la fausseté d'une prémisse — « que les muḥaqqiqūn n'écoutent pas ».
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« Puis le manʿ ne s'oppose pas au récit [d'une doctrine] mais au dalīl : soit avant son achèvement, contre l'une de ses prémisses, soit après. Le premier est soit nu, soit accompagné de l'appui (mustanad) — comme : "nous ne concédons pas, et pourquoi ne serait-ce pas ainsi ?", ou "cela ne s'imposerait que s'il en était ainsi" — et c'est la munāqaḍa… Le second est soit accompagné du rejet du dalīl fondé sur la défection de son ḥukm — c'est le naqḍ ijmālī —, soit accompagné de sa concession et d'une argumentation par ce qui exclut l'établissement du madlūl — c'est la muʿāraḍa. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (al-manʿ wa-l-munāqaḍa) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 339-341 et 343-344
Après avoir égrené les qawādiḥ, Subkī « entreprend d'expliquer des termes que les gens du jadal se passent de main en main », dit Zarkashī, et leur donne un ḍābiṭ — une grille unique. Première règle : on ne « nie » pas la ḥikāya — le simple récit qu'un tel professe telle doctrine — mais le dalīl. Deuxième règle : la position du manʿ dans le temps du débat commande sa nature. Avant l'achèvement du dalīl, il frappe une prémisse : nu (« lā nusallim ») ou motivé par un mustanad — et les jadaliyyūn de préciser que la munāqaḍa est ce manʿ de prémisse, que l'appui soit énoncé ou non. Après l'achèvement, deux issues : rejeter le dalīl entier parce que son ḥukm lui fait défaut quelque part — le naqḍ ijmālī, cousin global du naqḍ tafṣīlī de la carte 15 — ou le concéder et dresser contre lui une preuve du contraire — la muʿāraḍa, où le muʿtariḍ « se renverse en mustadill » : retournement des rôles que certains refusaient (« l'office du muʿtariḍ est de démolir, non de bâtir ») et que le ṣaḥīḥ admet — il bâtit par accident, il démolit par essence. Cette grille fait de la munāẓara un jeu réglé : chaque coup a son nom, son moment et sa riposte.
Le Shāfiʿite, sur la rupture du jeûne par le manger et le boire : « pas de kaffāra — car elle fut instituée pour dissuader (zajran) du jimāʿ, l'interdit propre du jeûne ; elle lui est donc réservée, comme le ḥadd ». Le muʿtariḍ : « je ne concède pas que la kaffāra dissuade du jimāʿ en sa spécificité — elle dissuade de l'ifṭār, l'interdit du jeûne en général, qui couvre les deux cas ».
Le Shāfiʿite : « le vinaigre, liquide qui ne lève pas le ḥadath, ne lève pas non plus la najāsa — comme l'huile ». Le Ḥanafite : « je ne concède pas le ḥukm de ton aṣl : chez moi, l'huile élimine la najāsa ». Le mustadill, dont l'aṣl s'effondre sous lui, est-il munqaṭiʿ (à court, vaincu) du seul fait de ce manʿ ?
Traduction : « Les jadaliyyūn disent : la munāqaḍa est le rejet d'une prémisse du dalīl — que l'on en mentionne l'appui ou non… Et le ghaṣb consiste, pour le muʿtariḍ, à entreprendre de dresser une preuve de la corruption d'une prémisse du dalīl — il n'est pas écouté chez les nuẓẓār. »
« Trois muʿtariḍ répondent au même dalīl : le premier dit "je ne concède pas ta deuxième prémisse — pourquoi en serait-il ainsi ?" ; le deuxième entreprend de démontrer que cette prémisse est fausse ; le troisième dit "ton dalīl, soit — mais voici un qiyās qui prouve le contraire". Nommez le geste de chacun, dites lequel est irrecevable et pourquoi, et ce que le troisième a implicitement concédé. »