Les quatre règles · Sans taḥrīf, taʿṭīl, takyīf ni tamthīl · Le cœur d'Al-Wāsiṭiyya
Le chapitre 9 a posé la règle d'or : laysa ka-mithlihi shayʾ wa huwa as-samīʿu al-baṣīr. Ce chapitre la déplie en quatre règles précises qu'Ibn Taymiyya a formulées au cœur d'Al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya : Ahl as-Sunna affirment ce qu'Allah a affirmé pour Lui-même sans taḥrīf (déformation), sans taʿṭīl (négation), sans takyīf (modalité), sans tamthīl (comparaison). Ces quatre négations balisent la voie médiane et permettent de répondre, dans l'ordre, aux Jahmiyya, aux Muʿtazila, aux philosophes hellénisés et aux anthropomorphistes (mushabbiha). Apprendre ces règles, c'est tenir le filet qui protège la croyance dans tous les versets et tous les hadiths sur les attributs.
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« Il n'y a rien qui Lui ressemble, et Il est l'Audient, le Clairvoyant. »
Source : Coran, sourate ash-Shūrā (42), verset 11 — le verset matriciel des quatre règles
Ces quatre règles sont la signature doctrinale d'Ahl as-Sunna sur les noms et attributs. Elles sont formulées par Cheikh al-Islām Ibn Taymiyya dans Al-Wāsiṭiyya, et reprises par Cheikh Ibn ʿUthaymīn dans son commentaire. Chaque règle vise un déviant historique : le taḥrīf vise les Jahmiyya et certains kalāmistes, le taʿṭīl vise les Muʿtazila, le takyīf vise les philosophes et les curieux, le tamthīl vise les mushabbiha. Maîtriser ces quatre règles, c'est tenir le compas qui guide la lecture de tout verset ou hadith parlant d'Allah.
Le taḥrīf (de la racine ḥ-r-f, infléchir) est la déformation. Il est de deux sortes :
Cheikh Ibn ʿUthaymīn explique que tout taḥrīf est rejeté, car il revient à dire qu'Allah ou Son Prophète ﷺ ne s'est pas exprimé clairement, et que nous, créatures, devons « rectifier » Sa parole. Ahl as-Sunna lit les versets selon leur sens apparent (ẓāhir), conformément à l'usage de la langue arabe au temps de la Révélation, et selon la compréhension des Compagnons.
Les Jahmiyya, suivis par certains théologiens spéculatifs, ont massivement recouru au taḥrīf pour « interpréter » les attributs d'Allah selon des grilles philosophiques. Ahl as-Sunna répond : « Nous ne tordons pas la parole d'Allah pour la faire entrer dans nos catégories. »
Le taʿṭīl (de la racine ʿ-ṭ-l, vider, désactiver) est la négation des attributs. Le négateur (muʿaṭṭil) refuse d'attribuer à Allah ce qu'Il s'attribue à Lui-même, sous prétexte d'éviter la ressemblance avec la création.
Le second mouvement du verset Shūrā 11, « et Il est l'Audient, le Clairvoyant », est précisément la réfutation du taʿṭīl. Allah affirme Ses attributs après avoir nié toute ressemblance — preuve que l'affirmation et la non-ressemblance se tiennent ensemble, et qu'on ne peut pas se réfugier dans la négation pour échapper à la comparaison.
Le takyīf (de kayf, comment) est la question sur la modalité : « Comment Allah s'est-Il établi sur le Trône ? Comment est Sa main ? Comment voit-Il ? » Ahl as-Sunna ferme cette porte. La question elle-même est illégitime.
Le précédent classique est la réponse de l'imam Mālik (raḥimahullāh) à un questionneur sur l'istiwāʾ :
« L'istiwāʾ est connu, le comment est inconnu, y croire est obligatoire, et questionner sur le comment est une innovation ». Cette formule canonique vaut pour tous les attributs : le sens linguistique est connu (un istiwāʾ, c'est s'établir au-dessus), la modalité divine ne nous est pas livrée.
Cheikh Ibn ʿUthaymīn rappelle un principe : « on ne peut connaître la modalité d'une chose qu'en la voyant, en voyant son équivalent, ou par un rapport véridique ». Or nous ne voyons pas Allah, rien ne Lui est équivalent, et la Révélation s'est tue sur la modalité. Donc la question reste sans réponse, et c'est volontaire.
Le tamthīl (de mathal, semblable) est la comparaison : représenter l'attribut d'Allah comme s'il était de la même nature que celui de la création. Le tashbīh (assimilation) en est la forme la plus connue.
« Il n'y a rien qui Lui ressemble » (ash-Shūrā 11). Ce premier mouvement du verset est la réfutation directe du tamthīl. Le mot shayʾ est universel : aucune chose, à aucun titre, ne peut servir de mètre à Allah.
Les mushabbiha et certains anthropomorphistes ont commis l'erreur opposée à celle des Muʿtazila : au lieu de nier les attributs, ils les ont comparés à ceux des créatures (« Allah a une main comme la nôtre »). Ahl as-Sunna affirme l'attribut tel qu'il est rapporté, mais nie radicalement la ressemblance avec la création — car Allah dépasse infiniment ce que nous pouvons concevoir.
Cheikh Ibn ʿUthaymīn note un point fondamental : le négateur (muʿaṭṭil) commence souvent par être un assimilateur (mushabbih). Il imagine d'abord l'attribut à l'image de la créature, puis, refusant cette image, il nie l'attribut. Ahl as-Sunna refuse les deux mouvements : on n'imagine pas, et on ne nie pas — on affirme et on glorifie.