L'intercession au Jour dernier · Espérance et conditions · Le Bassin du Prophète ﷺ
Au Jour de la résurrection, alors que le soleil sera proche des têtes et que la sueur étouffera les hommes, une main tendue apparaîtra. Un prophète, un ange, un croyant intercédera — et son intercession sera reçue. C'est ash-shafāʿa, l'intercession : un don qu'Allah accorde à ceux qu'Il agrée, pour ceux qu'Il veut soulager. Ce chapitre en présente les types, les conditions, et les formes spécifiques au Prophète ﷺ. C'est l'un des plus grands sujets d'espoir de la croyance — et l'un de ceux qu'il faut comprendre avec précision pour ne pas la chercher là où elle ne s'obtient pas.
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« Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? »
Source : Coran, sourate al-Baqara (2), verset 255 — Āyat al-Kursī, le verset matrice de la doctrine sunnite sur l'intercession
L'intercession est la grâce des grâces au Jour dernier. Le Prophète ﷺ a dit : « Pour chaque prophète, il existe une invocation exaucée — et j'ai gardé la mienne pour intercéder en faveur de ma communauté au Jour du Jugement » (Bukhārī, Muslim). Comprendre la shafāʿa, c'est tenir ensemble deux fils que le Coran tisse côte à côte : l'espoir absolu en la miséricorde d'Allah et l'orientation correcte de la demande — vers Allah seul, jamais vers les morts. Ibn Taymiyya et Cheikh Ibn ʿUthaymīn la traitent au cœur d'al-Wāsiṭiyya dans la suite du chapitre du Jour dernier.
Cheikh Ibn ʿUthaymīn la définit ainsi : « at-tawassuṭ ilā al-ghayr fī jalbi nafʿin aw dafʿi ḍarr » — l'intermédiation auprès d'autrui pour obtenir un bien ou écarter un mal. Étymologiquement, shafʿ signifie « pair » : une personne se joint à une autre pour appuyer sa demande.
C'est l'intercession qu'Allah affirme pour Lui-même dans le Coran. On la demande à Allah seul, pas à un mort, pas à un absent. Allah l'accorde à qui Il veut, par les intermédiaires qu'Il agrée — prophètes, anges, croyants pieux, enfants morts en bas âge.
« L'intercession auprès de Lui ne profite qu'à celui qu'Il a autorisé » (Sabaʾ 23). C'est l'intercession refusée par le Coran : celle qu'on demande à autre qu'Allah, dans ce que Lui seul peut accomplir. Demander à un saint mort de pardonner, d'écarter une maladie, de procurer un enfant — c'est cette demande que le Coran rejette, parce qu'elle attribue à la créature ce qui n'appartient qu'à Allah.
Demander à un vivant pieux d'invoquer Allah pour soi est licite — c'est ce que faisaient les Compagnons avec le Prophète ﷺ et avec ʿUmar (à travers son oncle al-ʿAbbās). Quatre conditions, dit Cheikh Ibn ʿUthaymīn :
« Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? » (al-Baqara 255). Personne ne prend la parole avant qu'Allah ne l'autorise. Au Jour de la résurrection, même les anges les plus rapprochés et les prophètes attendront le signe d'Allah avant d'élever leur intercession.
« Et ils n'intercèdent qu'en faveur de ceux qu'Il a agréés » (al-Anbiyāʾ 28). Le shāfiʿ est choisi par Allah ; il n'est pas auto-désigné. Sa parole compte parce qu'Allah l'a élevé.
Le mashfūʿ lahu doit lui-même être agréé par Allah. La conséquence est lourde : l'intercession ne profitera pas au mécréant qui meurt sur la mécréance, car Allah ne l'agrée pas. C'est pourquoi Allah dit du Feu : « L'intercession des intercesseurs ne leur sert à rien » (al-Muddaththir 48).
L'intercession est un don d'Allah, non un dû. La chercher hors de Lui — auprès des morts ou en attribuant à une créature un pouvoir qui n'est qu'à Lui — c'est se tromper de porte. La chercher auprès d'Allah, en multipliant le bien et la sincérité, c'est suivre la voie du Coran.
Au lieu du rassemblement (mawqif), accablés par l'attente, les hommes iront chercher un intercesseur. Ils iront vers Adam, puis Nūḥ, puis Ibrāhīm, puis Mūsā, puis ʿĪsā ʿalayhim as-salām — chacun déclinera et renverra au suivant. Tous diront : « Allez vers Muḥammad ». C'est lui ﷺ qui se prosternera et qui obtiendra l'ouverture du Jugement. C'est le maqām maḥmūd — la station louée — promise dans le verset al-Isrāʾ 79.
Les croyants traverseront le Pont (ṣirāṭ) puis se tiendront à une passerelle (qanṭara) entre le Paradis et l'Enfer pour être purifiés des rancœurs résiduelles. Mais les portes du Paradis seront fermées. Le Prophète ﷺ a dit : « Je serai le premier à frapper à la porte du Paradis » (Muslim). C'est par son intercession que la porte s'ouvre, et sa communauté est la première à entrer.
Une intercession particulière : son oncle Abū Ṭālib, qui l'avait protégé sans embrasser l'Islam, verra son châtiment allégé (sans en sortir) par l'intercession du Prophète ﷺ. Cas unique, exceptionnel — qui souligne que la shafāʿa peut alléger sans annuler, quand Allah le permet (Bukhārī, Muslim).
Plusieurs intercessions sont accordées aux prophètes, anges, et croyants pieux. On distingue :
Avant le Pont, sur les esplanades du Jour du Jugement, après l'épreuve de la sueur, le Prophète ﷺ accueillera sa communauté à son Bassin. Sa description, transmise dans plusieurs hadiths authentiques :
Cheikh Ibn ʿUthaymīn confirme que chaque prophète a un Bassin, mais celui du Prophète ﷺ est le plus grand — fierté pour sa communauté, soulagement pour ceux qui ont tenu sur la voie.
La voie pour s'attirer la shafāʿa, le Bassin et l'agrément d'Allah n'est pas mystérieuse : tawḥīd sincère, suivi du Prophète ﷺ, prière, dhikr, douʿāʾ pour ses frères, sincérité du cœur. Le Prophète ﷺ a dit : « Le plus heureux des hommes par mon intercession sera celui qui aura dit "lā ilāha illā Allāh" sincèrement, du fond de son cœur » (Bukhārī).