Sourates 63–66 · 4 sourates · Famille & société
Ce second bloc du Juzʾ Qad Samiʿa traite des menaces internes à la communauté et de la responsabilité familiale. Des hypocrites aux beaux discours (Al-Munāfiqūn), aux richesses et enfants qui distraient (Al-Taghābun), au divorce encadré (Al-Ṭalāq), jusqu'à la responsabilité du foyer et les modèles féminins (Al-Taḥrīm). Fil conducteur : la foi se vit d'abord chez soi.
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Portrait psychologique saisissant des munāfiqūn : physiquement impressionnants, éloquents — mais intérieurement creux comme des bûches appuyées contre un mur (khushub musannada). Ils sont paranoïaques : chaque cri leur semble dirigé contre eux. Allah conclut : « Ce sont eux l'ennemi — prends garde à eux. » L'ennemi intérieur est plus dangereux que l'ennemi extérieur.
ʿAbdullāh ibn Ubayy, chef des hypocrites, déclara : « Quand nous rentrerons à Médine, le plus honorable en expulsera le plus vil » — désignant le Prophète ﷺ comme « le vil ». Allah rétablit la vérité : la ʿizza (honneur) appartient à Allah, à Son Messager et aux croyants. Mais les hypocrites ne savent pas. Le propre fils d'Ibn Ubayy, sincère croyant, proposa de tuer son père — le Prophète ﷺ refusa.
La sourate se clôt par un avertissement universel : dépensez de ce qu'Allah vous a accordé avant que la mort ne survienne. Celui qui meurt regrettera : « Si seulement Tu me retardais un peu, je ferais l'aumône et serais parmi les vertueux ! » Mais Allah n'accorde aucun délai quand le terme arrive. Le regret après la mort est inutile.
Ouverture cosmique : tout ce qui est dans les cieux et la terre glorifie Allah. Parmi les humains, certains choisissent la mécréance, d'autres la foi — et Allah voit tout ce qu'ils font. Il a donné à chacun la meilleure forme (ṣūra) et c'est vers Lui le retour.
Le Jour du Rassemblement est appelé yawm al-taghābun — le Jour de la Grande Perte mutuelle, où les perdants réaliseront ce qu'ils ont manqué et les gagnants verront ce qu'ils ont gagné. Le mot taghābun vient du commerce : c'est quand l'un des deux parties réalise qu'elle a été dupée dans la transaction. Ce jour-là, les mécréants découvriront qu'ils ont vendu l'éternité pour un prix dérisoire.
Avertissement surprenant : parmi vos époux et enfants se trouvent des « ennemis » — non au sens de haine, mais au sens où l'attachement à la famille peut détourner du chemin d'Allah. Des compagnons voulaient émigrer mais leurs familles les retenaient. Pourtant, Allah prescrit aussitôt le pardon : « Si vous pardonnez, passez l'éponge et excusez, certes Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »
Les biens et les enfants sont une fitna (épreuve/tentation). Non pas qu'ils soient mauvais — mais l'attachement excessif à eux peut détourner d'Allah. La solution n'est pas l'abandon mais l'équilibre : craignez Allah autant que vous le pouvez, écoutez, obéissez, et dépensez — cela est meilleur pour vous.
La sourate se clôt par la métaphore du « beau prêt » (qarḍ ḥasan) à Allah : ce que vous dépensez dans Sa voie, Il le multipliera et vous pardonnera. Allah est Shakūr (Reconnaissant) et Ḥalīm (Longanime) — Il apprécie chaque effort et n'est pas pressé de punir.
L'adresse au « Prophète » (yā ayyuhā l-nabiyy) montre la gravité du sujet. Le divorce doit respecter la ʿidda (période d'attente), être compté avec précision, et se faire dans la crainte d'Allah. La femme ne doit pas être expulsée de son domicile pendant la ʿidda — c'est son droit. Cette période peut mener à la réconciliation : « Tu ne sais pas, peut-être Allah fera surgir après cela quelque chose de nouveau. »
Deux versets parmi les plus consolants du Coran (v. 2-3) : celui qui craint Allah, Il lui accordera une issue de secours (makhraj) et le pourvoira d'où il ne s'y attend pas. Celui qui s'en remet à Allah (tawakkul), Allah lui suffit. Bien que révélés dans le contexte du divorce, ces versets sont universels — toute épreuve a une sortie pour celui qui maintient la taqwā.
La ʿidda est de trois mois pour les femmes ménopausées et celles qui n'ont pas encore eu leurs règles. Pour les femmes enceintes, la ʿidda se termine à l'accouchement. Pendant toute cette période, la femme a droit au logement et à l'entretien.
Principe d'équité économique : le riche dépense de sa richesse, le pauvre de ce qu'Allah lui a donné. Allah n'impose à personne plus que ce qu'Il lui a accordé. Après la difficulté, Allah apportera la facilité — sayyajʿalu Llāhu baʿda ʿusrin yusran. Cette promesse clôt la section juridique avec une note d'espoir.
Fin grandiose : Allah a créé sept cieux et autant de terres. Le commandement divin descend entre eux — afin que vous sachiez qu'Allah est Omnipotent et que Sa science englobe toute chose. Après les détails du divorce, la sourate élève le regard vers l'immensité de la création. Le Législateur du foyer est le Créateur de l'univers.
Le Prophète ﷺ s'était interdit quelque chose de licite (du miel selon certains récits, ou la fréquentation de Māriya) pour apaiser certaines de ses épouses. Allah intervient : personne ne peut s'interdire ce qu'Allah a permis. Même le Prophète ﷺ est corrigé par la Révélation — preuve que le Coran ne vient pas de lui.
Allah avertit les épouses du Prophète ﷺ : s'il les divorce, Allah lui donnerait des épouses meilleures — soumises, croyantes, dévotes, repentantes, adoratrices, jeûneuses, qu'elles soient veuves ou vierges. Sept qualités sont énumérées. Ce n'est pas une menace de divorce mais un rappel : le statut d'épouse du Prophète ﷺ est un honneur qui exige une conduite exemplaire.
Verset fondateur de la tarbiya (éducation) : le croyant a la responsabilité de protéger non seulement lui-même mais aussi sa famille du Feu dont le combustible est fait d'hommes et de pierres. ʿAlī ibn Abī Ṭālib a commenté : « Enseignez-leur et éduquez-les. » La foi ne se vit pas seul — elle se transmet au foyer.
Allah appelle à la tawba naṣūḥ — le repentir sincère, pur, définitif, qui ne laisse aucune place au retour au péché. Le mot naṣūḥ vient de la racine nṣḥ (sincérité, conseil). Ce repentir efface les mauvaises actions et ouvre les portes des jardins sous lesquels coulent les rivières.
Deux femmes de prophètes — Nūḥ et Lūṭ — les ont trahis. Être l'épouse d'un prophète ne garantit rien : la foi est personnelle, non héréditaire ni conjugale. Elles seront au Feu, et il leur sera dit : « Entrez avec ceux qui entrent. » La proximité du bien ne sauve pas sans engagement personnel.
À l'inverse : Āsiya, femme de Pharaon — le pire tyran — invoque Allah en pleine oppression : « Mon Seigneur, construis-moi une maison auprès de Toi au Paradis. » Et Maryam bint ʿImrān, qui préserva sa chasteté, reçut le souffle divin et crut aux paroles de son Seigneur. Quatre femmes, quatre destins : la preuve que la foi est un choix individuel, indépendant de l'entourage.