78 versets · Mekkoise et Médinoise · Juzʾ 17 · De l'Heure au pelerinage d'Ibrahim
Sourate Al-Ḥajj est unique dans le Coran : elle est à la fois mekkoise et médinoise, contient deux versets de prosternation (sajda), et mêle les thèmes eschatologiques les plus intenses (le séisme de l'Heure) aux rites les plus concrets (le sacrifice, le ṭawāf). Elle s'ouvre sur le tremblement de terre du Jour dernier, passe par les étapes de la création de l'homme, le pèlerinage d'Ibrāhīm, la première permission du combat défensif, et la prosternation universelle de toute la création.
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L'ouverture est un choc : « Ô hommes, craignez votre Seigneur ! Le séisme de l'Heure est une chose immense. » Ce jour-là, toute nourrice oubliera son nourrisson, toute femme enceinte perdra son enfant, et les gens paraîtront ivres sans l'être — c'est le châtiment d'Allah qui est terrible. L'adresse est universelle (yā ayyuhā al-nās) et le style est d'une violence visuelle qui secoue.
Si vous doutez de la résurrection, regardez votre propre création : poussière (turāb), goutte (nuṭfa), caillot (ʿalaqa), chair formée et non-formée (muḍgha). Puis l'enfance, la maturité, la vieillesse où l'on « ne sait plus rien après avoir su ». Celui qui crée cette séquence peut-Il être incapable de recréer ? La preuve embryologique de la résurrection.
Deuxième preuve : la terre desséchée (hāmida) qui, à la pluie, frémit (ihtazzat), gonfle (rabat) et produit de chaque espèce de couple splendide (bahīj). La résurrection de la terre annonce celle des corps.
Parmi les gens, il y a celui qui adore Allah « sur un bord » (ʿalā ḥarf) — au bord d'un précipice, sans ancrage. Si un bien le touche, il est serein ; si une épreuve le frappe, il se retourne (fait volte-face). Il perd la dunyā et l'ākhira — c'est la perte évidente (al-khusrān al-mubīn). Portrait du croyant opportuniste dont la foi dépend des circonstances.
Le verset de la prosternation universelle le plus exhaustif du Coran : ceux qui sont dans les cieux et sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux et beaucoup d'hommes — tous se prosternent devant Allah. L'univers entier est en sujūd. Mais « beaucoup d'hommes » seulement — car l'homme est le seul qui peut refuser. Verset de sajda (1ʳᵉ des deux dans cette sourate).
Deux groupes s'affrontent au sujet de leur Seigneur. Les mécréants : des vêtements de feu découpés pour eux, de l'eau bouillante versée sur leurs têtes. Les croyants : jardins sous lesquels coulent les rivières, bracelets d'or et de perles, vêtements de soie. Le contraste est volontairement violent — le choix est clair.
Allah ordonne à Ibrāhīm : « Fais entendre aux gens l'appel au pèlerinage — ils viendront à pied et sur toute monture élancée, de tout col profond. » L'appel d'Ibrāhīm résonne encore — des millions y répondent chaque année.
Le verset le plus profond sur le sacrifice : « Ni leur chair ni leur sang n'atteint Allah — mais c'est votre taqwā (piété/conscience de Dieu) qui L'atteint. » Le sacrifice physique est un moyen — la finalité est la taqwā intérieure. Ce principe révolutionne la compréhension du rituel : Allah n'a besoin de rien, c'est l'homme qui a besoin de se rapprocher de Lui.
C'est le premier verset du Coran autorisant le combat : « Il est permis à ceux qui sont combattus [de se défendre] parce qu'ils ont été lésés — et Allah est capable de les secourir. Ceux qui ont été expulsés de leurs demeures sans droit, simplement parce qu'ils disaient : Notre Seigneur est Allah. » Le combat est défensif, conditionné par l'oppression, et vise à protéger la liberté de culte — les monastères, les églises, les synagogues et les mosquées sont mentionnés (v. 40).
Six peuples détruits sont rappelés. Le châtiment peut sembler tarder mais : « Un jour auprès de ton Seigneur est comme mille ans de votre calcul. » Le temps divin n'est pas le temps humain — la patience d'Allah n'est pas impuissance.
Allah vous a choisis (ijtabākum), n'a pas mis de gêne dans la religion (mā jaʿala ʿalaykum fī al-dīni min ḥaraj) — la voie d'Ibrāhīm votre père. « C'est Lui qui vous a nommés al-muslimīn (les soumis) auparavant et dans ceci (le Coran). » Le nom « musulman » vient d'Allah Lui-même, depuis Ibrāhīm. La sourate se clôt sur l'injonction au sujūd, à l'ʿibāda et au bien — et la 2ᵉ sajda.