112 versets · Mekkoise · Juzʾ 17 · Unite de la prophetie, unite du message
Sourate Al-Anbiyāʾ est la galerie des prophètes du Coran : elle mentionne Ibrāhīm briseur d'idoles, Lūṭ, Nūḥ, Dāwūd et Sulaymān juges, Ayyūb le patient, Dhū al-Nūn (Yūnus) dans la baleine, Zakariyyā, Maryam, et bien d'autres. Le fil conducteur : chaque prophète a été éprouvé, a invoqué Allah, et a été sauvé. Le message central (v. 92) : « Cette communauté qui est la vôtre est une communauté unique, et Je suis votre Seigneur — adorez-Moi donc. » L'unité de la prophétie, l'unité du message, l'unité de la umma.
Disponible sur ordinateur
Première phrase : « Le compte des hommes s'est rapproché, alors qu'ils sont dans l'insouciance (ghafla), se détournant. » L'Heure est proche à l'échelle divine — mais les hommes sont distraits. Chaque rappel nouveau (dhikr muḥdath) qui leur vient, ils l'écoutent en se jouant (v. 2).
Les cieux et la terre ne sont pas créés pour le jeu (lāʿibīn). « Nous lançons la vérité (al-ḥaqq) contre le faux (al-bāṭil) et elle lui fracasse la tête — et voilà qu'il disparaît. » Image percutante : la vérité est une arme qui écrase le mensonge.
Ibrāhīm réduit les idoles en morceaux sauf la plus grande — « peut-être qu'ils se tourneront vers elle. » Quand ils demandent : « Qui a fait cela ? », il répond : « C'est le grand qui l'a fait — demandez-leur, s'ils parlent ! » Piège logique imparable : s'ils ne parlent pas, pourquoi les adorer ? « Ils revinrent à eux-mêmes et dirent : c'est vous les injustes ! » (v. 64) — un instant de lucidité vite étouffé par l'orgueil.
Ils construisent un bûcher immense et y jettent Ibrāhīm. Allah ordonne au feu : « Ô feu, sois fraîcheur et paix (bardan wa-salāman) pour Ibrāhīm ! » Le feu obéit — il brûle ses liens mais ne le touche pas. Tout l'univers obéit à Allah, même les éléments. Le feu n'est qu'un instrument — il ne peut agir que par la permission divine.
Allah lui donne Isḥāq et Yaʿqūb en surplus (nāfila). Il les fait guides (aʾimma) guidant par Son ordre, et leur inspire les bonnes œuvres, la prière et la zakāt. Le sacrifice d'Ibrāhīm porte ses fruits sur des générations.
Dāwūd et Sulaymān jugent l'affaire d'un champ endommagé par des moutons. Allah « fit comprendre » (fahham) la solution à Sulaymān — un jugement plus juste. Le verset montre que l'ijtihād (effort de réflexion juridique) est une sunna prophétique, et que la jeunesse peut avoir raison face à l'expérience.
Allah a soumis les montagnes et les oiseaux pour glorifier avec Dāwūd. La nature elle-même participait à son tasbīḥ. Sulaymān reçut le vent soumis et la connaissance des démons plongeurs. Chaque prophète reçoit des dons spécifiques adaptés à sa mission.
Ayyūb est touché par le mal. Son invocation est un chef-d'œuvre d'adab avec Allah : il ne se plaint pas — il constate (« le mal m'a touché ») et reconnaît la miséricorde d'Allah (« Tu es le plus Miséricordieux »). Allah l'exauce et le guérit, lui rendant sa famille et autant encore.
Dhū al-Nūn (l'Homme au Poisson = Yūnus) partit en colère, pensant qu'Allah ne le rattraperait pas. Englouti dans les ténèbres (de la nuit, de la mer et du ventre de la baleine), il invoqua : « Lā ilāha illā anta, subḥānaka, innī kuntu min al-ẓālimīn ! » (Pas de dieu sauf Toi, gloire à Toi, j'étais parmi les injustes). Allah l'exauça et le sauva. Puis la promesse universelle : « C'est ainsi que Nous sauvons les croyants. » Ce duʿāʾ, appelé duʿāʾ Yūnus, est un remède pour toute détresse.
Zakariyyā implore : « Seigneur, ne me laisse pas seul — Tu es le meilleur des héritiers. » Allah lui donne Yaḥyā. Puis Maryam : « Celle qui préserva sa chasteté — Nous insufflâmes en elle de Notre Esprit et fîmes d'elle et de son fils un signe pour les mondes. » Maryam et ʿĪsā sont un signe (āya) pour toute l'humanité.
Après la galerie de tous ces prophètes — d'Ibrāhīm à Maryam — la conclusion : « Cette communauté qui est la vôtre est une communauté unique (ummatun wāḥida), et Je suis votre Seigneur — adorez-Moi ! » Tous les prophètes forment une seule umma, portant un seul message : le tawḥīd. Les divisions entre religions sont l'œuvre des hommes, pas de Dieu.
« Nous avons écrit dans le Zabūr (les Psaumes), après le Rappel (la Torah), que la terre sera héritée par Mes serviteurs vertueux (ʿibādiya al-ṣāliḥūn). » Promesse divine inscrite dans les Écritures : la terre finira entre les mains des pieux, pas des tyrans. Ce verset est un des fondements de l'espérance coranique dans la victoire du bien.
Le verset le plus concis et le plus universel sur la mission du Prophète ﷺ : « Nous ne t'avons envoyé que comme miséricorde pour les mondes (raḥmatan lil-ʿālamīn). » Pas seulement pour les Arabes, pas seulement pour les musulmans — pour les mondes entiers. La mission muḥammadienne est universelle et sa nature est la raḥma.
La sourate se clôt sur un duʿāʾ : « Seigneur, juge en vérité ! Et notre Seigneur est al-Raḥmān — Celui dont le secours est recherché contre ce que vous décrivez. » Al-Raḥmān al-Mustaʿān — le Miséricordieux en qui l'on cherche le soutien. Une conclusion qui unit la justice (ḥukm bi-l-ḥaqq) et la miséricorde (al-Raḥmān).