93 versets · Mekkoise · Juzʾ 19–20 · Pouvoir et savoir au service de Dieu
Sourate Al-Naml tire son nom de la fourmi qui avertit sa colonie à l'approche de l'armée de Sulaymān. C'est la sourate du pouvoir guidé : Sulaymān reçoit la royauté, la sagesse et le langage des oiseaux — mais reste humble devant Allah. La sourate déploie cinq récits (Mūsā, Sulaymān-Bilqīs, Ṣāliḥ, Lūṭ) puis clôt par des signes cosmiques et un appel au tawḥīd. Fil conducteur : le savoir et le pouvoir sont des dons d'Allah — la gratitude (shukr) est le test du roi comme du prophète.
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Ouverture par les lettres mystérieuses Ṭā-Sīn. Le Coran est présenté avec deux fonctions : hudā (guidance) et bushrā (bonne annonce) pour les croyants qui prient, donnent la zakāt et croient en l'au-delà avec certitude (v. 2-3). À l'opposé, ceux qui ne croient pas en l'ākhira : Allah embellit leurs actes à leurs yeux et « ils marchent en aveugles » (yaʿmahūn, v. 4).
Le Prophète ﷺ « reçoit » (tulaqqā) le Coran de la part d'un Sage et d'un Savant (v. 6). Ce verset introduit les récits qui suivent : la sagesse de Sulaymān, la science de Mūsā, la puissance d'Allah — tout vient de ce Ḥakīm ʿAlīm.
Mūsā voyage de nuit avec sa famille et aperçoit un feu. Il s'en approche — et c'est Allah qui l'appelle : « Béni soit celui qui est dans le feu et celui qui est autour » (v. 8). Le bâton se transforme en serpent, la main sort blanche sans mal — neuf signes (tisʿ āyāt) sont donnés pour Pharaon. Mais quand ces signes leur vinrent, « ils dirent : c'est de la magie manifeste ! Ils les rejetèrent par injustice et orgueil (ẓulman wa ʿuluwwan), alors qu'en eux-mêmes ils en étaient convaincus » (v. 13-14).
Sulaymān hérite de Dāwūd — non pas les biens, mais la prophétie et le royaume. Il annonce : « Nous avons été enseignés le langage des oiseaux (manṭiq al-ṭayr) et nous avons reçu de toute chose — c'est la grâce manifeste (al-faḍl al-mubīn) » (v. 16). Sulaymān attribue tout à Allah — pas à lui-même. Le pouvoir immense reste cadré par la reconnaissance.
La scène qui donne son nom à la sourate (v. 18) : l'armée de Sulaymān — djinns, hommes et oiseaux en rangs — arrive à la Vallée des Fourmis. Une fourmi dit : « Ô fourmis, entrez dans vos demeures de peur que Sulaymān et ses armées ne vous écrasent sans s'en rendre compte ! » La fourmi protège sa communauté, reconnaît la puissance de Sulaymān, mais note aussi son innocence (« sans s'en rendre compte »). Sulaymān sourit de sa parole et invoque : « Mon Seigneur, inspire-moi de Te remercier pour les bienfaits dont Tu m'as comblé » (v. 19).
Sulaymān inspecte les oiseaux et remarque l'absence de la huppe (hudhud). Il menace de la punir sévèrement — sauf si elle apporte une excuse claire (sulṭān mubīn). La huppe revient avec une nouvelle extraordinaire (v. 22) : « J'ai appris ce que tu ne sais pas — je t'apporte de Sabaʾ une nouvelle certaine. J'ai trouvé une femme qui règne sur eux, dotée de toute chose, et elle possède un trône immense. » La huppe ajoute : « Je l'ai trouvée, elle et son peuple, se prosternant devant le soleil au lieu d'Allah. »
Sulaymān envoie une lettre via la huppe. La reine la lit devant ses notables (v. 29-31) : « Elle est de Sulaymān, et elle commence par : Bismillāh al-Raḥmān al-Raḥīm. Ne vous élevez pas contre moi et venez à moi soumis (muslimīn). » C'est la seule Basmala dans le corps d'une sourate. La reine consulte ses conseillers, envoie un cadeau diplomatique — Sulaymān le refuse et menace de venir avec des armées irrésistibles.
Sulaymān demande qui peut lui apporter le trône de Bilqīs. Un ʿifrīt des djinns propose de le faire avant qu'il se lève de son siège. Mais « celui qui avait une science du Livre » (ʿilm min al-kitāb) — dit être Āṣaf ibn Barkhiyā — propose de le faire « avant que ton regard ne te revienne » (v. 40). Le trône apparaît. Sulaymān dit immédiatement : « Ceci est de la grâce de mon Seigneur — pour m'éprouver : serai-je reconnaissant (ashkur) ou ingrat (akfur) ? » Le thème du shukr atteint son sommet.
Bilqīs est invitée à entrer dans un palais dont le sol est en cristal poli — elle le prend pour de l'eau et relève sa robe. Sulaymān lui dit : « C'est un palais pavé de cristal. » Elle comprend alors que la réalité dépasse les apparences — comme son adoration du soleil était une illusion. Elle déclare : « Mon Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même — et je me soumets avec Sulaymān à Allah, Seigneur des mondes » (v. 44). Elle ne dit pas « je me soumets à Sulaymān » mais « avec Sulaymān à Allah » — sa conversion est à Allah, pas à un roi.
Détail unique à cette sourate : neuf individus (tisʿat rahṭ) semaient le désordre dans la cité (v. 48). Ils complotèrent de tuer Ṣāliḥ et sa famille de nuit, puis de jurer devant leurs proches : « Nous n'avons pas assisté à la destruction de sa famille — nous sommes véridiques ! » (v. 49). Allah retourne leur stratagème : « Regarde quelle fut la fin de leur complot — Nous les avons anéantis, eux et tout leur peuple » (v. 51). Leurs maisons sont vides — « il y a en cela un signe pour un peuple qui sait » (v. 52).
Lūṭ les confronte : « Vous commettez cette turpitude alors que vous voyez (tubṣirūn) ! » (v. 54). Ce n'est pas l'ignorance — c'est la rébellion en pleine conscience. La réponse de son peuple : « Expulsez la famille de Lūṭ de votre cité — ce sont des gens qui se veulent purs ! » (v. 56). La pureté est tournée en dérision. Allah sauve Lūṭ et sa famille sauf sa femme — décretée parmi ceux qui restent — et fait pleuvoir sur eux une pluie de destruction.
Sept questions en cascade, chacune suivie du refrain : « Y a-t-il une divinité avec Allah ? » (a-ilāhun maʿa Llāh ?, v. 60-65). Qui a créé les cieux et la terre ? Fait de la terre un lieu stable ? Fait couler les rivières ? Élevé une barrière entre les deux mers ? Qui répond au désespéré (muḍṭarr) quand il L'invoque ? Qui vous guide dans les ténèbres de la terre et de la mer ? Qui envoie les vents annonciateurs de la pluie ? Chaque question est une preuve — et le silence de l'interlocuteur est la réponse.
Le verset 62 est l'un des plus consolants du Coran : « Qui donc répond au désespéré (muḍṭarr) quand il L'invoque, écarte le mal et fait de vous des lieutenants sur la terre ? Y a-t-il une divinité avec Allah ? » Le muḍṭarr est celui qui n'a plus aucune issue, plus aucun recours — et c'est précisément dans cette détresse absolue que l'invocation est la plus exaucée.
Quand la Parole (le décret de la fin) sera sur le point de s'accomplir, « Nous ferons sortir pour eux une bête de la terre (dābbat al-arḍ) qui leur parlera : les gens ne croyaient pas en Nos signes avec certitude » (v. 82). La dābba est l'un des signes majeurs de l'Heure — une créature qui parlera aux humains et marquera les croyants et les mécréants.
Le Jour où la Trompe (ṣūr) sera soufflée — tous ceux dans les cieux et la terre seront terrifiés, sauf ceux qu'Allah veut épargner. Tous viendront humiliés (dākhirīn). « Et tu verras les montagnes — tu les crois immobiles, alors qu'elles passent comme passent les nuages. C'est l'œuvre d'Allah qui a parfait toute chose » (v. 88).
Le Prophète ﷺ reçoit l'ordre (v. 91-92) : « Il m'a été ordonné d'adorer le Seigneur de cette cité (La Mecque) qu'Il a rendue sacrée — et à Lui appartient toute chose. Il m'a été ordonné d'être parmi les soumis et de réciter le Coran. » La sourate commence par le Coran (v. 1) et se clôt par le Coran — encadrement parfait.
Dernier verset (93) : « Dis : al-ḥamdu li-Llāh — Il vous montrera Ses signes et vous les reconnaîtrez. Et ton Seigneur n'est pas inattentif à ce que vous faites. » La sourate se clôt comme elle s'ouvre : par la louange (ḥamd) et la promesse que les signes seront reconnus — pour celui qui regarde.