بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Sourate Al-Qaṣaṣ — Le Récit

سورة القصص

88 versets · Mekkoise · Juzʾ 20 · Allah eleve les opprimes

Sourate Al-Qaṣaṣ (Le Récit) est la troisième des sourates « Ṭā-Sīn » (Al-Shuʿarāʾ, Al-Naml, Al-Qaṣaṣ). Elle contient le récit le plus détaillé de la vie de Mūsā avant la prophétie : sa naissance, son adoption par Pharaon, le meurtre accidentel de l'Égyptien, sa fuite à Madyan, son mariage, l'appel au buisson ardent, puis sa confrontation avec Pharaon. La sourate ajoute le récit de Qārūn (Coré), l'homme le plus riche qui fut englouti par la terre. Fil conducteur : Allah élève les opprimés (mustaḍʿafūn) et fait chuter les tyrans — la providence divine tisse l'histoire dans les coulisses.

1

Prologue — Nous voulons favoriser les opprimés

Versets 1–6
Ṭā-Sīn-Mīm ; le Livre clair ; Pharaon s'est élevé dans le pays et a divisé ses habitants ; Nous voulons favoriser ceux qui ont été opprimés et en faire des héritiers.
ʿAqīdaProgramme divin pour les opprimés

Le programme divin

وَنُرِيدُ أَن نَّمُنَّ عَلَى ٱلَّذِينَ ٱسْتُضْعِفُوا۟ فِى ٱلْأَرْضِ وَنَجْعَلَهُمْ أَئِمَّةً وَنَجْعَلَهُمُ ٱلْوَٰرِثِينَ ۝ وَنُمَكِّنَ لَهُمْ فِى ٱلْأَرْضِ وَنُرِىَ فِرْعَوْنَ وَهَـٰمَـٰنَ وَجُنُودَهُمَا مِنْهُم مَّا كَانُوا۟ يَحْذَرُونَ

Les versets 5-6 annoncent le programme divin avant même le récit : « Nous voulons favoriser (namunna) ceux qui ont été opprimés (ustuḍʿifū) sur terre, en faire des dirigeants (aʾimma), en faire les héritiers (wārithīn), les établir sur terre, et montrer à Pharaon, Hāmān et leurs armées ce qu'ils redoutaient d'eux. » Le plan est déclaré d'avance — le récit qui suit n'est que son accomplissement. Allah annonce la fin avant le début : les opprimés triompheront.

2

La naissance de Mūsā et la providence

Versets 7–13
La mère de Mūsā inspirée : allaite-le et jette-le dans le fleuve ; la famille de Pharaon le recueille ; sa sœur le suit ; le bébé refuse toutes les nourrices sauf sa mère.
QaṣaṣProvidence divine

L'inspiration à la mère de Mūsā

وَأَوْحَيْنَآ إِلَىٰٓ أُمِّ مُوسَىٰٓ أَنْ أَرْضِعِيهِ ۖ فَإِذَا خِفْتِ عَلَيْهِ فَأَلْقِيهِ فِى ٱلْيَمِّ وَلَا تَخَافِى وَلَا تَحْزَنِىٓ ۖ إِنَّا رَآدُّوهُ إِلَيْكِ وَجَاعِلُوهُ مِنَ ٱلْمُرْسَلِينَ

Allah inspire (waḥy — pas la prophétie, mais l'inspiration maternelle) à la mère de Mūsā un plan en quatre temps (v. 7) : (1) allaite-le, (2) quand tu craindras pour lui, jette-le dans le fleuve, (3) ne crains pas et ne sois pas triste, (4) Nous te le rendrons et en ferons un envoyé. Deux interdictions (ne crains pas, ne sois pas triste) et deux promesses (retour + prophétie). La mère obéit à une injonction qui défie toute logique maternelle — jeter son bébé dans le Nil — par pure confiance en Allah.

Le bébé refuse toutes les nourrices

وَحَرَّمْنَا عَلَيْهِ ٱلْمَرَاضِعَ مِن قَبْلُ فَقَالَتْ هَلْ أَدُلُّكُمْ عَلَىٰٓ أَهْلِ بَيْتٍ يَكْفُلُونَهُۥ لَكُمْ وَهُمْ لَهُۥ نَـٰصِحُونَ

La famille de Pharaon recueille le bébé — Āsiya (femme de Pharaon) s'y attache. Mais le bébé refuse le sein de toutes les nourrices (v. 12) : Allah avait « interdit » (ḥarramnā) les nourrices avant cela. La sœur de Mūsā, qui suivait discrètement, propose : « Voulez-vous que je vous indique une famille qui l'élèvera pour vous ? » Ainsi Mūsā est rendu à sa propre mère — qui est désormais payée par Pharaon pour allaiter le futur libérateur de son peuple. L'ironie divine est à son comble.

La promesse accomplie

فَرَدَدْنَـٰهُ إِلَىٰٓ أُمِّهِۦ كَىْ تَقَرَّ عَيْنُهَا وَلَا تَحْزَنَ وَلِتَعْلَمَ أَنَّ وَعْدَ ٱللَّهِ حَقٌّ وَلَـٰكِنَّ أَكْثَرَهُمْ لَا يَعْلَمُونَ

« Nous le rendîmes à sa mère afin que ses yeux se réjouissent (taqarra ʿaynuhā), qu'elle ne soit pas triste, et qu'elle sache que la promesse d'Allah est vraie (ḥaqq) — mais la plupart des gens ne savent pas » (v. 13). Première promesse accomplie : le retour. La seconde — la prophétie — est en cours de préparation.

3

Le meurtre, la fuite et Madyan

Versets 14–28
Mūsā adulte ; il frappe l'Égyptien qui meurt ; le lendemain, un homme le dénonce ; un informateur l'avertit ; il fuit vers Madyan ; les deux filles au puits ; le mariage avec l'une d'elles ; dix ans de service.
QaṣaṣFuite et refuge

Le meurtre accidentel

وَدَخَلَ ٱلْمَدِينَةَ عَلَىٰ حِينِ غَفْلَةٍ مِّنْ أَهْلِهَا فَوَجَدَ فِيهَا رَجُلَيْنِ يَقْتَتِلَانِ هَـٰذَا مِن شِيعَتِهِۦ وَهَـٰذَا مِنْ عَدُوِّهِۦ ۖ فَٱسْتَغَـٰثَهُ ٱلَّذِى مِن شِيعَتِهِۦ عَلَى ٱلَّذِى مِنْ عَدُوِّهِۦ فَوَكَزَهُۥ مُوسَىٰ فَقَضَىٰ عَلَيْهِ

Mūsā, adulte, entre dans la cité à un moment d'inattention — il trouve deux hommes qui se battent : l'un de son clan (Israélite), l'autre de ses ennemis (Égyptien). L'Israélite appelle Mūsā au secours. Mūsā frappe l'Égyptien d'un coup de poing (wakazahu) — et le tue (v. 15). Immédiatement : « C'est l'œuvre de Shayṭān — il est un ennemi clairement égarant ! Mon Seigneur, je me suis fait du tort — pardonne-moi ! » Allah lui pardonne. Le lendemain, le même Israélite est encore en conflit — Mūsā le réprimande : « Tu es manifestement un égareur ! » (v. 18).

La fuite vers Madyan

وَجَآءَ رَجُلٌ مِّنْ أَقْصَا ٱلْمَدِينَةِ يَسْعَىٰ قَالَ يَـٰمُوسَىٰٓ إِنَّ ٱلْمَلَأَ يَأْتَمِرُونَ بِكَ لِيَقْتُلُوكَ فَٱخْرُجْ إِنِّى لَكَ مِنَ ٱلنَّـٰصِحِينَ

Un homme vient du bout de la ville pour avertir Mūsā : les notables complotent pour le tuer (v. 20). Mūsā fuit — « il sortit, craintif, aux aguets. Il dit : Mon Seigneur, sauve-moi du peuple injuste ! » (v. 21). Il se dirige vers Madyan en disant : « Peut-être mon Seigneur me guidera-t-il vers le droit chemin. »

Les deux filles au puits et l'invocation du démuni

فَسَقَىٰ لَهُمَا ثُمَّ تَوَلَّىٰٓ إِلَى ٱلظِّلِّ فَقَالَ رَبِّ إِنِّى لِمَآ أَنزَلْتَ إِلَىَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ

À Madyan, Mūsā trouve un puits où des bergers abreuvent leurs troupeaux — et deux femmes qui restent à l'écart car leur père est âgé. Mūsā les aide à abreuver sans rien demander. Puis il se retire à l'ombre et invoque (v. 24) : « Mon Seigneur, de tout bien que Tu feras descendre vers moi, je suis en besoin (faqīr). » Invocation d'une humilité totale — pas de demande précise, juste l'aveu du besoin. La réponse vient immédiatement : l'une des filles revient, « marchant avec pudeur (istiḥyāʾ) » — son père l'invite, lui offre le gîte, le couvert, puis le mariage avec l'une de ses filles en échange de huit à dix ans de service (v. 27).

4

L'appel au buisson ardent et le retour en Égypte

Versets 29–35
Mūsā achève son contrat ; il voit un feu au flanc du mont ; la voix d'Allah ; le bâton-serpent ; la main blanche ; Hārūn comme soutien.
QaṣaṣBuisson ardent

La voix au buisson

فَلَمَّآ أَتَىٰهَا نُودِىَ مِن شَـٰطِئِ ٱلْوَادِ ٱلْأَيْمَنِ فِى ٱلْبُقْعَةِ ٱلْمُبَـٰرَكَةِ مِنَ ٱلشَّجَرَةِ أَن يَـٰمُوسَىٰٓ إِنِّىٓ أَنَا۠ ٱللَّهُ رَبُّ ٱلْعَـٰلَمِينَ

Mūsā, de retour vers l'Égypte avec sa famille, voit un feu au flanc du mont Ṭūr. Il s'en approche — et une voix l'appelle depuis la rive droite de la vallée, dans la parcelle bénie, depuis l'arbre : « Ô Mūsā, c'est Moi Allah, le Seigneur des mondes ! » (v. 30). Le bâton se transforme en serpent, la main sort blanche — deux signes. Mūsā demande Hārūn comme soutien car il craint d'être traité de menteur. Allah accepte : « Nous vous donnerons un pouvoir (sulṭān) — ils ne pourront pas vous atteindre » (v. 35).

5

La confrontation avec Pharaon et la noyade

Versets 36–42
Pharaon accuse Mūsā de sorcier ; Hāmān, construis-moi une tour pour atteindre le Dieu de Mūsā ! Pharaon et ses armées noyés ; pas d'aide au Jour dernier.
QaṣaṣChute de Pharaon

La tour de Hāmān

وَقَالَ فِرْعَوْنُ يَـٰٓأَيُّهَا ٱلْمَلَأُ مَا عَلِمْتُ لَكُم مِّنْ إِلَـٰهٍ غَيْرِى فَأَوْقِدْ لِى يَـٰهَـٰمَـٰنُ عَلَى ٱلطِّينِ فَٱجْعَل لِّى صَرْحًا لَّعَلِّىٓ أَطَّلِعُ إِلَىٰٓ إِلَـٰهِ مُوسَىٰ

Pharaon dit à ses notables : « Je ne vous connais pas de divinité autre que moi ! Hāmān, allume-moi un feu sur l'argile et construis-moi une tour — peut-être atteindrai-je le Dieu de Mūsā — et je le crois menteur ! » (v. 38). L'arrogance atteint son paroxysme : il se déclare seul dieu et tente physiquement d'atteindre Allah par une tour. La tour de Pharaon est le symbole de la mégalomanie humaine face à la transcendance divine.

La noyade et la malédiction

فَأَخَذْنَـٰهُ وَجُنُودَهُۥ فَنَبَذْنَـٰهُمْ فِى ٱلْيَمِّ ۖ فَٱنظُرْ كَيْفَ كَانَ عَـٰقِبَةُ ٱلظَّـٰلِمِينَ ۝ وَجَعَلْنَـٰهُمْ أَئِمَّةً يَدْعُونَ إِلَى ٱلنَّارِ ۖ وَيَوْمَ ٱلْقِيَـٰمَةِ لَا يُنصَرُونَ

Allah saisit Pharaon et ses armées et les jeta dans la mer (v. 40). Puis un verdict éternel : « Nous en avons fait des modèles (aʾimma) qui appellent au Feu — et au Jour de la Résurrection ils ne seront pas secourus » (v. 41). Contraste parfait avec le verset 5 : les opprimés deviendront des « aʾimma » (guides) — Pharaon et les siens aussi sont des « aʾimma », mais vers l'Enfer.

6

Le Coran donné à Muḥammad ﷺ — parallèle avec Mūsā

Versets 43–55
Nous avons donné le Livre à Mūsā ; tu n'étais pas au flanc ouest du mont ; Nous avons envoyé des messagers ; les Gens du Livre qui reconnaissent la vérité.
DaʿwaPreuve de la Révélation

Tu n'étais pas présent — c'est une révélation

وَمَا كُنتَ بِجَانِبِ ٱلْغَرْبِىِّ إِذْ قَضَيْنَآ إِلَىٰ مُوسَى ٱلْأَمْرَ وَمَا كُنتَ مِنَ ٱلشَّـٰهِدِينَ

Argument de l'authenticité (v. 44-46) : « Tu n'étais pas au flanc ouest (du mont) quand Nous avons confié la mission à Mūsā — tu n'étais pas parmi les témoins. Tu n'étais pas sur le flanc du Ṭūr quand Nous avons appelé. » Le Prophète ﷺ raconte des événements qu'il n'a pas vécus avec une précision qui ne peut venir que de la Révélation. C'est la preuve interne du Coran.

Ceux d'entre les Gens du Livre qui croient

ٱلَّذِينَ ءَاتَيْنَـٰهُمُ ٱلْكِتَـٰبَ مِن قَبْلِهِۦ هُم بِهِۦ يُؤْمِنُونَ ۝ وَإِذَا يُتْلَىٰ عَلَيْهِمْ قَالُوٓا۟ ءَامَنَّا بِهِۦٓ إِنَّهُ ٱلْحَقُّ مِن رَّبِّنَآ إِنَّا كُنَّا مِن قَبْلِهِۦ مُسْلِمِينَ

Ceux qui ont reçu le Livre avant le Coran y croient — quand il leur est récité, ils disent : « Nous y croyons — c'est la vérité de notre Seigneur. Nous étions déjà soumis (muslimīn) avant lui » (v. 52-53). Ils recevront double récompense (ajr marratayn) pour avoir cru aux deux Révélations, pour avoir enduré et repoussé le mal par le bien (v. 54).

7

Les excuses des Quraysh et la souveraineté d'Allah

Versets 57–75
Si nous suivons la guidance, nous serons arrachés de notre terre ; combien de cités détruites qui jouissaient de leur vie ! Ton Seigneur crée et choisit ; Il connaît ce que cachent les poitrines ; Il est Allah — pas d'autre divinité.
TawḥīdSouveraineté divine

L'excuse des Quraysh

وَقَالُوٓا۟ إِن نَّتَّبِعِ ٱلْهُدَىٰ مَعَكَ نُتَخَطَّفْ مِنْ أَرْضِنَآ ۚ أَوَلَمْ نُمَكِّن لَّهُمْ حَرَمًا ءَامِنًا يُجْبَىٰٓ إِلَيْهِ ثَمَرَٰتُ كُلِّ شَىْءٍ

Les Quraysh disent : « Si nous suivons la guidance avec toi, nous serons arrachés de notre terre » (v. 57). Allah rétorque : « Ne leur avons-Nous pas établi un sanctuaire sûr (ḥaram āmin) vers lequel affluent les fruits de toute chose ? » La sécurité de La Mecque est un bienfait d'Allah — pas le fruit de leur force. Leur excuse est un prétexte.

Ton Seigneur crée et choisit

وَرَبُّكَ يَخْلُقُ مَا يَشَآءُ وَيَخْتَارُ ۗ مَا كَانَ لَهُمُ ٱلْخِيَرَةُ ۚ سُبْحَـٰنَ ٱللَّهِ وَتَعَـٰلَىٰ عَمَّا يُشْرِكُونَ

Affirmation de la souveraineté absolue (v. 68) : « Ton Seigneur crée ce qu'Il veut et choisit (yakhtār) — le choix ne leur appartient pas. Gloire à Allah, bien au-dessus de ce qu'ils Lui associent ! » Allah choisit Ses prophètes, Ses livres, Ses peuples — le choix divin n'est pas soumis aux préférences humaines.

La nuit et le jour — bienfait et signe

قُلْ أَرَءَيْتُمْ إِن جَعَلَ ٱللَّهُ عَلَيْكُمُ ٱلَّيْلَ سَرْمَدًا إِلَىٰ يَوْمِ ٱلْقِيَـٰمَةِ مَنْ إِلَـٰهٌ غَيْرُ ٱللَّهِ يَأْتِيكُم بِضِيَآءٍ

Deux questions hypothétiques (v. 71-72) : « Si Allah faisait la nuit éternelle — qui d'autre vous apporterait la lumière ? Si Allah faisait le jour éternel — qui d'autre vous apporterait la nuit pour vous reposer ? » L'alternance nuit/jour est un bienfait si quotidien qu'on l'oublie — mais l'imaginer supprimé force la gratitude.

8

Qārūn — la richesse qui engloutit

Versets 76–82
Qārūn du peuple de Mūsā ; ses trésors dont les clés pesaient sur un groupe d'hommes forts ; « ne te réjouis pas — Allah n'aime pas les exultants » ; la terre l'engloutit.
QaṣaṣQārūn et l'orgueil

Les clés que des hommes forts pouvaient à peine porter

إِنَّ قَـٰرُونَ كَانَ مِن قَوْمِ مُوسَىٰ فَبَغَىٰ عَلَيْهِمْ ۖ وَءَاتَيْنَـٰهُ مِنَ ٱلْكُنُوزِ مَآ إِنَّ مَفَاتِحَهُۥ لَتَنُوٓأُ بِٱلْعُصْبَةِ أُو۟لِى ٱلْقُوَّةِ

Qārūn (Coré biblique) était du peuple de Mūsā — un Israélite, pas un Égyptien. Il reçut des trésors si immenses que « les clés en pesaient sur un groupe d'hommes forts (ʿuṣba ūlī l-quwwa) » (v. 76). Son peuple lui dit : « Ne te réjouis pas (lā tafraḥ) — Allah n'aime pas les exultants (fariḥīn). Recherche par ce qu'Allah t'a donné la Demeure dernière, sans oublier ta part d'ici-bas, et fais le bien comme Allah t'a fait du bien, et ne recherche pas le désordre sur terre » (v. 77). Le conseil parfait : équilibre entre dunyā et ākhira.

C'est grâce à ma science !

قَالَ إِنَّمَآ أُوتِيتُهُۥ عَلَىٰ عِلْمٍ عِندِىٓ ۚ أَوَلَمْ يَعْلَمْ أَنَّ ٱللَّهَ قَدْ أَهْلَكَ مِن قَبْلِهِۦ مِنَ ٱلْقُرُونِ مَنْ هُوَ أَشَدُّ مِنْهُ قُوَّةً وَأَكْثَرُ جَمْعًا

Qārūn répond : « C'est grâce à une science (ʿilm) que je possède que j'ai reçu cela » (v. 78) — il s'attribue le mérite de sa richesse. Allah rétorque : « Ne sait-il pas qu'Allah a détruit avant lui des générations plus fortes et plus riches que lui ? »

La terre l'engloutit

فَخَسَفْنَا بِهِۦ وَبِدَارِهِ ٱلْأَرْضَ فَمَا كَانَ لَهُۥ مِن فِئَةٍ يَنصُرُونَهُۥ مِن دُونِ ٱللَّهِ وَمَا كَانَ مِنَ ٱلْمُنتَصِرِينَ

Quand Qārūn sortit devant son peuple dans toute sa parure — ceux qui désiraient la dunyā dirent : « Si seulement nous avions comme lui ! » Mais la terre l'engloutit, lui et sa maison (khasafnā bihi wa bi-dārihi l-arḍ, v. 81). Le lendemain, ceux qui l'enviaient dirent : « Malheur ! Allah élargit le rizq à qui Il veut et le restreint. Sans la grâce d'Allah, Il nous aurait engloutis aussi ! » (v. 82). L'envie des richesses disparaît instantanément devant la réalité de la mort.

9

Épilogue — La Demeure dernière et la promesse au Prophète ﷺ

Versets 83–88
La Demeure dernière pour ceux qui ne cherchent ni l'élévation ni le désordre ; celui qui vient avec une bonne action ; Celui qui t'a imposé le Coran te ramènera à un lieu de retour (maʿād) ; tout périt sauf Son Visage.
ʿAqīdaTout périt sauf Son Visage

La Demeure dernière — pour les humbles

تِلْكَ ٱلدَّارُ ٱلْأَخِرَةُ نَجْعَلُهَا لِلَّذِينَ لَا يُرِيدُونَ عُلُوًّا فِى ٱلْأَرْضِ وَلَا فَسَادًا ۚ وَٱلْعَـٰقِبَةُ لِلْمُتَّقِينَ

Après Pharaon (ʿuluww — élévation) et Qārūn (fasād — désordre), le verset 83 donne la condition du Paradis : « Cette Demeure dernière, Nous la réservons à ceux qui ne recherchent ni l'élévation sur terre ni le désordre. Et la fin heureuse (ʿāqiba) est pour les pieux (muttaqīn). » Deux négations : pas de ʿuluww, pas de fasād — c'est-à-dire ni orgueil ni corruption. Le Paradis est pour les humbles.

Il te ramènera à un lieu de retour

إِنَّ ٱلَّذِى فَرَضَ عَلَيْكَ ٱلْقُرْءَانَ لَرَآدُّكَ إِلَىٰ مَعَادٍ

Verset de consolation au Prophète ﷺ, révélé lors de la hijra alors qu'il quittait La Mecque, le cœur lourd (v. 85) : « Celui qui t'a imposé le Coran te ramènera certes à un lieu de retour (maʿād). » Ibn ʿAbbās a dit : le maʿād est La Mecque — la promesse du retour victorieux (la conquête de l'an 8). Pour d'autres, c'est le Paradis ou la résurrection. Dans tous les cas : celui qui a reçu la mission recevra aussi l'accomplissement.

Tout périt sauf Son Visage

وَلَا تَدْعُ مَعَ ٱللَّهِ إِلَـٰهًا ءَاخَرَ ۘ لَآ إِلَـٰهَ إِلَّا هُوَ ۚ كُلُّ شَىْءٍ هَالِكٌ إِلَّا وَجْهَهُۥ ۚ لَهُ ٱلْحُكْمُ وَإِلَيْهِ تُرْجَعُونَ

Dernier verset (88) : « N'invoque pas avec Allah un autre dieu. Pas de divinité en dehors de Lui. Toute chose est périssable sauf Son Visage (wajhahu). À Lui le jugement et c'est vers Lui que vous serez ramenés. » La sourate qui a commencé par l'oppression de Pharaon se clôt par la vérité ultime : seul Allah demeure. Le trône de Pharaon, les trésors de Qārūn, la tour de Hāmān — tout a péri. Seul le Visage d'Allah reste.

🧠 Grille mnémotechnique — Structure d'Al-Qaṣaṣ

1
Programme divin
v. 1–6
2
Naissance & providence
v. 7–13
3
Meurtre & Madyan
v. 14–28
4
Buisson ardent
v. 29–35
5
Pharaon & tour
v. 36–42
6
Coran = preuve
v. 43–55
7
Quraysh & nuit/jour
v. 57–75
8
Qārūn englouti
v. 76–82
9
Maʿād & Visage
v. 83–88