Al-Fārūq · 2ᵉ calife · ~584 – 23 H / 644
ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb al-Fārūq, deuxième calife de l'Islam, fut l'un des hommes les plus puissants et les plus craints de Quraysh avant sa conversion. Combattant farouche, ambassadeur dans la jāhiliyya, il devint après une transformation spectaculaire l'un des piliers de la communauté musulmane et l'architecte de l'État islamique. Son califat de dix ans vit l'effondrement de l'empire perse, la conquête du Shām et de l'Égypte, l'instauration du calendrier hégirien, du dīwān, et la libération de Jérusalem par le pacte ʿumarī. Il fut assassiné dans le miḥrāb pendant la prière de Fajr.
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Le Prophète ﷺ a dit : « Allah a placé la vérité sur la langue et dans le cœur de ʿUmar. »
Source : at-Tirmidhī (n°3682) et Aḥmad, d'après Ibn ʿUmar — hadith ḥasan ṣaḥīḥ
Nom complet : ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb ibn Nufayl, des Banū ʿAdiyy ibn Kaʿb de Quraysh — clan plus modeste que celui des grandes familles, mais respecté. Sa lignée rejoint celle du Prophète ﷺ chez Kaʿb ibn Luʾayy, à la huitième génération. Kunya : Abū Ḥafṣ. Surnom : al-Fārūq — celui qui distingue le vrai du faux — donné par le Prophète ﷺ après sa conversion. Naissance : environ 13 ans après l'année de l'éléphant, donc ~584. Profession pré-islamique : berger dans son enfance pour son père sévère, puis marchand entre Makka, le Shām et le Yémen ; il était l'ambassadeur de Quraysh — celui qu'on envoyait pour les conflits délicats. Stature : grand, fort, lutteur célèbre des marchés de ʿUkāẓ ; on disait qu'il dépassait les hommes assis quand il était lui-même debout. Caractère : sévère mais juste, ascète extrême au pouvoir. Décès : 26 Dhū l-Ḥijja de l'an 23 H (novembre 644), assassiné à 60 ans par Abū Luʾluʾa al-Majūsī. Enterré aux côtés du Prophète ﷺ et d'Abū Bakr.
ʿUmar grandit dans la rudesse. Son père al-Khaṭṭāb était sévère et le faisait paître les chamelles dans des conditions pénibles ; ʿUmar dira plus tard, calife : « J'étais un berger qui paissait pour les filles de mon oncle, recevant en récompense quelques dattes. » Il devint l'un des rares Quraychites à savoir lire et écrire — chiffre estimé à 17 hommes à cette époque dans Makka. Il était de stature imposante, lutteur réputé sur les foires de ʿUkāẓ, et pratiquait le commerce caravanier vers le Shām l'été et vers le Yémen l'hiver.
Quraysh lui confiait les missions diplomatiques, car il alliait éloquence, fermeté et autorité naturelle. Lorsque l'Islam apparut, ʿUmar fut l'un de ses opposants les plus farouches. Il participa à la persécution des musulmans, en particulier de l'esclave Lubayna, qu'il battait jusqu'à se reposer en disant « Je n'ai cessé que par fatigue ». Le Prophète ﷺ adressa pourtant à Allah une invocation célèbre : « Ô Allah, fortifie l'Islam par celui qui T'est le plus aimé d'Abū Jahl ʿAmr ibn Hishām ou de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb » (at-Tirmidhī, n°3681). Allah agréa le second.
À environ 27 ans et la sixième année de la prophétie, ʿUmar sortit un jour, l'épée ceinte, déterminé à tuer le Prophète ﷺ. En chemin, un homme lui dit : « Commence d'abord par ta propre maison : ta sœur Fāṭima bint al-Khaṭṭāb et son mari Saʿīd ibn Zayd ont embrassé l'Islam. » ʿUmar furieux changea de direction. Arrivant chez eux, il entendit la lecture du Coran, qu'ils faisaient sur un manuscrit avec le compagnon Khabbāb ibn al-Aratt. Il frappa son beau-frère, blessa sa sœur au visage, puis, voyant le sang, fut pris d'un trouble. Il dit : « Donnez-moi cet écrit que je le voie. » Sa sœur refusa : « Tu es impur, et nul ne le touche que purifié. » Il se leva, se lava, puis lut les premiers versets de la sourate Ṭāhā : ﴿طَهٰ ۞ مَا أَنْزَلْنَا عَلَيْكَ الْقُرْآنَ لِتَشْقَىٰ﴾ — « Nous n'avons pas fait descendre sur toi le Coran pour que tu sois malheureux ». Il s'écria : « Comme cette parole est noble ! Conduisez-moi à Muḥammad. »
Khabbāb le mena à la maison d'al-Arqam ibn Abī l-Arqam, sur la colline d'aṣ-Ṣafā, où les musulmans se cachaient. Le Prophète ﷺ l'accueillit, le saisit par la garde de son épée et dit : « Que veux-tu, ʿUmar ? Allah ne te laissera pas en paix tant que tu ne seras pas frappé d'humiliation comme al-Walīd ibn al-Mughīra. » ʿUmar prononça la shahāda. Aussitôt, il dit : « Ô Messager d'Allah, ne sommes-nous pas sur la vérité, morts ou vifs ? Pourquoi prions-nous en cachette ? » Le Prophète ﷺ sortit en deux files — Ḥamza d'un côté, ʿUmar de l'autre — et les musulmans prièrent publiquement à la Kaʿba pour la première fois. Ce jour-là, le Prophète ﷺ le surnomma al-Fārūq. Ibn Masʿūd a dit : « Nous n'avons cessé d'être puissants depuis que ʿUmar a embrassé l'Islam. »
ʿUmar émigra à Madīna ouvertement, contrairement à la plupart : il fit le tour de la Kaʿba, pria deux rakʿa, puis dit aux Quraychites : « Que celui qui veut que sa mère le pleure, que ses enfants soient orphelins ou que sa femme soit veuve, me retrouve derrière cette vallée ! » Aucun ne le suivit. Il participa ensuite à toutes les batailles du Prophète ﷺ : Badr, Uḥud, Khandaq, Banū Qurayẓa, Khaybar, Mecque, Ḥunayn, Ṭāʾif, Tabūk. À Badr, il exécuta son propre oncle maternel ennemi de l'Islam.
Plusieurs avis de ʿUmar furent confirmés par la descente de versets — d'où le concept des muwāfaqāt ʿUmar. Parmi les plus connues :
Lors du traité de Ḥudaybiyya (6 H), ʿUmar fut bouleversé par les conditions apparemment défavorables et alla questionner le Prophète ﷺ. Plus tard, il se reprochera ce moment toute sa vie : « J'ai prié, jeûné, fait l'aumône et affranchi des esclaves par crainte de ce que j'avais dit ce jour-là. » Sa fille Ḥafṣa, veuve de Khunays ibn Ḥudhāfa tombé après Badr, fut épousée par le Prophète ﷺ — scellant à nouveau le lien familial entre les futurs deux premiers califes. À Tabūk (9 H), ʿUmar offrit la moitié de ses biens, croyant pour la première fois battre Abū Bakr en générosité, mais constatant qu'Abū Bakr avait tout donné, il dit : « Je ne te devancerai jamais en aucune chose. »
À sa désignation par Abū Bakr en l'an 13 H, ʿUmar prit le titre nouveau d'Amīr al-Muʾminīn (Commandeur des croyants), plus modeste que Khalīfat Allāh. Sous son commandement, l'armée de Saʿd ibn Abī Waqqāṣ écrasa l'empire perse à al-Qādisiyya (15-16 H), prit la capitale al-Madāʾin (Ctésiphon) en 16 H, puis remporta la bataille décisive de Nihāwand (« la victoire des victoires », fatḥ al-futūḥ, 21 H). Au Shām, l'armée d'Abū ʿUbayda et de Khālid ibn al-Walīd remporta la grande bataille de Yarmūk (15 H) contre Byzance, libérant Damas, Ḥimṣ, Antioche.
Lorsque les armées musulmanes assiégèrent Jérusalem, le patriarche Sophronius exigea de remettre les clefs personnellement au calife. ʿUmar accomplit le voyage depuis Madīna avec un seul serviteur et une seule chamelle, alternant la monture entre eux : il entra à Jérusalem alors que c'était le tour du serviteur d'être à dos. Il y signa le célèbre pacte ʿumarī garantissant aux chrétiens leurs vies, leurs églises et leurs croix. Quand on lui demanda de prier dans l'église du Saint-Sépulcre, il refusa pour ne pas créer un précédent permettant aux musulmans de la transformer en mosquée. Il tira ainsi la grande leçon : « Nous étions le peuple le plus humilié, Allah nous a élevés par l'Islam ; si nous cherchons l'élévation par autre chose qu'Allah, Il nous humiliera. »
ʿUmar transforma l'organisation de l'État :
Le 26 Dhū l-Ḥijja 23 H, en dirigeant la prière du fajr, ʿUmar fut poignardé six fois par Abū Luʾluʾa Fīrūz al-Majūsī, esclave perse de al-Mughīra ibn Shuʿba. Il survécut trois jours, désigna une shūrā de six hommes parmi les promis au Paradis — ʿUthmān, ʿAlī, Ṭalḥa, az-Zubayr, Saʿd, ʿAbd ar-Raḥmān — pour choisir son successeur. Il demanda à sa fille ʿĀʾisha — par l'intermédiaire de son fils ʿAbdullāh — la permission d'être enterré aux côtés du Prophète ﷺ et d'Abū Bakr ; elle accepta. Ses dernières paroles furent : « Malheur à moi et malheur à ma mère si Allah ne me pardonne pas ! »