Dhū n-Nūrayn · 3ᵉ calife · ~576 – 35 H / 656
ʿUthmān ibn ʿAffān, surnommé Dhū n-Nūrayn — « celui aux deux lumières » — pour avoir épousé successivement deux filles du Prophète ﷺ, est l'un des dix promis au Paradis et le troisième calife de l'Islam. Riche marchand des Banū Umayya à la pudeur légendaire, il fut l'un des tout premiers convertis. Son califat de douze ans vit la canonisation du muṣḥaf, l'expansion vers l'Afrique du Nord, l'Arménie et le Khorasan, et la création de la première flotte musulmane. Il fut assassiné dans sa maison à Madīna, le Coran ouvert sur les genoux, lisant le verset ﴿فَسَيَكْفِيكَهُمُ اللَّهُ﴾.
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ʿUthmān a dit : « Le Prophète ﷺ a dit : "Celui qui creusera (achètera) le puits de Rūma aura le Paradis." Et je l'ai creusé. »
Source : al-Bukhārī (n°2778), at-Tirmidhī (n°3699) — défense de ʿUthmān le jour du siège de sa maison
Nom complet : ʿUthmān ibn ʿAffān ibn Abī l-ʿĀṣ ibn Umayya, des Banū Umayya de Quraysh — clan rival de Banū Hāshim mais lié à la branche prophétique par la lignée de ʿAbd Manāf, à la cinquième génération. Kunya : Abū ʿAbdillāh, puis Abū ʿAmr. Surnom : Dhū n-Nūrayn — « possesseur des deux lumières » — pour avoir épousé deux filles du Prophète ﷺ : Ruqayya puis Umm Kulthūm. Naissance : environ six ans après l'année de l'éléphant. Profession : marchand parmi les plus riches de Quraysh, héritier d'une grande fortune commerciale d'étoffes. Caractère : al-Bukhārī rapporte que les anges eux-mêmes éprouvent de la pudeur (ḥayāʾ) face à lui. Le Prophète ﷺ se voilait quand il s'asseyait avec ʿUmar et Abū Bakr, mais s'arrangeait dignement quand ʿUthmān entrait, en disant : « Comment ne pas avoir pudeur de quelqu'un dont les anges ont pudeur ? ». Avant l'Islam, il était déjà connu pour ne jamais avoir bu de vin ni commis de fornication. Décès : 18 Dhū l-Ḥijja de l'an 35 H (juin 656), à 82 ans environ. Enterré au cimetière al-Baqīʿ.
ʿUthmān naquit à Ṭāʾif environ six ans après l'année de l'éléphant. Il appartenait aux Banū Umayya, branche puissante de Quraysh — son père ʿAffān ibn Abī l-ʿĀṣ était un commerçant prospère, et sa mère Arwā bint Kurayz était cousine paternelle du Prophète ﷺ par sa grand-mère Umm Ḥakīm al-Bayḍāʾ, sœur jumelle de ʿAbdullāh père du Prophète ﷺ. Cette parenté maternelle expliquera la proximité particulière qui le liera plus tard au Prophète ﷺ. Il hérita d'une grande fortune et fit fructifier le négoce d'étoffes ; il était parmi les hommes les plus riches de Quraysh.
Avant même l'Islam, ʿUthmān se distinguait par une pureté morale exceptionnelle : il n'avait jamais bu de vin, jamais commis de fornication, jamais chanté de poèmes obscènes ni participé aux orgies de la jāhiliyya. Il dira lui-même plus tard : « Je n'ai jamais touché mon sexe de ma main droite depuis que j'ai prêté allégeance au Messager d'Allah. » Il était reconnu pour sa douceur, sa générosité innée et sa pudeur extrême — qualités qui faisaient qu'on l'aimait spontanément à Makka avant même qu'il n'embrasse l'Islam.
ʿUthmān fut amené à l'Islam par son ami proche Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq, dans les tout premiers jours de la mission. Il fait partie des as-sābiqūn al-awwalūn — les devanciers — figurant parmi les quatre ou cinq premiers hommes libres convertis : ʿAlī, Abū Bakr, Zayd ibn Ḥāritha, ʿUthmān, Saʿd, Ṭalḥa, az-Zubayr. Il avait alors environ trente-quatre ans. Son oncle al-Ḥakam ibn Abī l-ʿĀṣ l'attacha avec une corde et le battit pour qu'il revienne à la religion ancestrale, mais ʿUthmān resta ferme : « Par Allah, je ne reviendrai jamais à cela, et je ne quitterai jamais ma religion ! »
Peu après sa conversion, le Prophète ﷺ lui donna en mariage sa fille Ruqayya, qui était précédemment fiancée à ʿUtba ibn Abī Lahab — fiançailles rompues par Abū Lahab quand la sourate al-Masad fut révélée. Ce mariage fit de ʿUthmān le gendre du Prophète ﷺ et scella son entrée dans l'élite spirituelle de la communauté naissante.
Quand la persécution s'aggrava à Makka, le Prophète ﷺ ordonna à un premier groupe de musulmans d'émigrer vers l'Abyssinie chez le Négus chrétien. ʿUthmān y partit avec son épouse Ruqayya en l'an 5 de la prophétie. Le Prophète ﷺ dit à leur sujet : « Ce sont les premiers à émigrer vers Allah depuis Lūṭ et son peuple. » Ils firent ensuite la grande Hijra à Madīna.
Lors de la bataille de Badr (2 H), Ruqayya tomba gravement malade. Le Prophète ﷺ ordonna à ʿUthmān de rester à Madīna pour la soigner. Elle mourut le jour même de la victoire, à l'arrivée de Zayd ibn Ḥāritha annonçant la nouvelle. Le Prophète ﷺ lui attribua néanmoins la part du butin et la récompense d'un combattant de Badr — ce qui le compte parmi les ahl Badr. Quelque temps après, le Prophète ﷺ lui donna en mariage sa seconde fille Umm Kulthūm, puis dit : « Si j'en avais une troisième, je te l'aurais aussi donnée. » D'où le surnom Dhū n-Nūrayn, le possesseur des deux lumières — aucun homme dans l'histoire après les prophètes n'a épousé deux filles d'un prophète.
À Madīna, l'eau douce manquait. Un juif possédait le puits de Rūma et vendait l'eau aux musulmans. Le Prophète ﷺ promit le Paradis à qui l'achèterait pour les musulmans. ʿUthmān en acheta d'abord la moitié, puis l'intégralité, et le donna en waqf. Il agrandit aussi la mosquée du Prophète ﷺ. À l'expédition de Tabūk (9 H), dans la canicule extrême et la disette, ʿUthmān finança une grande partie de l'armée : 300 chameaux entièrement équipés et 1 000 dīnārs en or qu'il versa dans le giron du Prophète ﷺ. Le Prophète ﷺ dit alors : « Rien ne nuira plus à ʿUthmān après aujourd'hui. »
À Ḥudaybiyya (6 H), le Prophète ﷺ envoya ʿUthmān comme émissaire à Quraysh à cause de son réseau familial chez les Umayyades. Une rumeur courut qu'il avait été tué. Le Prophète ﷺ rassembla aussitôt les compagnons sous un arbre et reçut leur serment de combattre jusqu'à la mort — la bayʿat ar-Riḍwān, mentionnée dans al-Fatḥ 48, v. 18 : ﴿لَقَدْ رَضِيَ اللَّهُ عَنِ الْمُؤْمِنِينَ إِذْ يُبَايِعُونَكَ تَحْتَ الشَّجَرَةِ﴾. Le Prophète ﷺ dit alors : « Voici la main de ʿUthmān », et frappa de sa propre main droite sur sa main gauche pour ʿUthmān — mérite unique : sa main d'allégeance fut la main même du Prophète ﷺ.
Désigné par la shūrā de ʿUmar — sur la voix décisive de ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf qui consulta toute la communauté pendant trois jours — ʿUthmān prit le califat à 70 ans environ. Sous lui, l'expansion ne cessa pas :
Pendant les conquêtes, des divergences de lecture du Coran apparurent dans les nouvelles régions — on entendait les soldats de Shām et d'Iraq se reprocher mutuellement leurs récitations. Ḥudhayfa ibn al-Yamān revint alarmé et dit à ʿUthmān : « Sauve cette communauté avant qu'elle ne diverge sur le Livre comme les juifs et les chrétiens ! » ʿUthmān demanda à Ḥafṣa les feuilles compilées sous Abū Bakr, forma une commission présidée par Zayd ibn Thābit avec ʿAbdullāh ibn az-Zubayr, Saʿīd ibn al-ʿĀṣ et ʿAbd ar-Raḥmān ibn al-Ḥārith, et fit copier plusieurs muṣḥafs selon le dialecte de Quraysh, en respectant les sept lectures (ḥurūf) authentiques. Il envoya un exemplaire à Madīna, Makka, Kūfa, Baṣra, Shām, et fit brûler les manuscrits divergents. Le texte que nous lisons aujourd'hui descend directement de ce muṣḥaf ʿuthmānien.
À partir de l'an 30 H, des troubles éclatent. Les opposants reprochent à ʿUthmān d'avoir nommé des proches de sa famille umayyade aux gouvernorats. Des agitateurs venus de Kūfa, Baṣra et Fusṭāṭ — environ 2 000 hommes — assiègent sa maison à Madīna pendant 40 jours au mois de Dhū l-Qaʿda et Dhū l-Ḥijja 35 H. ʿUthmān refuse de combattre, par fidélité à un hadith où le Prophète ﷺ lui aurait annoncé qu'il serait tué injustement. Il interdit même à ses défenseurs — al-Ḥasan, al-Ḥusayn, ʿAbdullāh ibn az-Zubayr — de tirer l'épée pour lui. Le 18 Dhū l-Ḥijja 35 H, les rebelles entrèrent par-derrière. ʿUthmān était assis lisant le Coran. Sa femme Nāʾila bint al-Furāfiṣa tenta de protéger sa tête et perdit ses doigts. Il fut frappé alors qu'il lisait le verset ﴿فَسَيَكْفِيكَهُمُ اللَّهُ وَهُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ﴾ — « Allah te suffira contre eux, et Il est l'Audient, l'Omniscient » (al-Baqara 2, v. 137). Son sang coula sur la page. Il avait 82 ans.