Ḥafṣa bint ʿUmar · Fille d'ʿUmar · Gardienne du muṣḥaf · ~605 – 45 H
Ḥafṣa bint ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb est la fille du second calife et la quatrième épouse du Prophète ﷺ. Née à Makka environ cinq ans avant la mission, elle hérita de la fermeté de son père et d'une piété tournée vers le jeûne et la prière de nuit. Elle fut d'abord mariée jeune à Khunays ibn Ḥudhāfa as-Sahmī, compagnon ancien et émigré d'Abyssinie. Quand celui-ci mourut peu après les blessures reçues à Uḥud (an 3 H), ʿUmar, dans son chagrin, voulut la remarier. Il alla d'abord proposer à ʿUthmān, qui refusa délicatement ; puis à Abū Bakr, qui se tut sans donner de réponse. ʿUmar en fut blessé. Mais quand le Prophète ﷺ proposa lui-même de l'épouser, et qu'il l'épousa, Abū Bakr expliqua : « Rien ne m'empêchait de répondre, sinon que je savais que le Prophète ﷺ l'avait évoquée — je ne pouvais divulguer son secret. » Mariée au Prophète ﷺ en Shaʿbān 3 H, Ḥafṣa fut louée par Jibrīl comme « jeûneuse-veilleuse, et c'est ton épouse au Paradis ». Elle devint la gardienne du premier muṣḥaf compilé par Zayd ibn Thābit sous Abū Bakr — c'est sur ce muṣḥaf que ʿUthmān fera plus tard copier les versions canoniques. Elle mourut en 45 H sous Muʿāwiya, à environ 60 ans, et fut enterrée à al-Baqīʿ.
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« Reprends Ḥafṣa : car elle est jeûneuse et veilleuse de prière, et elle est ton épouse au Paradis. »
Source : Rapporté par al-Ḥākim dans al-Mustadrak (n°6753, déclaré ṣaḥīḥ) et an-Nasāʾī dans as-Sunan al-Kubrā (n°9269) — d'après ʿAmmār ibn Yāsir et Anas ibn Mālik
Ḥafṣa naquit à Makka environ cinq ans avant la mission prophétique, dans la maison d'ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb. Elle était l'aînée des filles d'ʿUmar par sa femme Zaynab bint Maẓʿūn — la sœur d'ʿUthmān ibn Maẓʿūn, qui sera le premier émigré enterré à Baqīʿ. Son frère ʿAbdullāh ibn ʿUmar, qui sera l'un des plus grands traditionnistes, naîtra peu après. Ḥafṣa hérita du tempérament ferme de son père et de la piété de la maison Maẓʿūn. Quand ʿUmar embrassa l'islam à la sixième année de la mission, toute sa maison le suivit.
Ḥafṣa fut mariée jeune à Khunays ibn Ḥudhāfa as-Sahmī, l'un des Compagnons des premières heures, émigré d'Abyssinie dans la deuxième vague, puis de Madīna lors de la Hijra. C'était un homme pieux, présent à Badr aux côtés du Prophète ﷺ. À Uḥud en l'an 3 H, Khunays reçut des blessures graves dont il ne se remit pas. Il mourut peu après le retour à Madīna, laissant Ḥafṣa veuve à environ vingt ans, sans enfants. ʿUmar fut profondément affligé et se mit en quête d'un nouveau mari pour sa fille.
ʿUmar raconte lui-même l'épisode (Bukhārī n°4005, n°5122) : « Quand Ḥafṣa devint veuve, je rencontrai ʿUthmān ibn ʿAffān et lui proposai : "Si tu le veux, je te marie Ḥafṣa." Il dit : "Je vais voir ce que je décide." Je laissai passer plusieurs nuits, puis il revint vers moi et dit : "Il m'apparaît que je ne dois pas me marier en ce moment." » ʿUthmān venait juste de perdre sa femme Ruqayya, fille du Prophète ﷺ, à Badr — il portait encore le deuil. Mais en réalité, comme on le verra, son refus avait une autre raison.
ʿUmar continue : « Je rencontrai Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq et lui proposai : "Si tu le veux, je te marie Ḥafṣa bint ʿUmar." Abū Bakr garda le silence et ne me répondit absolument rien. J'en fus plus blessé qu'avec ʿUthmān. » Plusieurs jours passèrent. ʿUmar broyait du noir.
Quelques nuits plus tard, le Prophète ﷺ envoya quérir ʿUmar et lui demanda Ḥafṣa en mariage. « Je la mariai au Messager d'Allah ﷺ. » Le mariage fut célébré en Shaʿbān 3 H. Peu après, Abū Bakr croisa ʿUmar et lui dit : « Tu as peut-être trouvé en moi un grief quand tu m'as proposé Ḥafṣa et que je ne t'ai pas répondu ? » — « Oui. » — « Rien ne m'a empêché de te répondre quand tu m'as proposé, sinon que je savais que le Messager d'Allah ﷺ l'avait évoquée. Je ne pouvais divulguer le secret du Messager d'Allah ﷺ. Si le Prophète ﷺ ne l'avait pas prise, je l'aurais acceptée. » ʿUthmān, lui, savait par d'autres canaux la même chose — d'où son refus délicat. Cet épisode illustre la fidélité absolue d'Abū Bakr au secret du Prophète ﷺ, jusqu'au prix d'une apparente offense à son ami ʿUmar.
Plusieurs versions existent — Bukhārī n°4912 et Muslim n°1474 préservent les deux. Selon la première, le Prophète ﷺ buvait régulièrement du miel chez Zaynab bint Jaḥsh ; ʿĀʾisha et Ḥafṣa, par jalousie, complotèrent pour qu'il pense que son haleine sentait l'odeur du maghāfīr (gomme amère). Il jura alors de ne plus en boire. Selon la seconde version, le Prophète ﷺ se trouvait dans la chambre de Ḥafṣa avec sa servante Māriya al-Qibṭiyya — Ḥafṣa l'apprit, en fut bouleversée, et le Prophète ﷺ jura de ne plus s'approcher de Māriya pour l'apaiser, lui demandant de garder le secret. Ḥafṣa le confia à ʿĀʾisha. Allah lui révéla le secret divulgué.
Sourate at-Taḥrīm (66) versets 1 à 5 descendit alors :
﴿يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ لِمَ تُحَرِّمُ مَا أَحَلَّ اللَّهُ لَكَ ۖ تَبْتَغِي مَرْضَاتَ أَزْوَاجِكَ ۚ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ﴾
« Ô Prophète, pourquoi t'interdis-tu ce qu'Allah t'a rendu licite, cherchant à plaire à tes épouses ? » (at-Taḥrīm 66:1)
Et plus loin : ﴿إِن تَتُوبَا إِلَى اللَّهِ فَقَدْ صَغَتْ قُلُوبُكُمَا﴾ — appel au repentir adressé aux deux épouses. Le serment fut annulé par kaffāra.
À la suite de cet épisode — ou d'un autre selon les rapports —, le Prophète ﷺ répudia Ḥafṣa une seule fois. ʿUmar, en l'apprenant, se versa de la cendre sur la tête en disant : « Allah n'a plus à se soucier de Ḥafṣa après cela ! » Mais Jibrīl descendit immédiatement et dit au Prophète ﷺ (al-Ḥākim n°6753, Nasāʾī n°9269, ṣaḥīḥ) :
« Reprends Ḥafṣa, car elle est jeûneuse et veilleuse de prière, et elle est ton épouse au Paradis. »
Le Prophète ﷺ la reprit. Cette louange — ṣawwāma qawwāma — est devenue son éloge attaché à son nom dans l'histoire de l'islam.
Sous le califat d'Abū Bakr, après les pertes de qurrāʾ à Yamāma (an 12 H), ʿUmar pressa Abū Bakr de faire compiler le Coran. Zayd ibn Thābit fut chargé de cette tâche. Le manuscrit, écrit sur des feuillets (ṣuḥuf) et lié, resta avec Abū Bakr de son vivant. À sa mort, il passa à ʿUmar. À la mort d'ʿUmar (assassiné en 23 H), il fut confié à Ḥafṣa, sa fille, par disposition explicite du défunt — pour sa piété et sa science du Coran. Ḥafṣa garda ces feuillets précieux. C'est cette copie qu'ʿUthmān, en l'an 25 H, lui empruntera pour faire copier les versions canoniques envoyées dans les capitales (Madīna, Makka, Kūfa, Baṣra, Damas, Yémen, Baḥrayn). Sans Ḥafṣa, l'histoire textuelle du Coran aurait été différente.
En l'an 25 H, Ḥudhayfa ibn al-Yamān revint d'Arménie alarmé : les soldats d'Iraq et de Syrie se disputaient sur la lecture du Coran, certains accusant les autres de mal lire. Il pressa ʿUthmān : « Ô Commandeur des croyants, sauve cette communauté avant qu'elle ne diverge sur le Livre comme les juifs et les chrétiens. » ʿUthmān envoya à Ḥafṣa : « Envoie-nous les feuillets pour que nous les copiions, puis nous te les rendrons. » Ḥafṣa les envoya. Zayd ibn Thābit, ʿAbdullāh ibn az-Zubayr, Saʿīd ibn al-ʿĀṣ et ʿAbd ar-Raḥmān ibn al-Ḥārith furent chargés de la copie — au dialecte des Quraysh en cas de divergence. Plusieurs copies furent réalisées et envoyées dans les grandes garnisons. Le manuscrit original fut rendu à Ḥafṣa, qui le garda jusqu'à sa mort (al-Bukhārī n°4987).
Quand Ḥafṣa mourut en 45 H, son frère ʿAbdullāh ibn ʿUmar hérita des feuillets. Le gouverneur de Madīna pour Muʿāwiya, Marwān ibn al-Ḥakam, exigea qu'il les lui remette. Ibn ʿUmar finit par les lui donner, et Marwān les fit lacérer et brûler, disant : « J'ai fait cela parce que je craignais qu'avec le temps, quelqu'un n'y trouve quelque chose qui diverge des copies d'ʿUthmān et que cela créé du doute. » Cette destruction, controversée mais expliquée par cette raison, fait de la copie qu'a gardée Ḥafṣa la matrice unique perdue dont seules les copies canoniques ʿuthmaniennes sont les filles fidèles.
Ḥafṣa resta à Madīna toute sa vie de veuve, ne quittant pas sa chambre — qui lui revenait par héritage du Prophète ﷺ — sauf pour le pèlerinage et la prière. Elle ne participa pas au Jamel (à la différence de ʿĀʾisha), restant dans la qarn fī l-buyūt. Elle jeûnait régulièrement — fidèle à la louange de Jibrīl —, priait la nuit, transmettait le hadith à ses neveux et nièces. ʿAbdullāh ibn ʿUmar, Ḥamza ibn ʿAbdillāh ibn ʿUmar, Ḥārith ibn ʿAbdillāh et plusieurs Tābiʿūn rapportèrent d'elle environ 60 hadiths.
Ḥafṣa mourut à Madīna en Shaʿbān 45 H (~665 G), à environ 60 ans, sous le califat de Muʿāwiya ibn Abī Sufyān. Marwān ibn al-Ḥakam, alors gouverneur, dirigea la prière. Elle fut enterrée à al-Baqīʿ, parmi les Mères des croyants. Son frère ʿAbdullāh ibn ʿUmar descendit dans sa tombe, comme l'aurait fait son père ʿUmar s'il avait vécu.