Umm Salama Hind · La sage · Dernière épouse à mourir · ~580 – 62 H
Umm Salama Hind bint Abī Umayya ibn al-Mughīra al-Makhzūmiyya est la sixième épouse du Prophète ﷺ et l'une des plus sages voix de la première génération. Issue des Banū Makhzūm — la branche la plus puissante de Quraysh —, elle fut d'abord mariée à son cousin Abū Salama ʿAbdullāh ibn ʿAbd al-Asad, frère de lait du Prophète ﷺ et l'un des tout premiers convertis. Avec lui, elle émigra deux fois en Abyssinie et donna naissance à quatre enfants — Salama, ʿUmar, Zaynab et Durra. Lors de la Hijra à Madīna, sa famille la sépara cruellement de son mari et de son fils ; elle resta un an à Makka, pleurant chaque jour à al-Abṭaḥ, jusqu'à ce que les siens la libèrent. Le voyage fut accompli seule, son fils sur les genoux, escortée par ʿUthmān ibn Ṭalḥa. Veuve après les blessures d'Uḥud, elle fut épousée par le Prophète ﷺ en l'an 4 H. À Ḥudaybiyya, son sage conseil — « Sors et sacrifie toi-même, ils suivront » — sauva la situation. Elle vit la révélation du verset de la purification (al-Aḥzāb 33). Elle survécut à toutes les autres épouses du Prophète ﷺ et mourut en l'an 62 H, à environ 84 ans, sous le règne de Yazīd, dans le contexte tragique de Karbalāʾ. Elle fut enterrée à al-Baqīʿ.
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« Tout musulman qu'atteint un malheur, et qui dit ce qu'Allah a ordonné — "À Allah nous appartenons et à Lui nous retournons. Ô Allah, accorde-moi récompense dans mon malheur, et donne-moi mieux à la place" — Allah lui donnera certainement mieux à la place. »
Source : Rapporté par Muslim (n°918) — d'après Umm Salama elle-même, qui avait récité cette invocation à la mort d'Abū Salama et à qui Allah donna le Prophète ﷺ « à la place »
Hind bint Abī Umayya naquit vers 580 G à Makka, dans la maison la plus prestigieuse de Quraysh : les Banū Makhzūm, dont sortiraient aussi Khālid ibn al-Walīd et — du côté opposé — Abū Jahl. Son père Abū Umayya Suhayl portait le surnom de Zād ar-Rākib (« Provision du voyageur ») parce qu'il nourrissait les caravanes entières sur sa propre fortune. Hind hérita de cette générosité familiale et d'une éducation noble.
Elle fut mariée jeune à son cousin paternel ʿAbdullāh ibn ʿAbd al-Asad, surnommé Abū Salama. Ce dernier avait un lien particulier avec le Prophète ﷺ : sa mère Barra bint ʿAbd al-Muṭṭalib était la tante du Prophète ﷺ, et il avait été allaité par Thuwayba, l'esclave d'Abū Lahab qui avait aussi allaité brièvement Muḥammad ﷺ — ils étaient donc frères de lait. Abū Salama embrassa l'islam parmi les tout premiers, juste après Abū Bakr selon certaines sources. Hind le suivit immédiatement.
Quand la persécution s'intensifia, le Prophète ﷺ ordonna l'émigration en Abyssinie. Hind et Abū Salama partirent dans la première vague (an 5 de la mission) puis revinrent à Makka, et repartirent dans la seconde vague plus large quand ils virent que la situation à Makka demeurait précaire. Ils restèrent en Abyssinie sous la protection du Najāshī jusqu'à apprendre — par fausse rumeur — la conversion massive des Quraysh. Ils revinrent à Makka pour découvrir que la persécution continuait. C'est là, à Makka, que naquirent leurs enfants Salama, ʿUmar, Zaynab et Durra.
Hind raconte elle-même cette épreuve, rapportée par Ibn Isḥāq et Ibn Hishām. Quand Abū Salama décida d'émigrer à Madīna, il prépara son chameau, fit monter sa femme et son fils Salama, et partit. Au sortir de Makka, des hommes des Banū Mughīra (la sous-branche maternelle d'Hind) les arrêtèrent : « Quant à toi, Abū Salama, tu peux aller où tu veux. Mais notre fille — par quel droit l'emmènes-tu loin de nous ? » Ils arrachèrent Hind du chameau. Les Banū ʿAbd al-Asad (la branche paternelle d'Abū Salama) accoururent : « Si vous lui prenez la femme, vous ne lui prendrez pas le fils ! » Ils arrachèrent Salama à sa mère — au point de lui démettre l'épaule, dit la tradition. Abū Salama partit seul à Madīna. Hind resta seule à Makka, sans son mari, sans son fils.
Pendant presque un an entier, Hind sortait chaque matin et s'asseyait à al-Abṭaḥ (la vallée à l'est de Makka, sur la route de Madīna), où elle pleurait jusqu'au soir. Un homme des Banū Mughīra, voyant cette désolation, finit par dire à sa famille : « Ne libérerez-vous pas cette pauvre femme ? Vous avez séparé entre elle et son mari, et entre elle et son fils ! » Ils consentirent. Les Banū ʿAbd al-Asad, voyant cela, lui rendirent aussi son fils.
Hind monta sur son chameau, son fils sur les genoux, et partit seule sur la route de Madīna. À at-Tanʿīm, elle croisa ʿUthmān ibn Ṭalḥa (alors encore polythéiste, gardien des clés de la Kaʿba). Il lui demanda : « Où vas-tu, ô fille d'Abū Umayya ? » — « À Madīna, rejoindre mon mari. » — « Personne avec toi ? » — « Personne, sinon Allah et ce petit. » Il prit la corde du chameau et l'escorta personnellement durant tout le voyage. Quand venait l'étape, il faisait agenouiller le chameau, s'écartait pour qu'elle descende, puis se tournait dos, dressait la tente, prenait soin du chameau, et dormait à l'écart. Quand elle remontait, il prenait la corde sans la regarder. À l'arrivée à Qubāʾ, il dit : « Ton mari est dans ce village. Entre avec la bénédiction d'Allah. » Et il repartit à Makka. Hind dira : « Je ne connais pas, dans la jāhiliyya, de famille plus noble que celle d'Abū Ṭalḥa. » ʿUthmān ibn Ṭalḥa se convertirait plus tard et serait celui à qui le Prophète ﷺ rendrait les clés de la Kaʿba à la conquête.
À Uḥud en l'an 3 H, Abū Salama reçut une blessure profonde au bras. Il sembla guérir, et le Prophète ﷺ l'envoya même conduire l'expédition de Qaṭan. Mais la plaie se rouvrit et s'infecta. En Jumādā II 4 H, Abū Salama agonisa. Hind était à son chevet. Le Prophète ﷺ vint, et au moment où Abū Salama rendit l'âme, le Prophète ﷺ lui ferma les yeux et invoqua pour lui. Puis il enseigna à Hind l'invocation rapportée par Muslim (n°918) :
« إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ ۖ اللَّهُمَّ آجِرْنِي فِي مُصِيبَتِي وَأَخْلِفْ لِي خَيْرًا مِنْهَا »
« À Allah nous appartenons et à Lui nous retournons. Ô Allah, accorde-moi récompense dans mon malheur et donne-moi mieux à la place. »
Hind protesta intérieurement : « Qui pourrait être meilleur qu'Abū Salama ? » Mais elle récita quand même. « Et Allah me donna à la place le Messager d'Allah ﷺ. »
Quand son ʿidda fut achevée, le Prophète ﷺ envoya Ḥāṭib ibn Abī Baltʿa demander sa main. Hind répondit avec sa franchise célèbre : « Je suis une femme jalouse, et je suis une femme qui a des enfants, et personne de mes proches n'est présent. » Le Prophète ﷺ répondit : « Quant à la jalousie, j'invoquerai Allah pour qu'Il l'ôte de toi. Quant aux enfants, ils sont à la charge d'Allah et de Son messager. Quant à tes proches absents, aucun d'eux ne désapprouvera. » Le mariage fut conclu en Shawwāl 4 H. Hind devint Umm Salama, du nom de son fils.
En l'an 6 H, lors du traité de Ḥudaybiyya, le Prophète ﷺ ordonna aux Compagnons d'égorger leurs offrandes et de se raser la tête, mettant fin à l'iḥrām, alors que le pèlerinage avait été refusé par Quraysh. Les Compagnons, désemparés et choqués par les concessions du traité, restèrent immobiles — personne ne bougea. Le Prophète ﷺ répéta l'ordre trois fois ; rien. Il rentra dans sa tente et confia à Umm Salama : « Les gens ont péri ! Je leur ai ordonné et ils n'ont pas obéi ! » Umm Salama dit alors les paroles qui firent l'histoire (Bukhārī n°2731-2732) :
« Ô Messager d'Allah, voudrais-tu cela ? Sors, ne dis pas un mot à personne, fais égorger ta bête, appelle ton barbier et qu'il te rase. »
Le Prophète ﷺ sortit, n'adressa la parole à personne, fit égorger sa bête, appela son barbier qui le rasa. Aussitôt, les Compagnons se précipitèrent pour égorger leurs bêtes et se raser, certains se rasant les uns les autres dans la précipitation, tant ils étaient désolés d'avoir tardé. L'intuition d'Umm Salama avait dénoué une situation qui menaçait de tourner mal.
Un jour, le Prophète ﷺ recouvrit ʿAlī, Fāṭima, al-Ḥasan et al-Ḥusayn sous son manteau (kisāʾ) et invoqua : « Ô Allah, ceux-ci sont les gens de ma maison ; écarte d'eux la souillure et purifie-les complètement. » Umm Salama, qui était présente, demanda : « Et moi avec eux, ô Messager d'Allah ? » Il répondit : « Tu es à ton bien, et tu es au bien. » (Tirmidhī n°3205, ṣaḥīḥ). C'est dans cette occasion que descendit le verset al-Aḥzāb 33 : ﴿إِنَّمَا يُرِيدُ اللَّهُ لِيُذْهِبَ عَنكُمُ الرِّجْسَ أَهْلَ الْبَيْتِ وَيُطَهِّرَكُمْ تَطْهِيرًا﴾. Umm Salama est ainsi témoin direct de la révélation du verset le plus important sur les Ahl al-Bayt.
Après la mort du Prophète ﷺ, Umm Salama vécut près d'un demi-siècle à Madīna. Elle transmit environ 378 hadiths, ce qui en fait l'une des plus prolifiques transmettrices après ʿĀʾisha. Ses hadiths concernent particulièrement :
Umm Salama était profondément attachée à al-Ḥasan et al-Ḥusayn, qu'elle avait vus enfants sous le manteau du Prophète ﷺ. Selon plusieurs traditions, elle avait gardé une fiole de terre rouge que le Prophète ﷺ lui avait donnée, en disant : « Quand cette terre se transformera en sang, ce sera le signe que mon petit-fils Ḥusayn aura été tué. » Le 10 Muḥarram 61 H, à Karbalāʾ, al-Ḥusayn fut massacré avec sa famille. Umm Salama, à Madīna, vit la fiole devenir rouge sang. Elle pleura et invoqua. La nouvelle confirmée arriva peu après. Certaines traditions placent sa mort juste après cette nouvelle ; d'autres disent qu'elle vécut encore quelques mois.
Umm Salama mourut à Madīna en l'an 62 H (~681 G), sous le règne de Yazīd ibn Muʿāwiya, à environ 84 ans. Abū Hurayra dirigea sa prière funéraire selon la tradition la plus répandue (mais lui-même mourut en 59 H, donc cette information est contestée — il s'agit plutôt de Saʿīd ibn Zayd ou d'un autre Compagnon vivant). Elle fut enterrée à al-Baqīʿ, parmi les autres Mères des croyants. Avec elle s'éteignit la dernière voix vivante du foyer du Prophète ﷺ — toutes les autres épouses étaient mortes avant elle.