Salmān al-Fārisī · Le Persan · Le chercheur de vérité · ? – 35 H
Salmān al-Fārisī — le Persan — est l'un des Compagnons les plus singuliers et les plus aimés du Prophète ﷺ. Né dans un village d'Iṣfahān, fils d'un chef zoroastrien (dihqān) gardien du feu sacré, il quitta tout — famille, religion, statut — pour entreprendre une quête de vérité qui le mena de Perse à Mossoul, puis à Niṣībin, puis à ʿAmmūriya, en Syrie, et finalement à Yathrib (la future Madīna), où chaque maître chrétien mourant lui désignait le suivant. Sa quête s'acheva quand un dernier moine prédit la venue d'un Prophète à Arabie — qui vivrait modestement, n'accepterait pas l'aumône, accepterait le cadeau, et porterait le sceau de la prophétie entre les épaules. Trahi par une caravane des Banū Kalb qui le vendit comme esclave à Madīna, Salmān y attendit. Quand le Prophète ﷺ arriva à Quba, il lui apporta des dattes — d'abord en aumône (refusée), puis en cadeau (acceptée), puis vit le sceau. Il embrassa l'islam. Il ne combattit Badr ni Uḥud — encore esclave —, mais c'est lui qui, à al-Khandaq (5 H), suggéra de creuser le fossé qui sauva Madīna. Le Prophète ﷺ déclara : « Salmān est de nous, Ahl al-Bayt ». Il termina sa vie comme gouverneur ascétique de Madāʾin — l'ancienne capitale persane — vivant de pain sec et reversant son salaire aux pauvres.
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« Salmān est des nôtres, des Gens de la Maison (Ahl al-Bayt). »
Source : Rapporté par al-Ḥākim dans al-Mustadrak (n°6539) et aṭ-Ṭabarānī dans al-Kabīr — adoption spirituelle exceptionnelle
Salmān naquit dans le village de Jayy près d'Iṣfahān, en Perse, fils du dihqān — chef du village. La famille était zoroastrienne stricte ; son père l'aimait au point de le garder comme une fille jalousement gardée. Le jeune Salmān (qu'on appelait alors Rūzbah) fut chargé du maintien du feu sacré, que les zoroastriens devaient maintenir allumé sans interruption, le feu étant adoré comme manifestation de l'Ahura Mazdā. Sa vie était entièrement consacrée à la liturgie ancestrale.
Un jour, son père lui confia une commission dans une de ses propriétés rurales. En chemin, Salmān passa devant une église chrétienne. Curieux, il entra. Il vit les chrétiens accomplir leurs prières — un rituel qui lui parut, instinctivement, plus juste que le culte du feu. Il s'arrêta toute la journée, posa des questions, et leur demanda où se trouvait la source de cette religion. On lui dit : « En Syrie. » De retour, il rapporta cette découverte à son père, qui l'enchaîna dans la maison pour empêcher tout départ. Salmān, déterminé, attendit la première caravane qui passait par le village, parvint à informer un commerçant chrétien, brisa ses chaînes, et s'évada.
Salmān raconta lui-même son périple à ʿAbdullāh ibn ʿAbbās dans un long récit conservé par Ibn Isḥāq, Aḥmad et al-Ḥākim. Il rejoignit la Syrie et se mit au service d'un évêque dans une église, qu'il découvrit corrompu (s'enrichissant sur les aumônes). Quand l'évêque mourut, son successeur fut un homme pieux, et Salmān resta avec lui jusqu'à sa mort. Sur son lit de mort, le maître lui dit : « Va à Mossoul, là vit un homme pieux qui suit la même voie. » Salmān partit pour Mossoul. Le maître y mourut à son tour et l'envoya à Niṣībin. Le maître de Niṣībin le redirigea vers ʿAmmūriya (en Anatolie centrale). Là, le maître mourant lui dit : « Mon fils, par Allah, je ne connais plus aucun homme sur terre qui suive cette voie pure. Mais le temps est venu : un Prophète va surgir en terre d'Arabie ; il émigrera vers une terre entre deux régions de pierres noires (deux ḥarra), pleine de palmiers ; il se reconnaît à trois signes — il n'accepte pas l'aumône, il accepte le cadeau, et il porte le sceau de la prophétie entre les épaules. Si tu peux y aller, fais-le. »
Salmān vendit le peu qu'il possédait et paya une caravane des Banū Kalb pour le mener en Arabie. Mais en chemin, ils le trahirent et le vendirent comme esclave à un Juif de Wādī al-Qurā, qui à son tour le revendit à un autre Juif des Banū Qurayẓa de Madīna. Salmān travaillait dans la palmeraie de son maître, le cœur serré : il était arrivé à la terre prédite, mais comme esclave, sans pouvoir bouger ni rechercher le Prophète annoncé. Pourtant, l'élément géographique du signe coïncidait — la ville entre deux ḥarra, pleine de palmiers, c'était bien Madīna.
Quand la Hijra eut lieu et que le Prophète ﷺ arriva à Quba aux portes de Madīna, Salmān entendit la rumeur. Le cœur battant, il rassembla tout ce qu'il avait pu mettre de côté en dattes mûres, monta sur le palmier de son maître pour les cueillir. Il vint à Quba pendant que le Prophète ﷺ s'y reposait. Il déposa les dattes devant lui et dit : « Ceci est une aumône (ṣadaqa). » Le Prophète ﷺ se tourna vers ses Compagnons et dit : « Mangez. » — sans en prendre lui-même. Premier signe vérifié : il n'accepte pas l'aumône.
Plus tard, quand le Prophète ﷺ s'installa à Madīna, Salmān apporta une nouvelle cueillette de dattes et dit : « Ceci est un cadeau (hadiyya). » Cette fois, le Prophète ﷺ en mangea et invita ses Compagnons à manger. Deuxième signe vérifié. Pour le troisième, Salmān suivit le Prophète ﷺ qui sortait pour un enterrement à al-Baqīʿ. Il tourna autour de lui, espérant voir entre les épaules le sceau prédit. Le Prophète ﷺ comprit immédiatement, jeta son manteau en arrière et exposa son dos. Salmān vit alors le sceau de la prophétie — masse de chair de la taille d'un œuf de pigeon — entre les épaules. Il s'effondra en larmes, embrassa le sceau, et raconta toute son histoire au Prophète ﷺ. Le Prophète ﷺ l'invita à raconter ce récit aux Compagnons, et la sourate al-Baqara fut citée par certains commentateurs en lien avec son parcours.
Salmān était toujours esclave. Le Prophète ﷺ lui dit : « Demande à ton maître de te libérer par contrat (mukātaba). » Le Juif des Banū Qurayẓa lui imposa un prix exorbitant : planter 300 jeunes palmiers qui prendraient tous racine, et payer 40 oqiyya d'or (un poids considérable). Le Prophète ﷺ ordonna aux Compagnons de l'aider — chacun apporta cinq, dix, ou vingt jeunes palmiers. Quand vint le moment de planter, le Prophète ﷺ dit : « Salmān, creuse les trous, et quand tu auras fini appelle-moi : c'est moi qui les planterai de mes mains. » Le Prophète ﷺ planta lui-même les 300 palmiers ; pas un seul ne mourut. Quant à l'or, un mineur ramena un jour un morceau de la taille d'un œuf — le Prophète ﷺ le donna à Salmān : « Prends ceci et paie ta dette. » Salmān se justifia : « Mais ô Messager d'Allah, comment cela suffira-t-il pour 40 oqiyya ? » Le Prophète ﷺ pesa lui-même : il y eut bien 40 oqiyya exactement, voire un excédent (al-Bukhārī rapporte la version courte ; le récit complet est chez Aḥmad et Ibn Isḥāq). Salmān fut affranchi.
En Shawwāl 5 H, une coalition de 10 000 hommes — Quraysh, Ghaṭafān, Banū Asad et autres tribus — marcha sur Madīna pour exterminer les musulmans. Le Prophète ﷺ tint un conseil de guerre. Les avis étaient divisés. Salmān se leva alors et dit : « Ô Messager d'Allah, en Perse, quand nous étions encerclés par une cavalerie, nous creusions un fossé (khandaq) autour de nos positions. » L'idée fut adoptée. Pendant six jours, sous un froid mordant et la faim, les Compagnons creusèrent un fossé sur le côté nord de Madīna — seul flanc accessible à la cavalerie. Quand la coalition arriva, elle resta bloquée devant le fossé, ne sachant comment l'aborder. Après un mois de siège infructueux, un vent froid et une discorde interne firent lever le siège. Madīna fut sauvée par cette innovation persane que Salmān avait apportée. Allah révéla des versets de sourate al-Aḥzāb à propos de cet épisode.
Pendant le creusement, Salmān buta sur une énorme pierre qu'il ne parvenait pas à briser. Il appela le Prophète ﷺ. Le Messager d'Allah ﷺ prit la pioche, dit « Bismillāh », et frappa la pierre une première fois — un éclair jaillit. Il dit : « Allāhu Akbar ! On m'a donné les clés du Shām ; je vois les palais rouges des Byzantins en cet instant. » Il frappa une deuxième fois — un second éclair : « Allāhu Akbar ! On m'a donné les clés de la Perse ; je vois en cet instant le palais blanc d'al-Madāʾin (Ctésiphon). » Une troisième fois — un troisième éclair : « Allāhu Akbar ! On m'a donné les clés du Yémen ; je vois en cet instant les portes de Ṣanʿāʾ. » (rapporté par Aḥmad, an-Nasāʾī, al-Ḥākim). Toutes ces conquêtes se réaliseront.
Pendant le creusement, les Compagnons souffraient de la faim — ils s'attachaient des pierres au ventre pour calmer la sensation. Jābir ibn ʿAbdillāh raconte (al-Bukhārī, Muslim) que voyant le Prophète ﷺ affamé, il demanda à sa femme de préparer ce qu'elle pouvait — un agneau et une mesure d'orge. Le Prophète ﷺ accepta l'invitation mais convoqua tout le peuple du fossé — environ 1 000 hommes. Jābir était terrifié. Mais le Prophète ﷺ posa sa main bénie sur la marmite, fit sa duʿā, et tous les Compagnons mangèrent à satiété — la marmite restant pleine à la fin. C'est l'un des plus célèbres miracles alimentaires de la Sīra.
Lors du creusement, une dispute amicale éclata : les Muhājirūn disaient « Salmān est des nôtres », les Anṣār disaient « Non, Salmān est des nôtres ». Le Prophète ﷺ trancha avec une parole qui devint célèbre : « Salmān est de nous, Ahl al-Bayt » (rapporté par al-Ḥākim, aṭ-Ṭabarānī). Cette adoption spirituelle est unique parmi les Compagnons : Salmān, le Persan, l'ancien esclave, devint « des Gens de la Maison » du Prophète ﷺ. Il participa également à al-Khaybar, la conquête de Makka, Ḥunayn et Tabūk.
Quand le calife ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb conquit la Perse et que Madāʾin (Ctésiphon, près de l'actuelle Bagdad) — capitale de l'empire sassanide — tomba aux mains des musulmans, ʿUmar nomma Salmān gouverneur de la ville. Le choix était d'une rare élégance : un Persan revenait gouverner sa terre d'origine, mais comme musulman et comme représentant du calife. Salmān refusa initialement — il fuyait toutes les charges — mais ʿUmar insista. Salmān accepta, à la condition de ne prendre aucun salaire qu'il ne gagnerait par son propre travail.
Salmān, gouverneur, vivait dans la mosquée de Madāʾin, sans maison, sans serviteur, habillé d'une seule pièce d'étoffe rapiécée. Quand on lui versait un salaire (ʿUmar finit par insister), il le reversait intégralement aux pauvres et continuait à vivre du fruit de son travail manuel. Il tissait des couvertures de palmes pour quelques pièces, et mangeait du pain sec avec un peu de sel. Une fois, alors qu'il portait sur sa tête un fagot pour quelqu'un — qui ne savait pas qu'il était le gouverneur — un homme l'interpella avec mépris : « Esclave, porte-moi cela ! » Salmān prit le fagot sur sa tête. Quand on lui dit : « C'est le gouverneur ! », il répondit calmement : « Cela ne change rien. » Sa simplicité devint légendaire.
Salmān fut également l'un des grands savants parmi les Compagnons, l'un des premiers à fournir un tafsīr étendu du Coran. Il connaissait le syriaque, le persan, l'arabe, et avait une compréhension exceptionnelle des Écritures précédentes. ʿAlī ibn Abī Ṭālib disait de lui : « Salmān est de la science d'Adam et de la sagesse de Luqmān. » Il transmit également de nombreux ḥadīths, notamment sur le iʿtikāf et la quête de Laylat al-Qadr.
Salmān mourut à Madāʾin en 35 H (~656 G), pendant le califat d'ʿUthmān. Sur son lit de mort, dans une masure presque vide, il pleurait. Ses proches lui demandèrent : « Pourquoi pleures-tu, ô Salmān ? » Il regarda autour de lui — il n'y avait qu'une écuelle, une cuvette d'ablutions, et quelques vieux chiffons — et répondit : « Le Prophète ﷺ nous a recommandé que la part du voyageur dans cette vie ne soit que comme la provision d'un cavalier ; et voilà, je laisse encore tout cela, j'ai peur que ces chiffons soient un superflu au Jour du jugement. » Certaines sources lui prêtent un âge de 250 ans (récit faible et fantaisiste), mais la version la plus probable est qu'il mourut autour de 80 ans. Il fut enterré à Madāʾin, où sa tombe — Salmān Pāk — est encore visitée aujourd'hui en Iraq.