ʿAbdullāh ibn Masʿūd · Le sixième converti · Maître de la récitation · ? – 32 H
ʿAbdullāh ibn Masʿūd, surnommé Ibn Umm ʿAbd (« le fils de la mère de ʿAbd »), est l'un des Compagnons les plus singuliers : petit, frêle, à la voix grêle, mais dont le Prophète ﷺ a dit que ses jambes pesaient plus lourd à la balance que la montagne d'Uḥud. Sixième converti de l'islam après une rencontre miraculeuse avec le Prophète ﷺ et Abū Bakr alors qu'il était simple berger des moutons de ʿUqba ibn Abī Muʿayṭ, il deviendra le serviteur intime du Messager d'Allah ﷺ — gardien de ses sandales, de son miswāk, de ses coussins. Il fut le premier à réciter publiquement le Coran à voix haute devant la Kaʿba, défiant les Quraysh. Plus de mille hadiths transmis, sa propre qirāʾa à l'origine de deux des sept lectures canoniques, école de Kūfa fondée par lui à la demande d'ʿUmar — il aura formé al-Aswad, ʿAlqama, Masrūq et toute une génération de tābiʿūn. Mort à Madīna en 32 H sous le califat d'ʿUthmān.
Disponible sur ordinateur
« Quiconque souhaite réciter le Coran à neuf, tel qu'il a été révélé, qu'il le récite selon la lecture d'Ibn Umm ʿAbd. »
Source : Rapporté par Aḥmad dans son Musnad (n°36) et al-Bukhārī dans Faḍāʾil al-Qurʾān ; consigné par Ibn Ḥanbal et al-Ḥākim, classé ṣaḥīḥ par les muḥaddithīn
ʿAbdullāh ibn Masʿūd appartient aux Banū Hudhayl, une tribu arabe extérieure à la noblesse de Quraysh. Sa famille, attachée par alliance (ḥilf) aux Banū Zuhra — les oncles maternels du Prophète ﷺ —, vit à Makka mais sans ressources, sans rang. ʿAbdullāh est jeune, petit, frêle, presque invisible dans une société qui mesure les hommes à leur lignée et à leur richesse. Il loue ses bras pour vivre : il garde les moutons de ʿUqba ibn Abī Muʿayṭ, l'un des plus violents adversaires du Prophète ﷺ. Cette occupation de berger, considérée méprisable par les nobles Mecquois, deviendra plus tard pour lui une fierté : tous les prophètes, dira-t-il, ont été bergers.
Personne à Makka ne soupçonnait que ce jeune homme insignifiant aux yeux des hommes deviendrait l'un des piliers de la communauté. Mais ʿAbdullāh portait déjà en lui les qualités qui se manifesteraient à l'islam : honnêteté (il refuse plus tard de boire le lait des moutons confiés à sa garde, car ils ne lui appartiennent pas), simplicité, droiture. Allah préparait ce cœur sans que personne ne le voie.
Un jour, alors que ʿAbdullāh garde ses moutons sur les hauteurs de Makka, deux hommes s'approchent : le Prophète ﷺ et Abū Bakr. Ils ont soif. Le Prophète ﷺ lui demande : « Jeune homme, as-tu du lait à nous donner ? » ʿAbdullāh, fidèle à sa parole, répond : « Je suis quelqu'un de confiance ; ce troupeau ne m'appartient pas, et je ne peux vous en donner. » Le Prophète ﷺ, satisfait de cette intégrité, lui demande alors : « As-tu une chèvre vierge, qui n'a pas encore eu de petit ? » ʿAbdullāh trouve une vieille brebis non gestante, qui n'avait pas de lait. Le Prophète ﷺ pose la main sur ses mamelles, prononce le nom d'Allah, et un lait abondant en jaillit. Tous trois boivent à satiété. Puis le Prophète ﷺ touche la mamelle, dit à nouveau le nom d'Allah, et la brebis se rétracte comme avant. ʿAbdullāh, frappé d'émerveillement, dit : « Apprends-moi cette parole-là ! » Le Prophète ﷺ répond : « Tu es un jeune instruit (ghulām muʿallam). » Il embrasse l'islam aussitôt — il sera le sixième converti (Ḥilyat al-Awliyāʾ d'Abū Nuʿaym, Aḥmad).
Aux débuts de l'islam, les Compagnons récitaient le Coran en secret, dans leurs maisons. Un jour, à Dār al-Arqam, ils dirent : « Les Quraysh n'ont jamais entendu le Coran récité à voix haute — qui osera le leur faire entendre ? » ʿAbdullāh ibn Masʿūd se proposa. Les Compagnons hésitèrent : « Tu n'as pas de tribu pour te protéger, ils te frapperont ! » Il répondit : « Laissez-moi y aller — Allah me protégera. » Le matin suivant, il se rendit au Maqām Ibrāhīm près de la Kaʿba, alors que les nobles Quraysh étaient assemblés autour. Il éleva la voix et récita : ﴿الرَّحْمَـٰنُ ۞ عَلَّمَ الْقُرْآنَ ۞ خَلَقَ الْإِنسَانَ ۞ عَلَّمَهُ الْبَيَانَ﴾ (« Le Tout-Miséricordieux. Il a enseigné le Coran. Il a créé l'homme. Il lui a appris à s'exprimer »). Les Quraysh, stupéfaits, se réveillèrent : « Que dit le fils de la mère de ʿAbd ? » Ils se précipitèrent sur lui, le frappèrent au visage. Il rentra ensanglanté chez ses Compagnons. « Voilà ce que nous craignions », lui dirent-ils. Il répondit : « Par Allah, les ennemis d'Allah ne m'ont jamais paru plus méprisables qu'aujourd'hui. Si vous voulez, je recommencerai demain. » Ils dirent : « Cela suffit. Tu leur as fait entendre ce qu'ils détestent. » (Sīra d'Ibn Hishām).
ʿAbdullāh ibn Masʿūd émigra deux fois en Abyssinie avec les premiers musulmans, puis fit la Hijra à Madīna. À Madīna, il devient le serviteur intime du Prophète ﷺ : il garde ses sandales (ṣāḥib na'layh), porte son miswāk, prépare son coussin, l'accompagne dans ses déplacements quotidiens. Il a un privilège unique : il peut entrer chez le Prophète ﷺ sans demander la permission — le Prophète ﷺ lui ayant dit : « Ton entrée chez moi est une autorisation, et tu entendras ma parole secrète, jusqu'à ce que je te dise de cesser » (Muslim, n°2169). Cette intimité explique l'extraordinaire précision avec laquelle il transmettra les détails domestiques du Prophète ﷺ : sa façon de prier, de manger, de marcher, de se laver les mains. Il rapporte plus de mille hadiths.
À Badr (2 H), ʿAbdullāh ibn Masʿūd combat. Après la bataille, il parcourt le champ et trouve Abū Jahl — le pharaon de cette communauté, comme le surnommait le Prophète ﷺ — blessé, à terre, encore vivant. ʿAbdullāh, avec sa petite stature, monte sur sa poitrine. Abū Jahl, reconnaissant son ancien petit berger, lui dit avec mépris : « Tu es monté à un sommet bien rude, petit berger ! Pour qui le tour aujourd'hui ? » ʿAbdullāh répond : « Pour Allah et Son Messager ! » Il prend son sabre et lui coupe la tête, qu'il porte au Prophète ﷺ. Le Prophète ﷺ, en la voyant, se prosterne et dit : « C'est le Pharaon de cette communauté ! » (Bukhārī, Muslim).
Un jour, le Prophète ﷺ dit : « Apprenez le Coran auprès de quatre : ʿAbdullāh ibn Masʿūd, Sālim mawlā d'Abū Ḥudhayfa, Muʿādh ibn Jabal, et Ubayy ibn Kaʿb » (Bukhārī). Et il dit aussi : « Quiconque veut lire le Coran à neuf comme il a été révélé, qu'il le lise selon Ibn Umm ʿAbd. » Cette parole consacre ʿAbdullāh ibn Masʿūd comme l'un des quatre maîtres principaux de la récitation. Sa lecture deviendra la base de l'école de Kūfa et, à travers elle, de deux des sept qirāʾāt canoniques.
Sous le califat d'ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, après la fondation de Kūfa comme garnison militaire et capitale de l'Irak (~17 H), ʿUmar y envoie ʿAbdullāh ibn Masʿūd avec une recommandation aux habitants : « Je vous envoie ʿAmmār comme gouverneur et ʿAbdullāh comme ministre et précepteur ; je m'en suis privé moi-même pour vous, et c'est un homme parmi les gens de Badr. » ʿAbdullāh enseigne à Kūfa pendant plus de quinze ans. Il y forme la première grande génération des tābiʿūn savants : ʿAlqama ibn Qays, al-Aswad ibn Yazīd, Masrūq ibn al-Ajdaʿ, ʿUbayda as-Salmānī, et bien d'autres. Sa lecture deviendra la base des qirāʾāt qui se transmettront à travers ʿĀṣim et Ḥamza al-Kūfī. L'école juridique de Kūfa — qui donnera plus tard l'imām Abū Ḥanīfa — descend directement de l'enseignement d'Ibn Masʿūd à travers ces tābiʿūn.
Quand ʿUthmān ibn ʿAffān entreprit l'unification du maṣḥaf et la diffusion d'un texte canonique pour toute la Umma, il ordonna que les autres feuillets et codex personnels soient brûlés. ʿAbdullāh ibn Masʿūd, qui possédait son propre maṣḥaf — fruit de sa transmission directe du Prophète ﷺ — ressentit cela durement. Il y eut une tension entre eux. ʿUthmān le rappela à Madīna. Ces tensions sont rapportées par les sources, mais aucune divergence sur le fond du Coran lui-même : la différence portait sur certaines variantes de qirāʾa et sur la mise en ordre des sourates dans son codex personnel. Le maṣḥaf ʿuthmanien fut adopté par toute la Umma, et la qirāʾa d'Ibn Masʿūd survécut intégrée dans les sept lectures canoniques.
ʿAbdullāh ibn Masʿūd meurt à Madīna en 32 H (~653 G), sous le califat d'ʿUthmān. Il avait environ 60 ans. ʿUthmān lui-même prie sur sa dépouille — geste qui montre que la tension était dépassée — et il est enterré à al-Baqīʿ. ʿAlī ibn Abī Ṭālib dira de lui : « Personne après le Prophète ﷺ ne connaissait mieux la sunna que lui. » Il laisse derrière lui une descendance pieuse, mais surtout l'héritage immense de l'école de Kūfa et de sa transmission coranique.