Muʿādh ibn Jabal · Le plus savant en ḥalāl/ḥarām · ~603 – 18 H
Muʿādh ibn Jabal est l'un des plus jeunes Anṣārs convertis lors de la deuxième ʿAqaba — il avait dix-huit ans à la Hijra. Beau, intelligent, instruit, il deviendra l'un des plus grands juristes de la première communauté. Le Prophète ﷺ a dit de lui : « Le plus savant de ma communauté en ḥalāl et ḥarām est Muʿādh ibn Jabal ». Il fut envoyé au Yémen comme juge et précepteur, et la conversation entre lui et le Prophète ﷺ avant son départ — sur la manière de juger — est devenue un fondement classique de l'uṣūl al-fiqh. Le Prophète ﷺ lui dit aussi un jour, en lui prenant la main : « Muʿādh, par Allah, je t'aime — ne manque pas de dire à la fin de chaque prière "Allah, aide-moi à T'invoquer, à Te remercier, à T'adorer parfaitement". » Mort à 33 ans dans la peste d'ʿAmwās en 18 H, ʿUmar dira de lui : « Si Muʿādh était vivant, je le désignerais comme calife sans hésiter. »
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« Le plus savant de ma communauté concernant le ḥalāl (le licite) et le ḥarām (l'illicite) est Muʿādh ibn Jabal. »
Source : Rapporté par at-Tirmidhī (n°3791, ḥasan ṣaḥīḥ), Aḥmad et Ibn Mājah — dans le hadith des mérites des Compagnons d'après Anas ibn Mālik
Muʿādh naît vers ~603 G à Yathrib (la future Madīna), dans la tribu de Khazraj, sous-clan des Banū Salima. À cette époque, Yathrib est en proie aux guerres fratricides entre les deux grandes tribus arabes — Aws et Khazraj — qui partagent l'oasis avec les tribus juives. Muʿādh grandit dans ce contexte tendu, mais sa famille est plutôt influencée par le contact avec les Ahl al-Kitāb de Yathrib, ce qui l'expose à l'idée d'un Dieu unique et à l'attente d'un Prophète à venir. Lui-même est rapporté pour son intelligence vive, sa beauté physique, sa sociabilité et son éloquence : qualités qui feront de lui un meneur dès sa jeunesse.
En l'an 13 de la mission (~622 G), à la deuxième ʿAqaba à Minā pendant la saison du pèlerinage, le Prophète ﷺ rencontra dans la nuit, secrètement, un groupe de 73 hommes et 2 femmes des Aws et des Khazraj venus de Yathrib. Ce serment d'allégeance — appelé bayʿat al-ḥarb (serment de la guerre) — engageait les Anṣārs à protéger le Prophète ﷺ comme leurs propres familles. Muʿādh ibn Jabal, alors très jeune (environ 18 ans), fut l'un de ces 73. Il rentra à Yathrib transformé, prêt à recevoir le Prophète ﷺ qui allait bientôt émigrer.
De retour à Yathrib, Muʿādh, avec quelques jeunes des Banū Salima, alla casser les idoles que sa famille gardait dans la maison. Le récit célèbre rapporte qu'il s'attaqua avec ses compagnons à l'idole de ʿAmr ibn al-Jamūḥ, un vieux chef qui se moquait de ses enfants ; ils traînaient l'idole dans les fosses chaque nuit, et le matin le vieillard la retrouvait souillée. Cela mena finalement ʿAmr à embrasser l'islam lui-même. Muʿādh participa activement à enseigner aux nouveaux convertis, dans cette période décisive avant l'arrivée du Messager d'Allah ﷺ à Yathrib.
Muʿādh fut présent à Badr, à Uḥud, à al-Khandaq, à al-Ḥudaybiyya, à Khaybar, à la conquête de Makka et à Ḥunayn. Après la conquête, le Prophète ﷺ partit pour Ḥunayn et laissa Muʿādh à Makka avec mission d'enseigner la religion aux nouveaux convertis de Quraysh et de leur faire comprendre la fiqh — première mission majeure d'un homme jeune mais déjà reconnu pour son savoir.
En l'an 10 H, peu avant le pèlerinage de l'adieu, le Prophète ﷺ envoya Muʿādh au Yémen comme juge, précepteur et collecteur de la zakāt. Avant son départ, eut lieu la conversation devenue fondement classique de l'uṣūl al-fiqh :
— « Comment jugeras-tu, ô Muʿādh ? »
— « Selon le Livre d'Allah. »
— « Et si tu n'y trouves pas ? »
— « Selon la Sunna du Messager d'Allah. »
— « Et si tu n'y trouves toujours pas ? »
— « Je ferai mon ijtihād avec mon avis sans négligence. »
Le Prophète ﷺ alors frappa la poitrine de Muʿādh en disant : « Louange à Allah qui a guidé le messager du Messager d'Allah à ce qui réjouit Allah et Son Messager » (Abū Dāwūd n°3592, Tirmidhī n°1327). Cette conversation pose les trois sources hiérarchiques du droit islamique : Coran, Sunna, ijtihād.
Un jour, le Prophète ﷺ prit Muʿādh par la main et lui dit : « Ô Muʿādh, par Allah je t'aime ! Je te recommande, ne manque pas, à la fin de chaque prière, de dire : "Allāhumma aʿinnī ʿalā dhikrika wa shukrika wa ḥusni ʿibādatika" — Allah, aide-moi à T'invoquer, à Te remercier, à parfaire mon adoration de Toi » (Abū Dāwūd n°1522, Nasāʾī n°1303 — ṣaḥīḥ). Cette invocation, transmise par Muʿādh avec le souvenir précis de l'amour exprimé du Prophète ﷺ, est récitée par les musulmans du monde entier après chaque prière obligatoire.
À la nouvelle de la mort du Prophète ﷺ, Muʿādh quitte le Yémen et retourne à Madīna. Sous le califat d'Abū Bakr, il enseigne et participe au conseil. Sous ʿUmar, il participe à la conquête du Shām — campagnes de Yarmūk, prise de Damas. ʿUmar le nomme gouverneur sur la Jordanie (al-Urdunn), où il continue d'enseigner les habitants nouvellement convertis et de transmettre le fiqh prophétique.
En l'an 18 H (~639 G), une terrible épidémie de peste éclate dans le village d'ʿAmwās en Palestine, frappant l'armée musulmane stationnée au Shām. Elle tuera environ 25 000 personnes, dont la plupart des grands généraux et gouverneurs : Abū ʿUbayda ibn al-Jarrāḥ, Yazīd ibn Abī Sufyān, Shuraḥbīl ibn Ḥasana, et Muʿādh lui-même. Muʿādh perdra dans cette peste deux de ses fils, sa femme, puis succombera à son tour à seulement 36 ans environ. On rapporte qu'à l'agonie, il levait la tête vers le ciel et disait : « Allah, Tu sais que je n'ai jamais aimé la vie pour creuser des canaux ni planter des arbres, mais pour endurer la soif des journées chaudes, supporter les heures longues, et frotter mes genoux contre ceux des savants dans leurs cercles de dhikr. »
À la mort de Muʿādh, ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb dira ce mot célèbre : « Si Muʿādh ibn Jabal était vivant, je le désignerais comme calife sans hésiter. Et si on me demandait à mon Seigneur "Pourquoi l'as-tu désigné ?", je dirais : Allah, j'ai entendu Ton Prophète ﷺ dire qu'il était le plus savant de la Umma en ḥalāl et ḥarām — il viendra le Jour de la résurrection devant les savants à une distance d'une flèche tirée. » Sa tombe se trouve dans la vallée du Jourdain. Il laisse derrière lui une science transmise aux Yéménites, aux Damascènes, et à toute la communauté à travers ses élèves.