Saʿd ibn Muʿādh · Le Trône d'Allah trembla à sa mort · ~590 – 5 H
Saʿd ibn Muʿādh est le chef des Banū ʿAbd al-Ashhal, l'un des plus grands clans des Aws de Madīna. Sa conversion, par la prédication de Muṣʿab ibn ʿUmayr envoyé en éclaireur par le Prophète ﷺ avant l'Hijra, fut suivie en une seule journée par celle de tout son clan — bénédiction unique dans l'histoire de la Sīra. À Badr, alors que le Prophète ﷺ s'inquiétait de l'engagement des Anṣārs sortis pour escorter une caravane et confrontés à une bataille, Saʿd se leva et prononça la parole qui décida de tout : « Va, Messager d'Allah, nous sommes avec toi — par Celui qui t'a envoyé en vérité, si tu nous menais à la mer, nous nous y jetterions avec toi. » À al-Khandaq, il fut grièvement blessé d'une flèche au bras. Quand les Banū Qurayẓa demandèrent qu'il soit leur juge — espérant indulgence —, il prononça le jugement conforme à la sentence divine. Il mourut peu après. Le Prophète ﷺ déclara : « Le Trône du Tout-Miséricordieux trembla à la mort de Saʿd ibn Muʿādh ». Soixante-dix mille anges descendirent à son enterrement.
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« Le Trône du Tout-Miséricordieux a tremblé à la mort de Saʿd ibn Muʿādh. »
Source : Rapporté par al-Bukhārī (n°3803) et Muslim (n°2466) — d'après Jābir ibn ʿAbdillāh ; ʿĀʾisha précise : « non par doute mais d'enthousiasme, par grandeur de joie »
Saʿd ibn Muʿādh est né vers ~590 G à Yathrib, dans la tribu des Aws, branche des Banū ʿAbd al-Ashhal. Bien que jeune (il a une trentaine d'années à l'Hijra), il est déjà reconnu comme le chef de fait de son clan, du fait de son autorité morale, de son courage, et de son intelligence stratégique. Les guerres anciennes contre les Khazraj — la fameuse guerre de Buʿāth qui ensanglanta Yathrib peu avant l'islam — l'avaient consolidé dans cette position. Sa parole, dans son clan, valait sentence : ce qu'il décidait, le clan le suivait.
Yathrib, à cette époque, était divisée. Aws et Khazraj s'étaient massacrés mutuellement pendant des décennies. Les tribus juives — Banū Qaynuqāʿ, Banū n-Naḍīr, Banū Qurayẓa — alliées tantôt aux uns tantôt aux autres, attendaient un Prophète annoncé par leurs Écritures. C'est dans ce climat que la première ʿAqaba eut lieu, puis la deuxième. Saʿd n'y fut pas présent. Mais le Prophète ﷺ, sachant la valeur d'un tel chef pour la cause de l'islam, envoya à Yathrib son émissaire Muṣʿab ibn ʿUmayr avec une mission précise : enseigner le Coran et faire venir l'islam à ceux qui n'avaient pas encore embrassé.
Après la première ʿAqaba, le Prophète ﷺ envoya Muṣʿab ibn ʿUmayr — le jeune et noble Mecquois converti — comme premier ambassadeur de l'islam à Yathrib. Muṣʿab y enseignait le Coran aux nouveaux convertis et appelait à la foi. Un jour, il était assis dans le verger d'Asʿad ibn Zurāra, en train de réciter à un groupe de jardiniers du clan des Banū ʿAbd al-Ashhal. Quand Saʿd ibn Muʿādh apprit cela, il s'irrita et dit à Usayd ibn Ḥuḍayr, son cousin et lieutenant : « Va trouver cet homme qui pervertit nos faibles et chasse-le. » Usayd partit sa lance à la main, écouta, et embrassa l'islam sur place. Il revint à Saʿd. Saʿd, voyant son visage transformé, s'irrita davantage et dit : « Tu n'as rien fait ! Donne-moi ma lance. »
Saʿd se rendit lui-même au verger, lance à la main, le visage rouge de colère. Il dit : « Si tu n'avais pas un lien de parenté avec nous, je t'aurais déjà transpercé. Tu pervertis nos faibles ! » Muṣʿab, avec sa douceur célèbre, lui répondit : « Veux-tu t'asseoir et entendre ? Si cela te plaît, tu accepteras ; si cela ne te plaît pas, nous te débarrasserons de ce que tu détestes. » Saʿd dit : « C'est juste », planta sa lance dans le sol et s'assit. Muṣʿab récita le Coran. Le visage de Saʿd se transforma. Il dit : « Que faut-il faire pour entrer dans cette religion ? » Muṣʿab lui dit : « Te purifier, te purifier de tes vêtements, témoigner de la foi, et prier deux rakʿas. » Saʿd se leva, se purifia, témoigna, et pria. Puis il dit à Muṣʿab : « Derrière moi vient un homme dont si tu obtiens la conversion, tu obtiendras celle de toute sa tribu. »
Saʿd retourna à son clan — les Banū ʿAbd al-Ashhal —, les rassembla, et leur dit : « Ô Banū ʿAbd al-Ashhal, que pensez-vous de moi ? » Ils répondirent : « Tu es notre chef et le meilleur d'entre nous, le plus juste. » Il dit : « Vos paroles, vos hommes, vos femmes me sont interdits jusqu'à ce que vous croyiez en Allah et en Son Messager ﷺ. » Avant la fin du jour, le clan entier des Banū ʿAbd al-Ashhal — hommes et femmes — embrassa l'islam (Sīra d'Ibn Hishām). Cet événement n'a pas d'équivalent dans l'histoire de la Sīra : un seul homme, par sa conversion, en entraîne instantanément tout un clan dans l'islam.
À Badr (2 H), le Prophète ﷺ apprit que la caravane d'Abū Sufyān leur avait échappé et que l'armée de Quraysh — un millier d'hommes — venait à leur rencontre. Les Anṣārs s'étaient engagés à protéger le Prophète ﷺ dans Madīna, mais combattre hors de Madīna n'était pas explicitement dans leur serment. Le Prophète ﷺ consulta : « Donnez-moi votre avis, ô gens. » Abū Bakr parla, ʿUmar parla, al-Miqdād parla. Mais le Prophète ﷺ répétait : « Donnez-moi votre avis, ô gens. » Saʿd ibn Muʿādh comprit alors que le Prophète ﷺ attendait la parole des Anṣārs. Il se leva : « C'est nous que tu vises peut-être, ô Messager d'Allah ? » — « Oui. » Saʿd dit alors : « Nous avons foi en toi, nous t'avons cru, nous avons attesté que ce que tu apportes est la Vérité, et nous t'avons donné nos serments d'écoute et d'obéissance. Va, Messager d'Allah, à ce que tu veux, nous sommes avec toi. Par Celui qui t'a envoyé en Vérité, si tu nous menais à cette mer et que tu t'y jetais, nous nous y jetterions avec toi — pas un de nous ne resterait en arrière. Et nous ne détestons pas que tu nous mènes à l'ennemi demain. Nous sommes patients dans la guerre, fidèles dans la rencontre — peut-être qu'Allah te montrera de nous ce qui réjouira ton œil. Avance avec nous, sur la bénédiction d'Allah. » Le visage du Prophète ﷺ s'illumina (Ibn Isḥāq, Muslim).
À al-Khandaq (5 H, mois de Shawwāl), pendant le grand siège de Madīna, Saʿd commande une partie du fossé. Lors d'un échange de tirs entre les défenseurs et les assiégeants, une flèche tirée par Ḥibbān ibn al-ʿAriqa atteint le bras de Saʿd à hauteur de l'akḥal, l'artère médiane. Saʿd se lève et invoque Allah : « Ô Allah, si Tu as encore guerre à livrer contre Quraysh, prolonge ma vie pour que je la livre — il n'y a pas de gens que j'aimerais combattre plus que ceux qui ont combattu Ton Prophète. Mais si Tu as fini la guerre, alors fais éclater ma blessure, fais-moi mourir, mais ne me fais pas mourir avant que Tu ne me donnes satisfaction (qarra ʿaynī) sur les Banū Qurayẓa. » (Bukhārī). La blessure se referme partiellement, et Saʿd reste vivant — pour le moment.
Après la dispersion des coalisés à al-Khandaq, le Prophète ﷺ se tourna immédiatement contre les Banū Qurayẓa — la tribu juive de Madīna qui avait rompu le pacte de protection mutuelle pendant le siège, mettant en péril les femmes et les enfants des musulmans dans Madīna. Après un siège de 25 jours, les Banū Qurayẓa se rendirent en demandant que Saʿd ibn Muʿādh soit leur juge — espérant son indulgence, car les Aws étaient leurs anciens alliés. On amena Saʿd, blessé, sur un âne. Les Aws lui demandèrent d'être indulgent. Saʿd dit seulement : « Le moment est venu pour Saʿd de ne plus craindre dans Allah le blâme d'aucun blâmeur. » Il prononça son verdict : « Je juge que les hommes combattants soient tués, que les femmes et les enfants soient captifs, et que leurs biens soient partagés. » Le Prophète ﷺ dit alors : « Tu as jugé selon le décret d'Allah au-dessus des sept cieux » (Bukhārī, Muslim). Le verdict de Saʿd correspondait à la sentence divine — l'invocation faite à al-Khandaq était exaucée.
Saʿd retourna à sa tente, dans la mosquée du Prophète ﷺ, où le Prophète ﷺ avait fait dresser un abri pour le soigner. Sa blessure, satisfaite par l'accomplissement de l'invocation, se rouvrit. Le sang coula abondamment. Saʿd invoqua : « Allah, Tu sais que rien ne m'est plus cher que de combattre pour Toi un peuple qui a démenti Ton Messager — si Tu as fini la guerre contre Quraysh, fais-moi rejoindre la mort, et ne me l'éloigne pas. » Il rendit l'âme. Il avait environ 37 ans.
Le Prophète ﷺ porta lui-même son corps au cimetière d'al-Baqīʿ avec une légèreté qui surprit les Compagnons. On lui demanda : « Ô Messager d'Allah, jamais nous n'avons porté un mort plus léger ! » Il répondit : « Et qu'est-ce qui empêche que cela soit léger, alors que tant d'anges descendent pour le porter avec moi ? » Selon une autre tradition rapportée par an-Nasāʾī : « Soixante-dix mille anges sont descendus pour son enterrement, qui n'étaient jamais descendus auparavant sur la terre ». Et le Prophète ﷺ dit : « Le Trône du Tout-Miséricordieux a tremblé pour la mort de Saʿd ibn Muʿādh ». ʿĀʾisha précisa : « Cela ne signifie pas que le Trône a tremblé de doute, mais qu'il a tremblé d'enthousiasme par grandeur de joie pour son arrivée. »