بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Chapitre N°2

المِيلَادُ وَالنَّشْأَة

La naissance et l'enfance du Prophète ﷺ · L'an de l'éléphant · 571 du calendrier grégorien

La naissance du Prophète ﷺ est entourée de signes qui annoncent sa mission future. Issu de la lignée la plus pure des Arabes — celle de Hāshim, ʿAdnān et Ismāʿīl ﷺ — orphelin de père avant sa naissance, allaité dans le désert par Ḥalīma as-Saʿdiyya, il connaît à 4 ans l'extraordinaire ouverture de la poitrine, perd sa mère à 6 ans à al-Abwāʾ, son grand-père à 8 ans, puis est recueilli par son oncle Abū Ṭālib. Chaque étape prépare discrètement le messager qu'il deviendra. Pour un étudiant de la sira, comprendre cette période, c'est voir comment Allah forme Ses élus dans l'épreuve et la pureté.

﴿أَلَمْ يَجِدْكَ يَتِيمًا فَآوَىٰ ۞ وَوَجَدَكَ ضَالًّا فَهَدَىٰ ۞ وَوَجَدَكَ عَائِلًا فَأَغْنَىٰ﴾

Allah dit : « Ne t'a-t-Il pas trouvé orphelin et Il t'a accueilli ? Ne t'a-t-Il pas trouvé égaré et Il t'a guidé ? Ne t'a-t-Il pas trouvé pauvre et Il t'a enrichi ? »

Source : Coran, sourate aḍ-Ḍuḥā (93), versets 6-8

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Contexte historique

Le Prophète ﷺ est né à l'aube d'un lundi, le 9 (ou 12) Rabīʿ al-Awwal de l'année de l'éléphant (ʿām al-fīl), correspondant au 20 ou 22 avril 571 du calendrier grégorien. Cette année fut marquée 50 à 55 jours avant sa naissance par l'échec d'Abraha al-Ashram, vice-roi abyssin du Yémen, qui avait construit une grande église à Ṣanʿāʾ pour détourner le pèlerinage des Arabes ; furieux qu'un homme des Banū Kināna l'eût souillée, il marcha sur la Kaʿba avec une armée de 60 000 soldats et 9 ou 13 éléphants. Quand son éléphant le plus imposant, Maḥmūd, refusa d'avancer vers la Kaʿba à Wādī Muḥassir entre Muzdalifa et Minā, Allah envoya contre eux des oiseaux abābīl qui lancèrent des pierres d'argile — événement relaté dans la sourate al-Fīl (105). La généalogie pure du Prophète ﷺ remonte par 21 ancêtres incontestés jusqu'à ʿAdnān, descendant direct d'Ismāʿīl ﷺ, fils d'Ibrāhīm ﷺ.

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Personnages importants

عَبْدُ اللَّه ʿAbdullāh
Le père du Prophète ﷺ, fils préféré de ʿAbd al-Muṭṭalib. Mort à 25 ans à Yathrib avant la naissance de son fils.
آمِنَة Āmina bint Wahb
La mère du Prophète ﷺ, de Banū Zuhra. Morte à al-Abwāʾ alors qu'il avait 6 ans.
ثُوَيْبَة Thuwayba
Affranchie d'Abū Lahab, première à allaiter le Prophète ﷺ avec le lait de son fils Masrūḥ.
حَلِيمَة بنت أَبِي ذُؤَيْب Ḥalīma as-Saʿdiyya
La nourrice du Prophète ﷺ, des Banū Saʿd ibn Bakr ; mère de la Shaymāʾ.
عَبْدُ الْمُطَّلِب ʿAbd al-Muṭṭalib
Le grand-père paternel — chef de Quraysh, redécouvreur de Zamzam, lui choisit le nom Muḥammad.
أَبُو طَالِب Abū Ṭālib
Son oncle paternel et frère germain de ʿAbdullāh, qui le prend en charge après 8 ans.
أُمُّ أَيْمَن Umm Ayman (Baraka)
Servante éthiopienne héritée de ʿAbdullāh, gardienne du jeune Muḥammad ﷺ après la mort d'Āmina.
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L'an de l'éléphant et la naissance

Signes annonciateurs · 571
La destruction miraculeuse de l'armée d'Abraha à Wādī Muḥassir et la naissance du Prophète ﷺ dans une Makka purifiée.
Sira An de l'éléphant

Abraha et l'échec de son armée

﴿أَلَمْ تَرَ كَيْفَ فَعَلَ رَبُّكَ بِأَصْحَابِ الْفِيلِ﴾

« N'as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi envers les gens de l'éléphant ? » (al-Fīl, 1). Abraha al-Ashram, vice-roi abyssin du Yémen, avait bâti à Ṣanʿāʾ une église grandiose, al-Qulays, pour détourner le pèlerinage. Lorsqu'un homme des Banū Kināna en souilla l'enceinte, Abraha jura de raser la Kaʿba. Il marcha à la tête de 60 000 hommes et fit conduire devant lui un éléphant immense nommé Maḥmūd, accompagné de 8 à 12 autres. À Wādī Muḥassir, entre Muzdalifa et Minā, Maḥmūd s'agenouilla et refusa d'avancer vers la Kaʿba — bien qu'il se levât quand on le tournait vers le Yémen. Allah envoya alors les ṭayr abābīl, des oiseaux semblables à des hirondelles ou des étourneaux, chacun portant trois pierres d'argile (une dans le bec, deux dans les serres) ; ce qu'elles touchaient se décomposait. Abraha s'enfuit et mourut à Ṣanʿāʾ, ses doigts tombant un à un, jusqu'à ce que sa poitrine s'ouvrît sur son cœur.

La naissance et la lumière vue par Āmina

Cinquante jours plus tard environ, le Prophète ﷺ naquit un lundi à l'aube du mois de Rabīʿ al-Awwal, au quartier des Banū Hāshim à Makka. Sa mère raconta — selon le récit rapporté par Ibn Saʿd, Aḥmad et ad-Dārimī — qu'au moment de l'enfantement, « il sortit de moi une lumière qui éclaira les palais de Boṣrā en Syrie ». Son père ʿAbdullāh était mort quelques mois plus tôt à Yathrib (al-Madīna), revenant d'un voyage commercial au Shām, à l'âge de 25 ans, et fut enterré dans la maison de Nābigha al-Jaʿdī. Āmina envoya prévenir son grand-père ʿAbd al-Muṭṭalib, qui accourut joyeux, le porta à l'intérieur de la Kaʿba, remercia Allah, et le nomma Muḥammad — un nom rare et inédit chez les Arabes, signifiant « le loué de manière répétée ». Il fut circoncis le septième jour selon la coutume.

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Thuwayba et Ḥalīma as-Saʿdiyya

Les premières nourrices · 0 à 4 ans
Allaité d'abord par Thuwayba, affranchie d'Abū Lahab, puis confié à Ḥalīma des Banū Saʿd dans le désert.
Sira Ḥalīma

Thuwayba, première à l'allaiter

La première à allaiter le Prophète ﷺ après sa propre mère fut Thuwayba, affranchie d'Abū Lahab. Elle l'allaita avec le lait de son propre fils, Masrūḥ. Elle avait auparavant allaité Ḥamza ibn ʿAbd al-Muṭṭalib (oncle du Prophète) et allaita ensuite Abū Salama ibn ʿAbd al-Asad al-Makhzūmī. Le Prophète ﷺ honorera Thuwayba toute sa vie. C'est aussi la raison pour laquelle, plus tard, on a rapporté qu'Abū Lahab — pourtant ennemi de l'islam — voyait son châtiment allégé chaque lundi pour avoir affranchi Thuwayba à l'annonce de la naissance de son neveu.

L'arrivée de Ḥalīma : chamelle stérile, brebis fertile

Ḥalīma raconta : « Je sortis de mon pays avec mon mari al-Ḥārith ibn ʿAbd al-ʿUzzā et un nourrisson, dans une caravane de femmes des Banū Saʿd cherchant des nourrissons à allaiter. C'était une année de sécheresse terrible. Mon ânesse traînait, ma vieille chamelle ne donnait plus une goutte, mon enfant pleurait toute la nuit de faim. Quand on m'offrit Muḥammad ﷺ, toutes les autres avaient déjà refusé parce qu'il était orphelin et qu'on n'attendait rien du père. Mon mari me dit : "Prends-le, peut-être qu'Allah mettra en lui une bénédiction." » Dès qu'elle le posa sur sa poitrine, ses seins coulèrent à profusion, son enfant et lui burent jusqu'à se rassasier ; son mari trouva la chamelle au pis débordant ; ils dormirent pour la première fois la nuit entière. Sur le retour, son ânesse devança toute la caravane. À Banū Saʿd, ses brebis revenaient le ventre plein alors que celles des voisines crevaient de faim — au point que les bergers disaient à leurs propres troupeaux : « Allez paître où paît la bergère de Bint Abī Dhuʾayb ! »

Le frère et la sœur de lait : ʿAbdullāh et la Shaymāʾ

Ses frères et sœurs de lait furent : ʿAbdullāh ibn al-Ḥārith, Anīsa, et Ḥudhāfa (mieux connue sous le surnom de ash-Shaymāʾ) qui le portait sur sa hanche. Sa nourrice prolongea son séjour, car Allah faisait pleuvoir les bienfaits sur son foyer. Quand elle dut le ramener à Āmina à 2 ans, elle insista pour le reprendre tant elle craignait pour lui les épidémies de Makka — et le Prophète ﷺ resta avec elle jusqu'à environ 4 ou 5 ans.

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L'ouverture de la poitrine (شَقُّ الصَّدْر)

Vers 4 ans · Banū Saʿd
Deux anges fendent la poitrine du jeune Muḥammad ﷺ et en extraient un caillot noir, la part du diable.
Sira Shaqq aṣ-ṣadr

Le récit d'Anas dans Ṣaḥīḥ Muslim

Muslim rapporte d'Anas ibn Mālik (Ṣaḥīḥ n°162) : « Jibrīl vint au Prophète ﷺ alors qu'il jouait avec d'autres garçons. Il le saisit, le coucha à terre, lui ouvrit la poitrine, en sortit le cœur, en extraya un caillot noir, et dit : "Ceci est la part de Shayṭān en toi." Puis il le lava dans une bassine d'or avec l'eau de Zamzam, le rapièça et le remit à sa place. Les garçons coururent vers sa nourrice en criant : "Muḥammad a été tué !" Ils le retrouvèrent le visage pâle. » Anas ajoute : « Je voyais encore la trace de la couture sur sa poitrine. »

Le retour à Āmina

Effrayée par cet événement extraordinaire, Ḥalīma le ramena à sa mère en disant : « Je crains pour lui un mal venu de la jinn. » Āmina le rassura : « Mon fils a une affaire importante devant lui. » Elle le garda, et le Prophète ﷺ vécut auprès de sa mère jusqu'à 6 ans.

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La mort d'Āmina et la tutelle des oncles

6, 8 ans · Le triple deuil
Āmina meurt à al-Abwāʾ après une visite à Yathrib ; ʿAbd al-Muṭṭalib puis Abū Ṭālib prennent le relais.
Sira Yatīm

Le voyage à Yathrib et la mort à al-Abwāʾ

À 6 ans, Āmina décida de visiter à Yathrib la tombe de son défunt mari ʿAbdullāh ainsi que les oncles maternels d'Banū ʿAdiyy ibn an-Najjār (oncles de ʿAbd al-Muṭṭalib). Le voyage représentait environ 500 km. Ils y passèrent un mois, durant lequel le jeune Muḥammad ﷺ joua avec les enfants des Anṣār — souvenir qu'il évoquera bien plus tard à Madīna en reconnaissant les puits où il nageait. Sur le chemin du retour, Āmina tomba malade et mourut à al-Abwāʾ, un village entre Makka et Madīna. Sa servante Umm Ayman ramena l'enfant à Makka. Il visitera la tombe de sa mère bien plus tard, lors de la ʿumrat al-qaḍāʾ, et pleurera longuement.

Chez ʿAbd al-Muṭṭalib puis Abū Ṭālib

ʿAbd al-Muṭṭalib reporta sur son petit-fils orphelin un amour exceptionnel. Ibn Hishām rapporte : « Un tapis était étendu pour ʿAbd al-Muṭṭalib à l'ombre de la Kaʿba ; ses fils s'asseyaient autour, sans oser y monter. Mais quand le jeune Muḥammad ﷺ arrivait, il y montait directement, et ses oncles voulaient le retirer. Le grand-père disait : "Laissez mon fils, par Allah il a une grande affaire devant lui", puis il le faisait asseoir à côté de lui et lui caressait le dos. » ʿAbd al-Muṭṭalib mourut alors que le Prophète ﷺ avait 8 ans, 2 mois et 10 jours. Sur son lit de mort, il confia l'enfant à Abū Ṭālib, frère germain de ʿAbdullāh — choix supérieur, car Abū Ṭālib était l'oncle paternel le plus proche par le sang. Abū Ṭālib le protégera plus de 40 ans.

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Leçons à retenir

3 leçons essentielles
Ce que cette période nous enseigne pour notre propre vie.
  • Allah prépare Ses élus dans l'épreuve : orphelin de père avant sa naissance, de mère à 6 ans, de grand-père à 8 ans, le Prophète ﷺ a appris très tôt à ne s'appuyer sur personne sauf Allah
  • La protection divine est manifeste : avant même sa naissance, Allah avait protégé sa ville par le miracle d'al-Fīl ; à 4 ans, Il l'a purifié intérieurement par l'ouverture de la poitrine
  • L'orphelin a une place spéciale : ayant été lui-même orphelin, le Prophète ﷺ a fait de leur protection un acte de proximité avec lui — « Je serai avec celui qui prend en charge un orphelin au Paradis comme ces deux-là », et il pointa l'index et le majeur

🧠 Chronologie mnémotechnique

0
NAISSANCE
An de l'éléphant
571 · Lundi · Rabīʿ al-Awwal
4
SHAQQ AṢ-ṢADR
Ouverture de la poitrine
Banū Saʿd · 2 anges
6
DÉCÈS ĀMINA
Double orphelin
al-Abwāʾ · Umm Ayman
8
DÉCÈS GRAND-PÈRE
Abū Ṭālib le prend
Tutelle paternelle