Le début de la révélation à 40 ans · Lundi 21 Ramaḍān, grotte de Ḥirāʾ · 10 août 610
À 40 ans révolus — précisément 40 années lunaires, 6 mois et 12 jours — dans la grotte de Ḥirāʾ, l'ange Jibrīl descendit pour la première fois sur Muḥammad ﷺ et lui ordonna : « Iqraʾ ! » Ce fut le commencement du Coran et de la prophétie. Le Prophète ﷺ rentra tremblant chez Khadīja, demandant à être enveloppé : « Zammilūnī ! Zammilūnī ! ». Khadīja le rassura par des paroles d'une justesse inégalée, puis le conduisit chez son cousin Waraqa ibn Nawfal, qui identifia immédiatement « le Nāmūs qui descendait sur Mūsā ». Suivit la fatra, l'interruption de la révélation, puis le retour de Jibrīl avec sourate al-Muddaththir. Étudier ce moment, c'est se tenir sur le seuil même de la révélation que nous récitons aujourd'hui.
Disponible sur ordinateur
« Lis ! Au nom de ton Seigneur qui a créé. Il a créé l'être humain d'un caillot de sang. Lis ! Et ton Seigneur est le plus Généreux, qui a enseigné par la plume, qui a enseigné à l'être humain ce qu'il ne savait pas. »
Source : Coran, sourate al-ʿAlaq (96), versets 1-5 — premiers versets révélés
Le Prophète ﷺ atteint l'âge de 40 ans — l'âge de la kamāl, la maturité parfaite, mentionné dans le Coran comme le moment où l'homme accomplit la plénitude de ses forces (al-Aḥqāf 15). Selon Mubārakpūrī, l'événement a lieu la nuit du lundi 21 Ramaḍān de la troisième année de son retrait à Ḥirāʾ, ce qui correspond au 10 août 610 du calendrier grégorien. Cette nuit est laylat al-qadr mentionnée dans le Coran. Trois fois Jibrīl l'étreint avec force avant de prononcer la parole d'Allah. Le Prophète ﷺ rentre bouleversé, raconte tout à Khadīja, qui le conduit chez Waraqa ibn Nawfal — vieux chrétien aveugle, cousin de Khadīja, qui écrivait l'Évangile en hébreu. Waraqa identifie immédiatement Jibrīl, et confirme que c'est bien le Prophète attendu. Suit la fatra, période d'interruption d'environ 10 jours selon la lecture de Mubārakpūrī, puis la révélation reprend avec sourate al-Muddaththir, le matin du 1er Shawwāl.
ʿĀʾisha رضي الله عنها rapporte : « La première manifestation de la révélation chez le Messager d'Allah ﷺ fut le rêve véridique pendant le sommeil ; il ne voyait pas un rêve sans qu'il ne se réalise comme l'aube qui fend la nuit. Puis on lui fit aimer la solitude. Il se retirait dans la grotte de Ḥirāʾ et s'y consacrait au taḥannuth — c'est-à-dire à l'adoration — un nombre de nuits avant de revenir chez les siens, et il prenait des provisions pour cela. Puis il revenait à Khadīja pour s'en réapprovisionner. Jusqu'à ce que la Vérité lui vint alors qu'il était dans la grotte. L'ange vint à lui et dit : "Lis !" Il dit : "Je ne sais pas lire." Le Prophète ﷺ raconte : "Il m'étreignit jusqu'à m'épuiser, puis me relâcha et dit : Lis ! Je dis : Je ne sais pas lire. Il m'étreignit une deuxième fois jusqu'à m'épuiser, puis me relâcha et dit : Lis ! Je dis : Je ne sais pas lire. Il m'étreignit une troisième fois, puis me relâcha et dit : Iqraʾ bismi Rabbika alladhī khalaq…"
Le Prophète ﷺ revint, le cœur tremblant, chez Khadīja et dit : « Zammilūnī, zammilūnī ! » — « Enveloppez-moi ! Enveloppez-moi ! » Ils le couvrirent jusqu'à ce que la frayeur le quitte. Puis il raconta tout à Khadīja en disant : « J'ai craint pour moi-même. »
Khadīja lui dit : « Kallā wa-Llāh, mā yukhzīka-Llāhu abadan ! » — « Non, par Allah ! Allah ne t'humiliera jamais ! » Puis elle énuméra cinq qualités, citées dans al-Bukhārī : « Tu maintiens les liens de parenté (taṣilu ar-raḥim), tu portes le faible (taḥmilu al-kall), tu donnes à celui qui n'a rien (taksibu al-maʿdūm), tu es hospitalier avec l'hôte (taqrī aḍ-ḍayf), et tu aides à faire triompher la vérité (tuʿīnu ʿalā nawāʾib al-ḥaqq). » Sommet de réconfort conjugal : elle ne dit pas « ne t'inquiète pas » ; elle rappelle ses œuvres concrètes, et en déduit qu'Allah ne peut abandonner un tel homme.
Khadīja l'emmena chez son cousin Waraqa ibn Nawfal ibn Asad ibn ʿAbd al-ʿUzzā, devenu chrétien à la jāhiliyya, écrivant l'Évangile en hébreu, vieux et aveugle. Khadīja dit : « Ô fils de mon oncle, écoute le fils de ton frère. » Waraqa demanda au Prophète ﷺ ce qu'il avait vu, écouta, puis s'écria : « Hādhā an-Nāmūs alladhī nazzala-Llāhu ʿalā Mūsā ! » — « C'est le Nāmūs (Jibrīl) qu'Allah a fait descendre sur Mūsā ! Plût à Allah que je sois jeune le jour où ton peuple te chassera de la ville ! » Le Prophète ﷺ étonné : « A-wa mukhrijīy hum ? » — « Vont-ils me chasser ? » Waraqa : « Oui. Aucun homme n'a jamais apporté quelque chose de semblable sans subir l'inimitié. Si je vis jusque-là, je t'aiderai d'un soutien puissant (naṣran muʾazzaran). » Mais Waraqa mourut peu après, et la fatra commença.
Pendant la fatra, le Prophète ﷺ fut, selon le récit rapporté par al-Bukhārī, « profondément triste, au point qu'il monta plusieurs fois sur les cimes des montagnes pour s'y précipiter ; mais chaque fois qu'il atteignait le sommet, Jibrīl lui apparaissait et disait : Ô Muḥammad, tu es vraiment le Messager d'Allah, son cœur s'apaisait et il revenait. » Mubārakpūrī, après analyse précise, conclut que la fatra dura environ 10 jours et non plusieurs années comme la version populaire. Ibn Ḥajar explique : « Cette pause avait pour but de dissiper la peur initiale et de susciter chez lui le désir du retour de la révélation. »
Le Prophète ﷺ raconte : « Tandis que je marchais, j'entendis une voix venant du ciel. Je levai la tête et je vis l'ange qui m'était venu à Ḥirāʾ assis sur un trône entre le ciel et la terre. J'en fus effrayé et je tombai à terre. Je rentrai chez Khadīja et je dis : Zammilūnī, zammilūnī ! Couvrez-moi d'un manteau et versez sur moi de l'eau froide. » Allah révéla alors sourate al-Muddaththir 1-7 : « Ô toi qui es enveloppé d'un manteau ! Lève-toi et avertis ! Glorifie ton Seigneur ! Purifie tes vêtements ! Fuis l'abomination ! » C'est l'ordre formel d'entrer dans la mission active. Après cela, dit al-Bukhārī, « la révélation se succéda et s'enchaîna sans interruption (ḥamiya al-waḥy wa-tatābaʿa) ».
ʿĀʾisha raconta : « Je l'ai vu recevoir la révélation un jour de grand froid. Lorsqu'elle s'interrompait, son front ruisselait de sueur. » Sa monture, parfois, s'agenouillait sous le poids du moment — au point qu'elle écrasa presque la cuisse de Zayd ibn Thābit qui était assis à côté. La parole d'Allah, en descendant, traverse un homme — et même un Prophète en porte la charge dans son corps.