L'appel secret · 3 premières années de la mission prophétique · Maison d'al-Arqam
Pendant les trois premières années qui suivent la révélation, le Prophète ﷺ ne s'adresse pas publiquement aux Mecquois. Il prêche en secret, à des proches triés un par un, et les rassemble bientôt dans la maison d'un jeune compagnon : al-Arqam ibn abī al-Arqam. C'est le temps des Sābiqūn al-Awwalūn — les premiers précurseurs — une quarantaine d'âmes qui formeront le noyau dur de la communauté. Mubārakpūrī insiste sur la sagesse de ce choix de discrétion : Makka, alors gardienne du polythéisme arabe, n'aurait pas toléré d'emblée une remise en cause publique de ses idoles. Le secret protège la jeune oumma jusqu'à ce qu'elle soit prête à supporter le choc.
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Allah dit : « Avertis les plus proches de tes parents. Et baisse ton aile [sois bienveillant] envers ceux qui te suivent parmi les croyants. »
Source : Coran, sourate ash-Shuʿarāʾ (26), versets 214-215 — révélés à la fin des trois années de discrétion, marquant le passage à la prédication publique
Après la première révélation à la grotte de Ḥirāʾ, puis l'épisode de la fatra (l'interruption), puis la révélation de la sourate al-Muddaththir qui ordonne « Lève-toi et avertis », le Prophète ﷺ entame sa mission. Mubārakpūrī explique que les Mecquois étaient « rudes, sans religion sinon l'idolâtrie, sans argument sinon l'imitation des ancêtres, sans morale sinon la fierté tribale, et sans solution aux conflits sinon le sabre ». Dans ces conditions, exposer publiquement la nouveauté du message aurait provoqué une réaction immédiate qui aurait écrasé l'oumma dans son berceau. Le secret est donc une décision de prudence stratégique, voulue par Allah pour Son Messager.
Mubārakpūrī rappelle qu'« il était naturel que le Prophète ﷺ exposât d'abord l'Islam aux plus proches, à ceux dont il pressentait la sincérité, qu'il connaissait pour leur amour du vrai et qui le connaissaient pour sa véracité. » Le Prophète ﷺ ne prêchait pas dans la rue, ne convoquait pas les foules : il invitait, un à un, les hommes et les femmes en qui il devinait une porte ouverte. Cette pédagogie de la confiance personnelle reste un modèle pour la daʿwa.
« Proclame donc ce qui t'est ordonné et détourne-toi des associateurs » (al-Ḥijr, 94). Tant que ce verset n'était pas descendu, le Prophète ﷺ et ses Compagnons priaient cachés dans les ravins de Makka. Ibn Hishām rapporte qu'un jour Abū Ṭālib surprit son neveu et son fils ʿAlī en train de prier ; il interrogea, comprit, et leur dit : « Continuez ce que vous faites. » L'oncle, sans embrasser l'Islam, restait protecteur.
Mubārakpūrī commente : « Si le heurt s'était produit trop tôt et durait, il aurait abouti à l'extermination des musulmans. La sagesse était donc le secret et la dissimulation. » C'est le même principe que la stratégie d'incubation : protéger le germe jusqu'à ce qu'il ait la force de pousser. La discrétion n'est pas timidité ; c'est une science du temps.
Al-Arqam ibn abī al-Arqam appartenait au clan des Banū Makhzūm, l'un des grands rivaux des Banū Hāshim au sein de Quraysh. Personne ne se serait douté que le neveu de Hāshim viendrait se réfugier chez un Makhzūmī : c'est précisément ce qui rendait sa maison sûre. De plus, al-Arqam n'avait qu'environ 16 ans à sa conversion ; l'attention des notables n'était pas tournée vers lui. Sa maison se trouvait sur le mont Ṣafā, à proximité immédiate de la Kaʿba — discrète, mais centrale.
La dār al-Arqam ne fut pas seulement un lieu de réunion : ce fut la première école islamique. Le Prophète ﷺ y enseignait le Coran à mesure qu'il descendait, y formait les Compagnons à la prière, à la patience, à la pureté du cœur. Les versets makkois d'alors — courts, intenses, frappant l'âme par la peur de l'au-delà et l'amour du Tout-Puissant — y étaient médités collectivement.
C'est précisément à dār al-Arqam que viendra ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb au moment de sa conversion. Le Prophète ﷺ avait invoqué : « Ô Allah, fortifie l'Islam par ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb ou Abū Jahl ibn Hishām » (at-Tirmidhī n°3681). Avec son entrée dans l'Islam, les croyants sortiront pour la première fois prier publiquement autour de la Kaʿba — et la phase secrète prendra fin.
« Les premiers, ce sont les premiers ! Voilà ceux qui sont les rapprochés [d'Allah] » (al-Wāqiʿa, 10-11). Au tout premier jour de la mission entrent dans l'Islam : Khadīja son épouse (première parmi les femmes), Zayd ibn Ḥāritha son affranchi (premier parmi les anciens esclaves), ʿAlī ibn abī Ṭālib son cousin (premier parmi les enfants, env. 10 ans), et Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq son ami intime (premier parmi les hommes libres adultes).
Mubārakpūrī rapporte qu'Abū Bakr, doux, accessible, marchand respecté, attira par son seul témoignage huit Compagnons de premier plan : ʿUthmān ibn ʿAffān (omeyyade), az-Zubayr ibn al-ʿAwwām (asadī), ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf, Saʿd ibn abī Waqqāṣ (les deux zuhrī), Ṭalḥa ibn ʿUbayd Allāh (taymī). Vinrent ensuite Abū ʿUbayda ibn al-Jarrāḥ, surnommé « le confident de cette communauté », et bien d'autres.
Mubārakpūrī insiste sur la composition sociale du noyau : on y trouve la grande dame mecquoise (Khadīja), le grand marchand (ʿUthmān), le jeune cousin (ʿAlī), l'ancien esclave (Zayd), bientôt l'esclave abyssin (Bilāl), la servante éthiopienne (Umm Ayman), le forgeron tribal (Khabbāb ibn al-Aratt), des Hudhalī (Ibn Masʿūd), des Banū Makhzūm (al-Arqam, Abū Salama), des Banū ʿAdī (Saʿīd ibn Zayd). À la fin de cette phase, on dénombre environ 40 hommes et femmes — un noyau hétéroclite, soudé par la foi et non par le clan.