L'appel public et l'opposition de Quraysh · An 4 de la mission
Après trois années de prédication discrète, deux versets descendent successivement : ﴿وَأَنذِرْ عَشِيرَتَكَ الْأَقْرَبِينَ﴾ (ash-Shuʿarāʾ 214) qui ordonne d'avertir la proche parenté, puis ﴿فَاصْدَعْ بِمَا تُؤْمَرُ﴾ (al-Ḥijr 94) qui ordonne la proclamation publique. Le Prophète ﷺ rassemble d'abord les ~45 hommes des Banū Hāshim et Banū al-Muṭṭalib, puis monte sur le mont Ṣafā et appelle Quraysh tribu par tribu : « Yā Banī Fihr ! Yā Banī ʿAdiyy !... » Il leur lance la fameuse question rhétorique de la cavalerie. Abū Lahab répond le premier par l'insulte « Tabban laka ! » ; sourate al-Masad descend en réponse. C'est le tournant : la mission devient publique, et l'opposition de Quraysh entre dans l'Histoire.
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« Proclame haut et fort ce qui t'est ordonné, et détourne-toi des associateurs. »
Source : Coran, sourate al-Ḥijr (15), verset 94 — verset qui marqua le passage de l'appel secret à l'appel public
Pendant trois ans, l'appel à l'islām se diffusa secrètement à Makka, principalement chez Dār al-Arqam. Une centaine de Compagnons s'y rassemblaient pour apprendre. Puis Allah révéla deux versets décisifs : d'abord ﴿وَأَنذِرْ عَشِيرَتَكَ الْأَقْرَبِينَ﴾ (ash-Shuʿarāʾ 214) — « Avertis ta proche parenté » — qui déclenche le premier rassemblement familial à la maison du Prophète ﷺ avec environ 45 hommes des Banū Hāshim et Banū al-Muṭṭalib. Vint ensuite ﴿فَاصْدَعْ بِمَا تُؤْمَرُ﴾ (al-Ḥijr 94) — l'appel public ouvert. Le Prophète ﷺ monta alors sur le mont Ṣafā, petite éminence proche de la Kaʿba, et lança l'avertissement à toute Quraysh. L'épisode ouvrit la phase de confrontation directe : moqueries, rumeurs (« sorcier », « fou », « poète », « menteur »), pression sur Abū Ṭālib, persécution des Compagnons faibles comme Bilāl, Sumayya (première martyre), Yāsir, ʿAmmār, Ṣuhayb, Khabbāb, Abū Fukayha.
Pendant trois années, le Prophète ﷺ propagea le message uniquement à ceux dont il sentait la disposition du cœur. Mubārakpūrī recense parmi as-sābiqūn al-awwalūn (les premiers à embrasser l'islām) environ 130 hommes et femmes, dont les premiers : Khadīja, Zayd ibn Ḥāritha, ʿAlī (jeune), Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq. Par Abū Bakr entrèrent ʿUthmān ibn ʿAffān, az-Zubayr, ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf, Saʿd ibn Abī Waqqāṣ, Ṭalḥa ibn ʿUbaydillāh — les huit pionniers. Cette discrétion permettait de former un noyau solide avant l'inévitable affrontement.
Le quartier général discret fut la maison d'al-Arqam ibn abī al-Arqam al-Makhzūmī, sur le mont Ṣafā. Choix stratégique : son propriétaire avait environ 16 ans, peu suspect, et son clan (Banū Makhzūm) — clan d'Abū Jahl — était l'un des plus puissants de Quraysh, ce qui rendait toute incursion délicate. C'est là, au cœur de Makka, que se forgea silencieusement la communauté des premiers croyants. Mubārakpūrī précise que dès cette phase, les musulmans pratiquaient deux prières par jour (avant le lever et avant le coucher du soleil) — la prière des cinq temps ne sera prescrite qu'au Miʿrāj.
« Avertis ta proche parenté » (ash-Shuʿarāʾ 214). Le Prophète ﷺ invita les Banū Hāshim et un groupe des Banū al-Muṭṭalib ibn ʿAbd Manāf — soit environ 45 hommes. Quand il commença à parler, Abū Lahab le coupa : « Voici tes oncles et tes cousins, parle, et laisse les ṣubāt (apostats). Sache qu'aucun groupe d'Arabes ne peut résister à ses propres clans. C'est moi qui ai le plus le droit de te ramener à la raison ; ta famille te suffit. Si tu persistes, c'est plus facile pour eux que d'avoir tout Quraysh contre nous, soutenue par les Arabes. Je n'ai jamais vu personne attaquer les siens comme tu le fais. » Le Prophète ﷺ se tut.
Le Prophète ﷺ les rassembla une seconde fois : « Louange à Allah, je Le loue, je Lui demande aide, je crois en Lui, je m'appuie sur Lui, et j'atteste qu'il n'y a de divinité qu'Allah. Le guetteur ne ment pas à sa famille — par Allah qui n'a pas de divinité hors de Lui, je suis le messager d'Allah envoyé à vous spécialement et à toute l'humanité. » Abū Ṭālib répondit : « Rien ne nous est plus cher que ton soutien et ton conseil ; mais mon âme ne me permet pas de quitter la religion de ʿAbd al-Muṭṭalib. Pars accomplir ce qu'on t'a ordonné — par Allah, je continuerai de te défendre tant que je vivrai. » Abū Lahab : « Voilà la mauvaise affaire ! Saisissez-le avant qu'un autre ne le fasse ! » Selon une autre version, le jeune ʿAlī (~10 ans) fut le seul à se lever et déclarer son soutien.
Après la garantie d'Abū Ṭālib de le protéger, le Prophète ﷺ monta sur la pierre la plus haute du mont Ṣafā et cria : « Yā ṣabāḥāh ! » — cri d'alerte que les Arabes utilisaient quand un ennemi approchait à l'aube. Tous les habitants accoururent, et ceux qui ne purent venir envoyèrent un messager. Il les appela par leurs clans : « Ô Banū Fihr ! Ô Banū ʿAdiyy ! Ô Banū Fulān ! Ô Banū ʿAbd Manāf ! Ô Banū ʿAbd al-Muṭṭalib ! » — les uns après les autres.
Quand ils furent rassemblés, il dit : « A-raʾaytum law akhbartukum anna khaylan bi-l-wādī turīdu an tughīra ʿalaykum, a-kuntum muṣaddiqī ? » — « Si je vous annonçais qu'une cavalerie cachée dans la vallée derrière cette montagne s'apprête à vous attaquer, me croiriez-vous ? » Ils répondirent : « Naʿam, mā jarrabnā ʿalayka kadhiban — Oui, nous n'avons jamais constaté chez toi que la véracité. » Il dit alors : « Fa-innī nadhīrun lakum bayna yaday ʿadhābin shadīd — Alors je vous avertis d'un châtiment terrible qui vous précède ! » Puis il avertit explicitement, clan par clan : « Ô Banū Kaʿb ibn Luʾayy, sauvez-vous du Feu ! Ô Banū Murra ibn Kaʿb, sauvez-vous du Feu ! Ô Banū ʿAbd Manāf… Ô Banū Hāshim… Ô Banū ʿAbd al-Muṭṭalib… Ô ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib, je ne te suffirai en rien auprès d'Allah ! Ô Ṣafiyya tante du Messager, je ne te suffirai en rien ! Ô Fāṭima fille de Muḥammad, demande-moi ce que tu veux de mon bien, mais je ne te suffirai en rien auprès d'Allah ! »
Abū Lahab, oncle paternel du Prophète ﷺ, fut le premier à réagir. Il s'écria : « Tabban laka sāʾira-l-yawm ! Aliha-dhā jamaʿtanā ? » — « Que tu périsses pour le restant du jour ! Est-ce pour cela que tu nous as rassemblés ? » Allah répliqua par une sourate entière, sourate al-Masad (111), qui le condamne lui et sa femme : ﴿تَبَّتْ يَدَا أَبِي لَهَبٍ وَتَبَّ ۞ مَا أَغْنَىٰ عَنْهُ مَالُهُ وَمَا كَسَبَ ۞ سَيَصْلَىٰ نَارًا ذَاتَ لَهَبٍ ۞ وَامْرَأَتُهُ حَمَّالَةَ الْحَطَبِ ۞ فِي جِيدِهَا حَبْلٌ مِّن مَّسَدٍ﴾. La rupture familiale est consommée publiquement.
Umm Jamīl bint Ḥarb, femme d'Abū Lahab et sœur d'Abū Sufyān, devint l'une des persécutrices les plus haineuses : elle déposait nuitamment des épines sur le chemin du Prophète ﷺ — d'où son surnom coranique « ḥammālat al-ḥaṭab » (porteuse de bois). Quraysh comprit immédiatement que le message attaquait la racine de son système : ses idoles, son autorité religieuse, et son commerce du pèlerinage. Elle convoqua un conseil chez al-Walīd ibn al-Mughīra qui chercha une formule officielle ; faute de pouvoir l'accuser de folie, de poésie ou de divination, ils choisirent : « sorcier qui sépare l'homme de son père, l'homme de son frère, l'homme de sa femme, l'homme de sa tribu ». Ils dépêchèrent des hommes durant le pèlerinage pour mettre les pèlerins en garde — ce qui, paradoxalement, fit connaître son nom dans toute l'Arabie.