Le complot de Quraysh · Veille de l'Hijra · Dār an-Nadwa et le plan d'Abū Jahl
Après la deuxième Bayʿat al-ʿAqaba, Quraysh comprend que le Prophète ﷺ dispose désormais d'un soutien armé à Yathrib. Les notables se réunissent à Dār an-Nadwa, la maison du conseil, pour décider du sort à lui réserver. Trois propositions s'affrontent : l'enchaîner, l'exiler, ou le tuer. Abū Jahl propose alors un plan diabolique pour disperser la responsabilité du sang. Mais Allah veille : Jibrīl prévient le Prophète ﷺ, ʿAlī dort à sa place, et le Messager d'Allah ﷺ sort au milieu de ses ennemis sans qu'ils le voient — récitant les versets de Yā-Sīn et leur jetant de la poussière sur les têtes.
Disponible sur ordinateur
Allah dit : « Et rappelle-toi le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t'emprisonner, ou te tuer, ou te chasser. Ils complotaient et Allah déjouait leurs complots. Et Allah est le meilleur en stratagème. »
Source : Coran, sourate al-Anfāl (8), verset 30
Nous sommes à la veille de l'Hijra, en l'an 13 de la révélation (622 de l'ère chrétienne). La deuxième Bayʿat al-ʿAqaba a eu lieu à Minā : soixante-treize hommes et deux femmes de Yathrib se sont engagés à protéger le Prophète ﷺ comme ils protègent leurs propres familles. Les Compagnons émigrent par petits groupes vers Madīna, vidant peu à peu Makka de ses musulmans. Quraysh sent le danger : si Muḥammad ﷺ rejoint Yathrib, il y aura une base territoriale et une armée. Les notables se rassemblent en urgence à Dār an-Nadwa, la maison du conseil bâtie par Quṣayy ibn Kilāb, où aucune décision majeure ne se prend sans concertation. Selon les rapporteurs, Iblīs y participe sous l'apparence d'un cheikh de Najd.
Les nouvelles de la deuxième Bayʿat al-ʿAqaba parviennent rapidement à Quraysh. Soixante-treize Yathribites ont juré au Prophète ﷺ de le protéger. Les Compagnons commencent à émigrer en silence vers le nord. Les chefs de Quraysh comprennent que Muḥammad ﷺ va leur échapper et que, depuis Yathrib, il pourra menacer leurs caravanes commerciales sur la route de Shām. Ils décident de tenir un conseil extraordinaire à Dār an-Nadwa.
Trois solutions sont successivement débattues. La première : l'enchaîner et l'enfermer chez lui jusqu'à sa mort. Le cheikh de Najd la rejette : ses Compagnons l'arracheraient à ses geôliers. La deuxième : l'exiler hors de Makka, qu'il aille où il voudra. Rejetée également : son éloquence pourrait soulever des tribus arabes contre Quraysh. Reste alors la troisième : le tuer.
Allah a Lui-même mentionné les trois plans dans la sourate al-Anfāl : « pour t'emprisonner, ou te tuer, ou te chasser ». Cette mention divine confirme l'historicité du conseil et révèle que rien n'échappe à la connaissance d'Allah.
Abū Jahl prend la parole : « Choisissons dans chaque clan de Quraysh un jeune homme noble et fort. Donnons à chacun une épée tranchante. Qu'ils aillent ensemble chez Muḥammad et qu'ils le frappent tous en même temps comme un seul homme. Ainsi, son sang sera dispersé entre toutes les tribus, et Banū Hāshim ne pourra pas faire la guerre à toutes les tribus à la fois. Ils seront contraints d'accepter le prix du sang, que nous paierons collectivement. »
Le cheikh de Najd s'écrie : « Voilà l'avis ! Voilà le seul avis valable ! » Tous approuvent. Onze hommes sont désignés, parmi lesquels Abū Jahl lui-même, Ḥakam ibn Abī al-ʿĀṣ, ʿUqba ibn Abī Muʿayṭ, Naḍr ibn al-Ḥārith, Umayya ibn Khalaf, Zamʿa ibn al-Aswad, Ṭuʿayma ibn ʿAdī, Abū Lahab, Ubayy ibn Khalaf, Nubayh et Munabbih ibn al-Ḥajjāj. Ils décident d'agir cette nuit-même : encercler la maison du Prophète ﷺ et le tuer à l'aube quand il sortira pour la prière.
Le plan exploite la coutume arabe du thaʾr (vengeance du sang) : si un seul clan est responsable, Banū Hāshim peut faire la guerre. Mais si la responsabilité est diluée entre toutes les tribus, le clan se retrouve face à toute la cité. C'était politiquement habile — et Allah l'a déjoué d'un seul geste.
Jibrīl descend chez le Prophète ﷺ et lui dit : « Ne dors pas cette nuit dans le lit où tu as l'habitude de dormir. » Il lui annonce le complot et lui donne la permission d'émigrer. Le Prophète ﷺ se rend immédiatement chez Abū Bakr en plein jour — geste inhabituel — pour préparer le départ. Abū Bakr a déjà nourri deux chamelles depuis quatre mois en prévision de ce moment.
Le Prophète ﷺ demande à ʿAlī ibn Abī Ṭālib de dormir dans son propre lit, enveloppé dans son manteau vert du Ḥaḍramaut, et de restituer aux gens les dépôts qu'ils avaient confiés à Muḥammad ﷺ — car même ses ennemis avaient confiance en son amāna. ʿAlī accepte sans hésiter. Les conspirateurs, en regardant par la porte entrouverte, voient une silhouette enveloppée dans le manteau et croient que le Prophète ﷺ dort.
« Et Nous mettons une barrière devant eux et une barrière derrière eux ; et Nous les recouvrons d'un voile : ils ne voient donc point. » (Yā-Sīn 9). Le Prophète ﷺ ouvre la porte, prend une poignée de poussière et la jette sur les têtes des conspirateurs en récitant les versets de Yā-Sīn. Allah ferme leurs yeux : il sort au milieu d'eux sans qu'aucun ne le voie. Quand un passant les avertit que Muḥammad ﷺ est parti, ils refusent de le croire jusqu'à ce que ʿAlī sorte du lit à l'aube. Le complot est anéanti.