La bataille de Khaybar · An 7 de l'hégire · Muḥarram · Vingt jours après Ḥudaybiyya
Le pacte de Ḥudaybiyya scelle dix ans de paix avec Quraysh ; le Prophète ﷺ peut désormais se tourner vers le foyer juif rebelle de Khaybar, où s'étaient réfugiés les Banū an-Naḍīr et d'où partait l'orchestration des coalitions précédentes. Allah avait promis dans la sourate al-Fatḥ : « et un autre [butin] que vous n'aviez pas pu obtenir ; mais Allah l'avait cerné. » Vingt jours après le retour, en Muḥarram de l'an 7 H, mille quatre cents Compagnons — ceux du serment de l'agrément — partent pour Khaybar. Ce chapitre raconte le siège des forteresses, l'étendard donné à ʿAlī, et les suites du retour : la femme à la viande empoisonnée, la délégation d'Abyssinie, et le mariage avec Ṣafiyya.
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Allah dit : « Et un autre [butin] que vous n'aviez pas pu obtenir, mais Allah l'a déjà cerné. Allah est Omnipotent sur toute chose. »
Source : Coran, sourate al-Fatḥ (48), verset 21
Khaybar est une grande oasis fortifiée à environ cent soixante kilomètres au nord de Madīna, célèbre pour ses palmeraies, sa richesse, et ses huit forteresses puissantes (Nāʿim, aṣ-Ṣaʿb ibn Muʿādh, az-Zubayr, Ubayy, an-Nizār, al-Qamūṣ, al-Waṭīḥ, as-Sulālim). Après l'expulsion des Banū an-Naḍīr (an 4 H), ces derniers s'y étaient installés et avaient orchestré la coalition d'al-Aḥzāb. Khaybar restait donc le dernier foyer juif hostile à l'Islam, et entretenait des relations actives avec Ghaṭafān. Mubārakpūrī précise que le Prophète ﷺ partit en Muḥarram 7 H avec mille quatre cents combattants — ceux qui avaient prêté le serment d'agrément à Ḥudaybiyya — comme l'avait annoncé Allah dans al-Fatḥ. Les hypocrites, qui n'avaient pas participé à Ḥudaybiyya, voulurent se joindre pour le butin ; ils furent exclus selon at-Tawba (9, 83).
De retour de Ḥudaybiyya, le Prophète ﷺ ne resta à Madīna que quelques semaines. Au début de Muḥarram 7 H, il marcha sur Khaybar. Allah avait promis dans la sourate al-Fatḥ : ﴿وَعَدَكُمُ اللَّهُ مَغَانِمَ كَثِيرَةً تَأْخُذُونَهَا فَعَجَّلَ لَكُمْ هَـٰذِهِ﴾ — « Allah vous a promis un abondant butin que vous prendrez. Il vous a accordé celui-ci en avance » (al-Fatḥ, 20). Ce butin proche, c'était précisément Khaybar. Les hypocrites de Madīna voulurent s'y joindre, ayant flairé la richesse de l'oasis ; le Prophète ﷺ refusa, conformément à at-Tawba (9, 83) : « Si Allah te ramène vers un groupe d'entre eux et qu'ils te demandent la permission de sortir, dis : "Vous ne sortirez plus jamais avec moi." »
Le Prophète ﷺ avait pour habitude de ne pas attaquer une localité de nuit ; il campait à proximité jusqu'à l'aube. Au matin, les juifs sortirent à leurs travaux avec leurs outils ; voyant l'armée, ils s'écrièrent : « Muḥammad et son armée ! » Le Prophète ﷺ dit, selon al-Bukhārī (Ṣaḥīḥ, 4197) : « Allāhu akbar, Khaybar a été détruite. Quand nous descendons sur le territoire d'un peuple, c'est un mauvais matin pour ceux qui ont été avertis. »
Khaybar comptait deux secteurs : an-Naṭāt (Nāʿim, aṣ-Ṣaʿb, az-Zubayr) et ash-Shiqq (Ubayy, an-Nizār), puis le Katība avec al-Qamūṣ, al-Waṭīḥ et as-Sulālim. Le siège commença par Nāʿim, défendue par Marḥab. Plusieurs Compagnons s'illustrèrent : Maḥmūd ibn Maslama tomba en martyr, ʿĀmir ibn al-Akwaʿ trouva la mort accidentellement avec sa propre épée. Aṣ-Ṣaʿb ibn Muʿādh fut prise par al-Ḥubāb ibn al-Mundhir ; az-Zubayr également. Les juifs se replièrent vers al-Qamūṣ, la plus solide, dans la zone de Katība.
Devant al-Qamūṣ, le Prophète ﷺ envoya Abū Bakr puis ʿUmar ; ils ne purent l'ouvrir. Il dit alors selon al-Bukhārī (Ṣaḥīḥ, 3009) : « Demain, je donnerai cet étendard à un homme qu'Allah et Son Messager aiment, et qui aime Allah et Son Messager ; Allah lui accordera la victoire. » Les Compagnons passèrent la nuit à se demander qui ce serait. Au matin, le Prophète ﷺ demanda : « Où est ʿAlī ibn Abī Ṭālib ? » On lui répondit qu'il avait mal aux yeux. Il l'appela, lui cracha dans les yeux — il guérit instantanément — et lui remit l'étendard. ʿAlī marcha vers la forteresse. Marḥab sortit en duel, son armure rouge, scandant des vers : « Khaybar sait que je suis Marḥab, armé, intrépide, expérimenté. » ʿAlī répondit en vers et le tua d'un seul coup. La forteresse tomba peu après ; on dit que ʿAlī, par la force d'Allah, arracha la porte d'al-Qamūṣ et s'en servit comme bouclier.
Les forteresses d'al-Waṭīḥ et as-Sulālim se rendirent par capitulation. Les juifs survivants demandèrent à rester sur leurs terres en échange de la moitié des récoltes. Le Prophète ﷺ accepta : c'est l'origine du contrat de muzāraʿa (métayage agricole). ʿUmar, devenu calife, les expulsa plus tard de la péninsule arabique selon le testament prophétique. — Le butin de Khaybar fut considérable et partagé entre les mille quatre cents combattants ; aucun de ceux qui n'avaient pas participé à Ḥudaybiyya n'y eut part, sauf les huit émigrés revenus d'Abyssinie avec Jaʿfar, à qui le Prophète ﷺ donna leur part par exception.
Pendant le siège, Jaʿfar ibn Abī Ṭālib arriva d'Abyssinie avec les derniers émigrés. Le Prophète ﷺ se leva, l'embrassa entre les yeux et dit : « Je ne sais de laquelle des deux je dois me réjouir le plus, de la conquête de Khaybar ou de la venue de Jaʿfar. » — Parmi les captives se trouvait Ṣafiyya bint Ḥuyayy, fille du chef des Banū an-Naḍīr. Le Prophète ﷺ lui proposa l'Islam, qu'elle accepta ; il l'affranchit et l'épousa, faisant de son affranchissement la dot. — Quelques jours plus tard, à Khaybar, Zaynab bint al-Ḥārith offrit au Prophète ﷺ un agneau rôti en cadeau, qu'elle avait empoisonné, mettant le plus de poison dans l'épaule, sachant que c'était le morceau préféré du Prophète ﷺ. Selon al-Bukhārī, la viande lui parla : « Je suis empoisonné. » Il recracha la première bouchée. Mais Bishr ibn al-Barāʾ, qui avait avalé, mourut. Zaynab fut amenée ; selon une version elle fut graciée puis exécutée plus tard pour la mort de Bishr.