Trois grandes campagnes après l'ouverture de Makka · An 8 et an 9 de l'hégire · Hawāzin, Thaqīf, Byzance
L'ouverture de Makka a déstabilisé l'équilibre arabe. Hawāzin et Thaqīf, voyant la chute de l'idolâtrie qurayshite, prennent l'initiative en Shawwāl 8 H et marchent contre les musulmans à Ḥunayn — c'est la première fois que les fidèles s'étonnent de leur propre nombre, et Allah leur enseigne que la victoire vient de Lui seul. Le Prophète ﷺ poursuit Thaqīf jusqu'à Ṭāʾif et l'assiège, sans la conquérir cette année-là. L'année suivante, en Rajab 9 H, c'est Tabūk — l'« armée des difficultés » — face à la menace byzantine ; campagne sans bataille mais riche en enseignements sur le repentir, l'effort financier, et la sincérité.
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Allah dit : « Allah vous a accordé Son secours en bien des circonstances, et le jour de Ḥunayn, quand votre grand nombre vous avait remplis d'orgueil — il ne vous fut d'aucune utilité. »
Source : Coran, sourate at-Tawba (9), verset 25
Trois campagnes successives encadrent la fin de la sira active du Prophète ﷺ. Ḥunayn (Shawwāl 8 H, juste après l'ouverture de Makka) : Hawāzin et Thaqīf, peuples de l'arrière-pays, prennent l'initiative ; douze mille musulmans, certains s'étonnent du nombre, sont surpris dans la vallée. Ṭāʾif (Shawwāl-Dhū l-Qaʿda 8 H) : siège de Thaqīf retranchée derrière ses murs ; échec, retour. Tabūk (Rajab 9 H) : rumeur d'une concentration byzantine au nord ; canicule, période des récoltes, distance immense. Aucun combat, mais l'épisode dévoile la sincérité des cœurs — et notamment le retard de Kaʿb ibn Mālik et de deux autres, dont Allah parlera dans at-Tawba 118.
Quand Mālik ibn ʿAwf rassembla Hawāzin, Thaqīf, Saʿd ibn Bakr et Jusham, il fit venir les femmes, enfants et bétail derrière l'armée pour interdire la fuite. Le Prophète ﷺ marcha avec dix mille Compagnons venus de Madīna et deux mille nouveaux convertis de Makka — soit douze mille hommes. Certains parmi eux dirent : « Nous ne serons pas vaincus aujourd'hui par insuffisance de nombre. » Mubārakpūrī rappelle que ces paroles étaient l'un des signes annonçant l'épreuve. À l'aube, dans la vallée étroite de Ḥunayn, l'avant-garde des musulmans s'engagea ; les archers de Hawāzin, embusqués sur les hauteurs, déclenchèrent une pluie de flèches. La cavalerie chargea. La panique gagna les rangs. Les Compagnons commencèrent à reculer.
Le Prophète ﷺ resta seul ou presque, sur sa mule blanche, avançant en direction de l'ennemi. Selon al-Bukhārī, il scandait : « Je suis le Prophète, sans mensonge, je suis le fils de ʿAbd al-Muṭṭalib. » Al-ʿAbbās tenait la bride. Le Prophète ﷺ lui ordonna : « Ô ʿAbbās, appelle les Compagnons de la samura » (l'arbre du serment d'agrément, à Ḥudaybiyya). Al-ʿAbbās, de sa voix puissante, cria : « Ô gens de la samura ! » Et les Anṣār répondirent : « Labbayk, labbayk ! ». Ils revinrent par groupes, le combat se rétablit, l'ennemi fut mis en déroute. Allah dit : ﴿ثُمَّ أَنزَلَ اللَّهُ سَكِينَتَهُ عَلَىٰ رَسُولِهِ وَعَلَى الْمُؤْمِنِينَ﴾ — « Puis Allah fit descendre Sa quiétude sur Son Messager et sur les croyants » (at-Tawba, 26). Le butin fut considérable : six mille captifs, vingt-quatre mille chameaux, quarante mille moutons. Il fut placé en réserve à al-Jiʿrāna pendant que Thaqīf se réfugiait à Ṭāʾif.
Thaqīf s'était retranchée derrière les hautes murailles de Ṭāʾif, avec des provisions pour un an. Le Prophète ﷺ établit son camp et installa des manjānīq (catapultes) — première utilisation de ce type de siège dans la sira. Les défenseurs jetaient des barres de fer chauffées au rouge. Plusieurs Compagnons tombèrent en martyrs. Au bout de dix-huit jours environ, le Prophète ﷺ consulta Nawfal ibn Muʿāwiya qui dit : « Le renard est dans son trou ; si tu attends, tu le prendras ; si tu pars, il ne pourra te nuire. » Le Prophète ﷺ leva le siège, libéra les esclaves de Thaqīf qui étaient sortis, dit du bien d'eux, et invoqua : « Ô Allah, guide Thaqīf et fais-les venir [à toi]. »
De retour à al-Jiʿrāna, le Prophète ﷺ partagea le butin de Ḥunayn. Il donna largement aux nouveaux convertis de Quraysh (al-muʾallafa qulūbuhum) — Abū Sufyān, ses fils, Ṣafwān ibn Umayya, etc. Les Anṣār, qui avaient peu reçu, en éprouvèrent un trouble. Le Prophète ﷺ les rassembla et dit selon al-Bukhārī : « Ô Anṣār, n'êtes-vous pas satisfaits que les autres rentrent avec moutons et chameaux, et vous avec le Messager d'Allah ﷺ dans vos demeures ? » Ils pleurèrent et dirent : « Nous sommes satisfaits du Messager d'Allah comme part. » — Une délégation de Hawāzin vint demander la libération des captifs ; le Prophète ﷺ proposa à ses Compagnons d'y consentir : ils acceptèrent et libérèrent six mille personnes. — La délégation de Thaqīf arriva l'année suivante (an 9) à Madīna, accepta l'Islam contre des conditions négociées (préservation provisoire de leur idole al-Lāt — refusée — puis dispense de zakāt et de prière la première année — également refusée) ; ʿUmar dit : « Tu as refusé à al-Lāt et tu as raison. » Ils embrassèrent l'Islam.
La rumeur monta que les Byzantins concentraient des troupes dans la région de Shām pour envahir l'Arabie. Le Prophète ﷺ, qui avait l'habitude de ne pas dévoiler la destination, annonça cette fois ouvertement Tabūk : la distance, la chaleur de l'été, la fatigue, et la période des récoltes faisaient de cette campagne un test exceptionnel. C'est l'« armée des difficultés » (jaysh al-ʿusra) mentionnée dans at-Tawba (9, 117). Trente mille hommes — la plus grande armée que l'Islam ait jamais formée. Mubārakpūrī détaille les contributions : Abū Bakr donna tout son bien et ne laissa que « Allah et Son Messager » à sa famille ; ʿUmar donna la moitié du sien ; ʿUthmān donna trois cents chameaux équipés, soixante-dix chevaux, et mille dinars d'or — le Prophète ﷺ dit : « Rien de ce que ʿUthmān fera après ce jour ne lui nuira. » (at-Tirmidhī).
Arrivée à Tabūk : aucune armée byzantine. Le Prophète ﷺ resta vingt jours environ, conclut des pactes (jizya) avec les seigneurs des frontières — Yūḥannā ibn Ruʾba d'Ayla, Adhruḥ, al-Jarbāʾ — puis retourna. — Trois Compagnons sincères restèrent à Madīna par pure négligence : Kaʿb ibn Mālik, Murāra ibn ar-Rabīʿ, Hilāl ibn Umayya. À son retour, le Prophète ﷺ, sur ordre divin, leur fit administrer un boycott social complet de cinquante jours (personne ne leur parlait, leurs femmes furent éloignées). Kaʿb raconte (al-Bukhārī) : « La terre, immense, devint étroite pour moi. » Au cinquantième jour, Allah révéla le pardon : ﴿وَعَلَى الثَّلَاثَةِ الَّذِينَ خُلِّفُوا حَتَّىٰ إِذَا ضَاقَتْ عَلَيْهِمُ الْأَرْضُ بِمَا رَحُبَتْ﴾ (at-Tawba, 118). — Au retour, les hypocrites avaient construit Masjid aḍ-Ḍirār pour diviser les croyants ; le Prophète ﷺ ordonna de l'incendier (at-Tawba, 107-108).