Rapporté par Ibn ʿAbbās (رضي الله عنهما) · Ḥasan Ṣaḥīḥ · Tirmidhī n°2516
Ce testament à Ibn ʿAbbās, alors adolescent, est l'un des plus puissants textes sur la relation à Allah et le destin. Il condense en quelques phrases : la protection divine, l'exclusivité du recours à Allah, et la sérénité face au destin. C'est une véritable charte de la confiance en Allah (tawakkul).
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D'après Abū al-ʿAbbās ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās (qu'Allah les agrée) : J'étais derrière le Prophète ﷺ un jour et il me dit : « Ô jeune homme, je vais t'enseigner quelques paroles : Préserve (les droits d')Allah, Il te préservera. Préserve (les droits d')Allah, tu Le trouveras devant toi. Quand tu demandes, demande à Allah. Quand tu cherches de l'aide, cherche l'aide d'Allah. Sache que si toute la communauté se réunissait pour te profiter en quelque chose, elle ne te profiterait que par ce qu'Allah a déjà écrit pour toi. Et si elle se réunissait pour te nuire en quelque chose, elle ne te nuirait que par ce qu'Allah a déjà écrit contre toi. Les calames ont été levés et les feuilles ont séché. »
Source : Tirmidhī n°2516
ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās (qu'Allah les agrée), cousin paternel du Prophète ﷺ, surnommé « ḥabr al-umma » (le grand savant de la communauté) et « tarjumān al-Qurʾān » (l'interprète du Coran). Le Prophète ﷺ avait invoqué pour lui : « Allah, fais-lui comprendre la religion et enseigne-lui l'interprétation. » Il avait environ 13 ans à la mort du Prophète ﷺ. Il mourut à Ṭāʾif en 68 H.
Préserver Allah ne signifie pas Le protéger (Il est protecteur de tout), mais préserver Ses droits : accomplir Ses obligations, éviter Ses interdictions, maintenir Ses limites. En retour, Allah préserve : (1) notre vie, notre famille, notre santé dans ce monde, (2) notre religion, notre foi, notre cœur. Ibn ʿAbbās a dit : « Celui qui préserve Allah dans sa jeunesse, Allah le préserve dans sa vieillesse. »
« Tujāhak » signifie « en face de toi », Le trouver soutenant, facilitant, guidant. Celui qui préserve Allah Le trouve dans chaque épreuve, à chaque virage de sa vie. L'Imam Aḥmad en a fait l'une de ses règles de conduite : « Préserve Allah dans la prospérité, Il te préservera dans l'adversité. »
Quand on a un besoin — spirituel ou matériel — on se tourne d'abord vers Allah. Cela n'exclut pas les moyens humains (médecin pour la maladie, employeur pour le salaire) mais établit la hiérarchie : Allah d'abord, les causes ensuite. Les savants précisent : demander aux gens ce qu'ils peuvent faire est permis (conseil, aide matérielle) tant qu'on considère qu'Allah est la vraie source derrière leur action.
L'istiʿāna (recours à une aide) doit être dirigée vers Allah. Ceci reflète le verset de la Fātiḥa : « Iyyāka naʿbudu wa iyyāka nastaʿīn » (C'est Toi seul que nous adorons, c'est Toi seul dont nous implorons l'aide). Le croyant vit dans une dépendance consciente à Allah, qui paradoxalement le libère de la dépendance aux créatures.
Cette image poétique — les calames levés, les feuilles séchées — signifie que tout est déjà écrit depuis l'éternité. Ce qui doit t'arriver t'arrivera, ce qui ne doit pas arriver ne t'atteindra pas, même si l'humanité entière s'y attachait. Cette vérité, loin d'être fataliste, est libératrice : elle élimine l'anxiété et les manœuvres déloyales pour obtenir ce qui n'est pas prédestiné.
Croire au qadar n'abolit pas l'effort. Un autre hadith précise : « Œuvrez, chacun est facilité à ce pour quoi il a été créé » (Bukhārī). Le croyant agit avec l'effort maximum (asbāb) et confie le résultat à Allah (tawakkul). Quand le résultat vient, il sait que c'est ce qui était écrit — donc le meilleur pour lui même si sur le moment cela semble contraire à ses vœux.