Rapporté par al-Nawwās ibn Samʿān (رضي الله عنه) · Ṣaḥīḥ · Muslim n°2553
Ce hadith propose deux définitions concises de notions complexes : la piété et le péché. Le Prophète ﷺ les rattache à deux réalités intérieures observables : d'une part le beau caractère extérieur manifesté, d'autre part le trouble intérieur couplé à la peur du regard d'autrui. Deux critères pratiques pour évaluer ses actes.
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D'après al-Nawwās ibn Samʿān (qu'Allah l'agrée) : Le Prophète ﷺ a dit : « La piété (birr) est le beau caractère. Et le péché (ithm) est ce qui trouble ton âme et que tu détestes voir découvert par les gens. »
Source : Muslim n°2553
al-Nawwās ibn Samʿān al-Kilābī (qu'Allah l'agrée), Compagnon de la tribu de Kilāb, installé plus tard en Syrie. Il rapporte plusieurs hadiths importants dont celui sur le Dajjāl.
Le birr est un terme vaste qui désigne toutes les bonnes actions : adoration, générosité, honneur des parents, etc. Le Prophète ﷺ le réduit ici à son essence : le beau caractère. Pourquoi ? Parce que le bon caractère (douceur, patience, pardon, générosité, véracité, justice) est à la fois la source et la manifestation de tous les autres actes de piété. Sans beau caractère, les actes d'adoration sont vides.
Dans un autre hadith : « Rien n'est plus lourd sur la balance du croyant au Jour du Jugement que le beau caractère » (Tirmidhī). Et : « Les plus proches de moi au Paradis par leur place sont les meilleurs d'entre vous en caractère » (Tirmidhī). Le caractère est donc le capital spirituel le plus précieux.
Deux signes complémentaires : (1) le trouble du cœur (ḥāka fī al-nafs) — malaise, gêne, sentiment que quelque chose n'est pas juste, (2) la peur du regard d'autrui — préférer que cet acte reste caché. Ces deux signes ensemble indiquent un péché, même sans preuve textuelle directe. Ce sont les signaux de la fiṭra (nature innée) et de la conscience.
Ce hadith complète celui sur « laisse ce qui te laisse dans le doute » : là on parlait du warāʿ devant le doute, ici on parle des signes du péché réel. L'Islam fait confiance au cœur sain comme guide pratique, en complément des textes.
Les savants précisent que ce critère suppose une âme saine — « cœur croyant » — qui garde sa sensibilité naturelle au bien et au mal. Quelqu'un dont le cœur est endurci par les péchés répétés ne ressent plus le trouble, n'a plus honte. Ce critère intérieur ne le guide plus. D'où la nécessité d'entretenir la purification du cœur.
Le critère intérieur complète le critère externe (textes) mais ne le remplace pas. Quelqu'un peut, par mauvaise éducation ou société dégradée, ne pas ressentir de malaise pour un vrai péché. D'où l'importance de s'appuyer d'abord sur les textes (Coran, Sunna) pour connaître objectivement le bien et le mal, tout en cultivant la sensibilité intérieure.