Rapporté par al-ʿIrbāḍ ibn Sāriya (رضي الله عنه) · Ḥasan Ṣaḥīḥ · Abū Dāwūd n°4607 · Tirmidhī n°2676
Ce hadith est le testament spirituel du Prophète ﷺ. Il a marqué les Compagnons par son intensité — des cœurs qui tremblent, des yeux qui pleurent. Le Prophète ﷺ y délivre quatre recommandations majeures : la taqwa, l'obéissance au pouvoir légitime, l'attachement à la Sunna, et la méfiance des innovations. C'est un programme de vie pour les générations à venir.
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D'après Abū Najīḥ al-ʿIrbāḍ ibn Sāriya (qu'Allah l'agrée) qui a dit : Le Messager d'Allah ﷺ nous a fait un sermon qui a fait trembler les cœurs et verser les yeux. Nous avons dit : « Ô Messager d'Allah, on dirait un sermon d'adieu. Conseille-nous. » Il répondit : « Je vous recommande la crainte d'Allah, l'écoute et l'obéissance, même si un esclave éthiopien est placé à votre tête. Car celui qui vivra parmi vous verra de nombreuses divergences. Attachez-vous alors à ma Sunna et à celle des califes bien guidés et droitement guidés. Mordez dessus avec vos molaires (attachez-vous fermement). Et méfiez-vous des affaires inventées, car toute innovation est égarement. »
Source : Abū Dāwūd n°4607 · Tirmidhī n°2676
al-ʿIrbāḍ ibn Sāriya al-Sulamī (qu'Allah l'agrée), Compagnon qui vécut longtemps après le Prophète ﷺ. Il était l'un des Ahl al-Ṣuffa (les compagnons pauvres qui vivaient dans la cour de la mosquée de Médine). Il mourut à Ḥimṣ vers 75 H.
La taqwa est toujours première dans les testaments prophétiques. Elle est la racine de toute bonne action. Sans elle, les obéissances extérieures n'ont pas de valeur durable.
« Même si un esclave éthiopien est placé à votre tête » — cette expression brise l'aristocratie tribale arabe de l'époque. L'autorité légitime s'obéit indépendamment de son origine sociale, de sa couleur ou de sa tribu. Mais cette obéissance est strictement encadrée : elle ne s'étend qu'au licite (pas d'obéissance dans la désobéissance à Allah, selon d'autres hadiths).
Le Prophète ﷺ prédit les divergences qui diviseront la communauté après sa mort : divergences théologiques (aqīda), politiques (califat), juridiques (fiqh). Plutôt que de cacher cette réalité, il donne la méthode pour y survivre spirituellement : la Sunna et les khulafāʾ rāshidūn.
Dans les temps de confusion, on revient à la Sunna du Prophète ﷺ et à celle des quatre premiers califes (Abū Bakr, ʿUmar, ʿUthmān, ʿAlī). Ces quatre califes ont eu l'approbation prophétique de leur guidance. L'expression « mordez avec vos molaires » indique un attachement viscéral, non négociable.
Muḥdathāt al-umūr — les affaires inventées — désigne spécifiquement les ajouts à la religion. Les savants distinguent : (1) bidʿa dans la religion (interdite) : inventer une nouvelle adoration, modifier une existante. (2) Innovation mondaine (licite voire obligatoire) : technologies, méthodes d'enseignement, outils. Le hadith vise la première catégorie.
Ce hadith est la suite logique du hadith 5 (« Quiconque innove dans notre affaire... »). Mais il est plus intense encore : « toute innovation est égarement » (kullu bidʿa ḍalāla) et non seulement rejetée. Cela souligne la gravité de manipuler la religion — ce que Nawawī complète par « et tout égarement mène au Feu » (rapporté dans d'autres versions).