Rapporté par Abū Saʿīd al-Khudrī (رضي الله عنه) et Ibn ʿAbbās (رضي الله عنهما) · Ḥasan · Ibn Mājah n°2341 · Dāraquṭnī n°undefined
Ce hadith très court pose l'une des règles juridiques les plus puissantes de l'Islam. Il est si fondamental qu'il est devenu l'une des cinq grandes règles (al-qawāʿid al-khams) du fiqh. Il interdit à la fois de causer du tort injustement et de répondre au tort par un tort équivalent.
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D'après Abū Saʿīd Saʿd ibn Mālik ibn Sinān al-Khudrī (qu'Allah l'agrée) : Le Messager d'Allah ﷺ a dit : « Pas de dommage ni de préjudice (réciproque). »
Source : Ibn Mājah n°2341 · Dāraquṭnī n°undefined
Abū Saʿīd Saʿd ibn Mālik al-Khudrī (qu'Allah l'agrée), Compagnon Anṣārī qui participa à plusieurs batailles. Il devint l'un des grands savants parmi les Compagnons et mourut à Médine vers 74 H. Ce hadith est aussi rapporté par Ibn ʿAbbās et a atteint le degré de ḥasan par la multiplicité de ses chaînes.
Ḍarar est un préjudice causé sans provocation. Exemple : construire un mur qui bloque la lumière d'autrui, polluer son voisin, lui refuser un passage légitime. C'est un dommage unilatéral, sans antécédent.
Ḍirār est un dommage en réaction à un autre dommage, mais de façon excessive ou injuste. C'est la vengeance excessive. L'Islam permet la défense et le talion équitable, mais pas la vengeance disproportionnée. La ḍirār transforme la victime en agresseur à son tour.
De ce hadith découlent des règles comme : (1) Al-ḍarar yuzāl — le dommage doit être éliminé. (2) Yutaḥammalu al-ḍarar al-khāṣṣ li-dafʿ al-ḍarar al-ʿāmm — on accepte un dommage particulier pour éviter un dommage général. (3) Al-ḍarar lā yuzāl bi-l-ḍarar — on ne répare pas un dommage par un autre dommage. (4) Darʾ al-mafāsid muqaddam ʿalā jalb al-maṣāliḥ — éviter les nuisances passe avant rechercher les bénéfices.
Ce hadith régit : le voisinage (pas de nuisance sonore, olfactive, visuelle au-delà de la normalité), le commerce (pas de tromperie qui cause préjudice), la famille (pas de mauvais traitement), l'environnement (pas de pollution excessive), l'économie (pas de monopole abusif). C'est une règle transversale qui s'applique à toute relation humaine.
Ce hadith n'est pas passif. Il implique : (1) ne pas causer de tort par ses actes, (2) réparer les torts qu'on a causés, (3) prévenir les torts qu'on pourrait causer, (4) défendre ceux qui subissent du tort. C'est une règle active, non seulement une défense.
Le hadith nuance aussi la défense : on peut se défendre, mais pas au-delà de ce qui est nécessaire pour arrêter l'agression. Le Coran dit : « Si vous punissez, punissez par l'équivalent de ce qu'on vous a fait subir ; mais si vous patientez, c'est mieux pour les patients » (16:126). La patience reste préférée au talion légitime.